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mercredi, 23 mars 2016 11:01

Les Trudeau et les Francos

Les Franco-Canadiens vivant à l’extérieur du Québec seront-ils aussi bien desservis par Justin Trudeau qu’ils l’ont été par Trudeau père? Voilà une question pertinente à la lumière de récentes décisions ou omissions du jeune gouvernement libéral.

Rappelons d’abord que l’arrivée de Pierre Elliott Trudeau en politique fédérale, en 1965, survient à un moment charnière dans l’histoire des relations entre les deux peuples fondateurs du Canada. Le pays fait alors face à une montée fulgurante du nationalisme québécois qui se manifeste d’abord par des écrits de la part d’intellectuels, bientôt suivis d’actes de violence. On pense ici aux poseurs de bombes des années 1960. En arrivant à Ottawa, Trudeau-père a donc le souci de rectifier les torts envers la minorité de langue française.

C’est ainsi que, devenu premier ministre, Pierre Trudeau fera adopter en 1969 la Loi sur les langues officielles qui officialise l’égalité des deux langues, française et anglaise, au sein de l’appareil gouvernemental partout au pays. Il crée aussi un Commissariat aux langues officielles pour voir à l’application de cette loi. Plus tard, lors du rapatriement de la Constitution, il l’accompagnera d’une Charte des droits qui garantit l’égalité des deux langues. Ces gestes seront d’une importance capitale pour l’unité nationale et pour le développement des minorités de langues officielles.

Pour Trudeau-père, on peut donc dire qu’il y avait urgence en la demeure et qu’il a dû batailler pour assurer la dualité linguistique du Canada. La situation est bien différente pour son fils Justin.

Justin Trudeau est devenu premier ministre dans une période relativement calme dans le dossier de l’unité nationale. Le mouvement indépendantiste québécois semble s’essouffler, la Loi sur les langues officielles aura bientôt 50 ans et il y a de plus en plus de personnes bilingues au Canada. On pourrait croire que les batailles pour l’égalité linguistique sont choses du passé.

Ce n’est pourtant pas le cas. Le taux d’assimilation hors-Québec frôle toujours les 40 %, nos communautés manquent toujours d’institutions équivalentes à celles de la majorité, il n’y a toujours qu’une seule province bilingue et il y a encore des rednecks qui vocifèrent contre les services en français.

L’égalité linguistique est donc loin d’être acquise. Pourtant, ce droit ne semble pas trop préoccuper le nouveau gouvernement Trudeau. Quelques exemples : les mots «responsable des langues officielles» ont été retirés du titre officiel de la ministre du Patrimoine; alors qu’on retrouve le multiculturalisme et la culture autochtone — deux valeurs fondamentales, j’en conviens — dans les thèmes qui seront célébrés lors du 150e du Canada l’an prochain, la dualité linguistique n’en fait pas partie; lors des consultations prébudgétaires du ministre des Finances, aucune n’a visé le développement des communautés linguistiques minoritaires; sur sept sénateurs nommés la semaine dernière, une seule personne provient d’une minorité linguistique.

Bon, c’est un nouveau premier ministre et un nouveau gouvernement. La courbe d’apprentissage étant, j’imagine, assez abrupte, ils ont le droit à des omissions et à des erreurs. L’ensemble de leurs réalisations à ce jour donne de l’espoir aux Canadiens et c’est bien. Cet éditorial n’est donc qu’un petit rappel amical.
Lu 3307 fois Dernière modification le mercredi, 23 mars 2016 11:04
Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury

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