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jeudi, 12 mai 2016 09:28

Une taxe découragerait-elle la consommation de boissons à sucres ajoutés ?

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Cette semaine, plongeons un peu dans l’actualité. Le 5 mai, les diététistes du Canada (DC) ont tenu un webinaire pour discuter de leur position sur l’application d’une taxe de 10 à 20 % sur les boissons qui continnent des sucres ajoutés ou autre forme d’édulcorants. Cette suggestion n’est qu’un des éléments qui a pour but de décourager la consommation d’aliments malsains et d’améliorer l’accessibilité aux aliments plus nutritifs.

« Nous avons pris la définition de boissons sucrées du Centre for Disease Control and Prevention. Cela inclue les boissons gazeuses, les boissons de fruits avec des sucres ajoutés, des boissons sportives, des thés et des cafés avec sucres ajoutés comme les Frappuccinos, des boissons énergisantes et aussi le lait avec sucres ajoutés, comme le lait au chocolat ou aux fraises », explique la gestionnaire des relations publiques et des médias de Diététistes Canada, Kate Comeau, MSc, RD.



« Au niveau des jus de fruits, il n’y a pas de sucres ajoutés, mais ils demeurent très haut en sucres naturels. L’Organisation mondiale de la Santé ne recommande pas les jus de fruits, comme Tropicana par exemple, car même si ce sont des sucres naturels, on n’a pas les fibres et les autres éléments qui sont nutritifs. Cependant, pour cet exposé de position, nous ne les incluons pas, car il ne s’agit pas des sucres ajoutés. Par contre, il y a des groupes qui ont suggéré que l’on devrait aussi les ajouter à la liste des boissons taxées », dévoile Mme Comeau. Cette composante et plusieurs autres restent à être explorées, spécialement si le gouvernement décide d’aller de l’avant avec ce projet.

Obésité et santé dentaire

« Ce qui nous inquiète le plus, c’est la quantité consommée de ces breuvages, particulièrement avec les adolescents : 7 à 10 % de leurs calories viennent de ces boissons sucrées. C’est une question de consommation et de son impact sur la santé, particulièrement la santé dentaire, puisqu’elles augmentent le risque des caries dentaires et on parle aussi du risque d’obésité. On voit que ces boissons ne sont pas chères. De plus, on les boit et l’on ne se sent pas remplis ou satisfaits après. Donc même si c’est 300 ou 500 calories, on ne le sent pas. On veut mettre l’accent sur les calories et rendre ces breuvages moins attirants », expose Mme Comeau.

Succès ailleurs?

« On regarde les résultats des autres pays où une telle taxe existe et on croit qu’une taxe entre 10 et 20 % aurait un impact sur la quantité de ces boissons sucrées qui sont achetées. On juge que cette démarche diminuera les quantités qui sont consommées », lance la gestionnaire.

Entre autres, les DC suivent des modèles déjà adoptés en France, au Mexique et à Berkeley en Californie. En mars 2016, la taxe ajoutée sur les boissons gazeuses à Berkeley avait déjà généré 1,5 million $ pour des initiatives communautaires saines et d’autres efforts en santé, comme les programmes de jardins à l’école. Instaurée depuis novembre 2014, cette localité croit qu’il s’agit d’une victoire face à une crise en matière de santé.

Du côté du Mexique, une taxe de 10 % du même genre a été instaurée en janvier 2014. Les ventes des boissons sucrées auraient chuté de 6 % depuis ce temps, alors que les ventes auraient augmenté de 4 % du côté de l’eau minérale et des produits laitiers.

Qu’une partie du grand portrait

« La taxe est une chose que l’on peut faire parmi tant d’autres. Ce n’est pas cette taxe qui va tout changer, mais c’est un outil que l’on peut utiliser avec d’autres pour faire une différence », avance l’experte. « Il faut aussi songer à implanter des restrictions sur le markéting de la nourriture et des breuvages fait auprès des enfants », ajoute-t-elle. L’équipe souhaite également augmenter l’accessibilité à la nourriture saine tout en diminuant l’accès à la malbouffe dans les écoles, les garderies et les centres communautaires ainsi qu’en menant des initiatives éducationnelles à long terme.

Le guide alimentaire canadien est une autre composante importante. « C’est un document de Santé Canada, mais on aimerait collaborer avec eux. Depuis 18 mois, ils mènent une analyse des données, un processus détaillé pour faciliter la revue complète du guide. Ils en sont à la 1re étape pour voir ce qui est nouveau et si la dernière version fonctionne bien. Ensuite, nous on parle avec nos membres pour savoir ce qu’ils aimeraient voir ou changer. Ce n’est pas notre décision, mais lorsqu’ils iront à la prochaine étape, c’est sûr que nous allons y être pour les aider et donner notre opinion », clarifie Mme Comeau.

Côté gouvernement fédéral

« Notre rôle est de rendre cette information accessible et de faire des recommandations. La ministre fédérale de la Santé, Jane Philpott, est intéressée, mais ce n’est pas dans son mandat en ce moment », déclare la gestionnaire. Malgré que les DC n’ai pas demandé de réponse à la suite du partage de l’information, Mme Philpott est au courant de l’idée et a bien reçu la prise de position.

L’information est lancée depuis le mois de février. La conversation en est donc à ses débuts entre les DC et les parties intéressées. « Sept organismes, dont la Fondation des maladies du cœur, l’Association canadienne du diabète et le Childhood Obesity Fund, ont appuyé notre position et d’autres groupes ont aussi fait des recommandations », dévoile Mme Comeau.

Sceptiques?

Est-ce qu’une telle taxe aurait réellement les effets souhaités chez la population canadienne? Les projets menés ailleurs, comme au Mexique, ne datent pas de très longtemps, alors il est trop tôt pour en tirer une conclusion définitive. L’associé principal chez DRTP Services-conseils, Robert Robillard, Ph. D., CPA, CGA, Adm.A., MBA, M.Sc. Econ., M.A.P., avance quelques conclusions.

« C’est comme n’importe quelle autre taxe à la consommation, c’est-à-dire qu’il va y avoir un effet régressif. Les gens qui n’ont pas beaucoup d’argent vont avoir un impact négatif supplémentaire sur leur budget et, pour les gens qui ont plus de moyens, s’ils continuent à utiliser le produit, c’est moins un problème, même pas du tout un problème », tranche-t-il.

« Maintenant, du point de vue de la santé publique, il y a des gens qui prétendent que le comportement des gens va être modifié. Je n’y crois pas vraiment. Pour les gens qui n’ont pas un gros budget, ça peut avoir un impact, sauf qu’il n’y a pas d’étude formelle sur l’aspect fiscal qui modifie les comportements des consommateurs. Quand on veut donner de l’argent aux personnes, là il y a effectivement des modifications de comportement, mais quand ont met des taxes supplémentaires pour tenter d’empêcher des comportements, ça c’est moins sûr. Le tabac, l’alcool, la loterie, ce sont toutes des choses qui sont hautement taxées, mais n’empêchent pas les gens d’avoir les comportements qu’ils veulent », dit-il.

« Mais de récompenser, ça aussi ça a déjà été essayé dans le système fiscal du Canada. Par exemple, des crédits d’impôt pour les enfants qui font du sport. Le nouveau gouvernement libéral a décidé d’abolir cette mesure-là d’ici deux ans. Quelles que soient les activités que fait le gouvernement, ça n’empêche pas les gens de faire ce qu’ils veulent à la fin », conclut-il.

Même si l’objectif souhaité de réduire le taux d’obésité n’est pas atteint dès les premières années d’entrée en vigueur d’une nouvelle taxe, une somme aura au moins été recueillie pour ensuite servir à financer des initiatives éducatives ou d’autres projets qui contribueraient à l’amélioration de la santé des Canadiens.

Lu 1700 fois Dernière modification le jeudi, 12 mai 2016 10:19
Priscilla Pilon

Journaliste

Sudbury

705-673-3377, poste 6212

priscilla.pilon@levoyageur.ca

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