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mercredi, 01 juin 2016 06:00

Immersion et pays bilingue

Le Canada a deux langues officielles depuis bientôt 50 ans, mais la plupart de ses habitants n’en ont qu’une. Or, depuis quelques années, certains conseils scolaires veulent perpétuer cet état de choses en freinant l’essor des écoles d’immersion. Tout ça pour protéger le droit à l’éducation unilingue de parents-têtes-de-pioche qui n’ont pas encore compris l’avantage de posséder plus d’une langue.

La seule façon d’avoir un vrai pays bilingue, c’est d’avoir une population majoritairement bilingue. Et la seule façon d’avoir une population bilingue, c’est de s’assurer que tous les diplômés de nos écoles primaires et secondaires comprennent et parlent l’anglais et le français. Pourtant, jusqu’à présent, aucun gouvernement n’a eu l’instinct visionnaire d’imposer cet objectif à son système d’éducation. La seule solution dont disposent actuellement les parents et les conseils scolaires qui veulent «bilinguiser» leurs enfants, c’est l’école d’immersion. Mais voilà que même cette arme d’instruction non massive est maintenant en péril.

En fait, c’est le succès de ces écoles qui fait peur. En Ontario, les inscriptions aux écoles d’immersion ont connu une hausse de 32 % depuis cinq ans. En Colombie-Britannique, c’est 18 % et en Alberta 12 %. Dans plusieurs conseils scolaires, il y a des listes d’attente pour y inscrire ses enfants et des conseils de la région de Toronto ont dû transformer plusieurs écoles anglaises en écoles d’immersion.

Selon un article du Globe and Mail, près de 25 % des élèves inscrits au conseil scolaire d’Halton sont en immersion. On y rapporte qu’une douzaine d’écoles ont 15 inscriptions ou moins dans les classes de 1re année uniquement anglaise. Une école de Burlington a seulement un élève en 1re année en anglais, mais 53 élèves en 1re année d’immersion. Résultat : les parents qui veulent que leurs enfants ne parlent qu’anglais doivent les inscrire dans des écoles souvent éloignées de leur maison. Ils ne sont pas heureux et ne se gênent pas pour faire pression sur leur conseil scolaire et le ministère de l’Éducation.

Ces pressions semblent donner des résultats. Le conseil d’Halton limite maintenant les inscriptions en immersion à 25 % et utilise un système de loterie pour choisir qui aura accès à ces écoles. Le conseil de Peel envisage de repousser l’entrée en immersion à la 2e année plutôt qu’en maternelle. Le Conseil scolaire d’Ottawa-Carleton propose un enseignement 50 % anglais et 50 % français en maternelle et 40 % anglais et 60 % français en 1re année. Des solutions qui vont pourtant à l’encontre de toutes les recherches qui indiquent que l’apprentissage d’une deuxième langue doit commencer en bas âge.

Jusqu’à présent, il manque quelques voix dans ce débat, les gouvernements provincial et fédéral. Il me semble que les décisions des quelques conseils cités ici manquent d’imagination et surtout ne répondent pas aux aspirations des contribuables. Le ministère de l’Éducation devrait lancer des campagnes pour convaincre les parents de l’utilité des deux langues officielles plutôt que de regarder le débat sans bouger. Quant au fédéral, qui finance une grande partie du système d’immersion, il me semble qu’il est de son ressort de favoriser une éducation qui, seule, fera du Canada un pays où l’anglais et le français sont à égalité. Comme disait Charlebois dans une de ses chansons : «Trudeau speak up»!

Lu 2588 fois Dernière modification le mardi, 31 mai 2016 14:25
Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury