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mercredi, 24 août 2016 17:04

Coquillages, ampoules et amitiés inoubliables

Écrit par 


Pendant son séjour de trois mois en Espagne et en Europe, notre journaliste Priscilla Pilon a décidé d’entreprendre la longue marche du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, une très vieille route de pèlerinage au nord de l’Espagne. Nous l’avons suivie à la trace et avec intérêt. Nous publions ici l'intégral de ses textes sur son périple et beaucoup plus de photos que ce que nous avons pu mettre dans Le Voyageur.



Sur la route de Saint-Jacques-de-Compostelle


Le 7 juillet, j’ai entrepris une longue marche, celle du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, plus précisément celui du Nord ou du Littoral, puisque plusieurs chemins sont maintenant offerts à ceux qui désirent franchir ainsi le Nord de l’Espagne. Je parcours donc les quelque 850 km qui relient Irún et Saint-Jacques-de-Compostelle à pied, mais en bonne compagnie.

Depuis plus de 1000 ans déjà, des milliers de personnes entament ce pèlerinage. Son origine remonte à l’an 44, alors que l’apôtre Jacques aurait été décapité en Terre sainte. Ses disciples auraient transporté ses restes jusqu’en Galice pour ensuite les enterrer dans une arche de marbre.

Ce n’est qu’autour de 813 qu’on aurait découvert l’emplacement de cette tombe qui était demeurée un mystère jusque-là, grâce à un ermite qui aurait suivi des lumières mystérieuses. Le roi du royaume Astur, Alphonse II «Le Chaste», est celui qui aurait fait construire l’église sur le site de la découverte. Le premier pèlerinage documenté aurait été fait par Godescalc, évêque du Puy-en-Velay en 950.








Un phare qui accueil les bateaux au quai de Pasai Donibane, petite ville de 2372 habitants. — Photos : Priscilla Pilon


725 km à pieds, ça use les souliers!


Moins de 130 km avant d’atteindre Saint-Jacques-de-Compostelle!

Afin de réaliser ce pèlerinage sans se perdre, il suffit de suivre les flèches jaunes ou les coquillages qui indiquent la bonne direction. Par contre, ces repères changent d’une région à l’autre. Par exemple, en Asturies, c’est la base des coquillages qui indique la direction à prendre. En Galice, il faut suivre les rayons.

Parfois plus d’une option est offerte, comme prendre un chemin côtier souvent un peu plus long, mais dont les paysages à couper le souffle valent le détour.


En Asturies, la base des coquillages indique la direction à suivre. En Galice, il faut suivre les rayons.


En ville, de petits coquillages sur les pavés nous guident.

À marcher environ 30 kilomètres par jour, parfois plus, les ampoules sont fréquentes. Afin de les éviter, je porte des bas qui sont plus épais autour des talons et des orteils. Il est également suggéré de porter des souliers plus grands que sa taille normale. Une fille a eu la gentillesse de me donner ses souliers il y a quelques semaines.

Si des ampoules se manifestent quand même, certains recommandent de passer un fil à travers afin que le liquide puisse s’échapper. Les joies du pèlerinage!






L’approche de la ville de Bilbao, une ville très longue à traverser.


Une pause dans la ville de Castro Urdiales.


Saint-Jacques-de-Compostelle, enfin!


À 40 km de la fin, le chemin du Nord se joint au chemin français. C’est une épidémie de pèlerins qui nous attend pour les deux derniers jours de marche. Nous quittons O Pedrouzo vers 4 h du matin et franchissons ces derniers kilomètres à la lampe de poche. Vers 8 h du matin, nous sommes devant la fameuse cathédrale après une trentaine de jours de marche. Et c’est à ce moment précis que la bretelle de mon sac à dos se brise! Je l’ai fait de justesse.


La cathédrale Saint-Jacques-de-Compostelle est présentement en rénovation.


En cours de route, on accumule les étampes à différentes étapes. Voici la dernière, à Saint-Jacques-de-Compostelle.

Tout au long du chemin, l’idéal était de trouver une auberge publique/municipale (albergue donativo) où les pèlerins payent ce qu’ils peuvent. Il s’agit souvent d’écoles ou de grosses salles remplies de lits superposés où nous pouvons également laver nos vêtements à la main. Sinon, le prix des auberges privées peut varier entre 6 et 20 €.




Parfois, il faut s'improviser un site de camping quand il n'y a plus de places dans les albergues.

Côté nourriture, les plus petites auberges offraient parfois des repas. C’est à chacun d’évaluer le montant à donner quand vient le temps de payer. Par ailleurs, les restaurants ou les pubs offrent un menu du pèlerin (entre 9 et 11 €) : un premier et un deuxième plat, un breuvage et un dessert. À dépenser autant d’énergie chaque jour, on mange beaucoup!

Après avoir rejoint Saint-Jacques-de-Compostelle, plusieurs pèlerins décident de se rendre à Finisterre. Ce village côtier donne plus l’impression d’être au bout du chemin puisque l’on ne peut marcher plus loin. Certains y brulent même leurs vêtements et leurs bottes. Nous terminons la soirée sur les rochers pour regarder le coucher du soleil sur une mer qui s’étend à l’infini.


Dans les coulisses du Camino


Nous sommes plus de 200 000 personnes à compléter un des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle annuellement. Qu’est-ce qui motive autant de personnes à franchir ces centaines de kilomètres à pied ou en vélo (ou même à dos de cheval)?

La première motivation qui me vient en tête, ou du moins celle qui était la plus populaire pendant de nombreux siècles, est le motif religieux. Le chemin passe d’église en église et de monastères en cathédrales. La route propose toujours des détours qui nous amènent aux portes de ces emblèmes religieux.

Pour ma part, je voyais plutôt le chemin comme un défi à relever. C’est effectivement tout un défi de se déplacer à pied pendant un mois avec tout ce dont tu as besoin dans un sac à dos. Tu es avec des inconnus, dont certains deviendront de très bons amis. Tu dois pousser tes limites et oublier la douleur physique que t’infligent plusieurs ampoules aux pieds à la fois.

Après quelques jours de marche, mon corps ne s’était pas encore habitué et je doutais vraiment de pouvoir terminer le parcours. Je ne sais pas comment l’expliquer, mais mon corps se sentait vraiment «cassé». Cependant, après avoir dépassé ce moment difficile, le corps s’habitue et, par la suite, je sentais que mon sac à dos pesait moins lourd de jour en jour.

Une autre raison populaire pour relever ce défi est de prendre un moment de réflexion. Tu es propulsé dans une autre réalité. Tu n’es pas bombardé de messages publicitaires ou de rappels à la réalité. Tu ne regardes pas la télévision et tu n’écoutes pas la radio. C’est le temps idéal de prendre un recul sur ta vie, d’évaluer où tu en es rendu, d’analyser qui tu es vraiment et le pourquoi du comment. Tu partages avec les gens que tu rencontres en chemin et un échange de perspectives s’en suit. On grandit ensemble et on en tire de bonnes expériences et même des leçons. Selon moi, faire le Camino en groupe était beaucoup plus enrichissant que si je l’avais fait seule, puisque les opinions des gens qui étaient avec moi m’ont donné un nouveau regard sur plusieurs choses.

Ces 850 km de marche en 32 jours m’ont beaucoup apporté. J’encourage ceux qui y songent de relever ce défi, peu importe la motivation derrière cette envie. C’est une expérience qui vous apportera beaucoup. De plus, c’est pour tout le monde. Je m’attendais à voir beaucoup de jeunes, mais le nombre de personnes plus âgées m’a vraiment surpris. Chaque personne peut le faire à son rythme et prendre des jours de repos pour donner un moment de répit à son corps ou bien même pour faire du tourisme.







Lu 3750 fois Dernière modification le mercredi, 31 août 2016 09:46
Priscilla Pilon

Journaliste

Sudbury

705-673-3377, poste 6212

priscilla.pilon@levoyageur.ca

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