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vendredi, 31 mars 2017 15:43

Guerre et Paix : Tolstoï démystifié

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Guerre et Paix : Tolstoï démystifié Photo :Courtoisie
Sudbury — Le Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO) accueillera la pièce Guerre et Paix, une adaptation du roman éponyme de l’écrivain russe Léon Tolstoï. Le monde théâtral et les marionnettes permettent d’éviter la reconstruction historique pure et de passer à une analyse contemporaine de l'œuvre.

Il y a cinq ans, lorsque Louis-Dominique Lavigne, codirecteur artistique du Théâtre de Quartier, a fait part de son admiration du chef d’œuvre de Tolstoï à son acolyte Antoine Laprise du Théâtre du sous-marin jaune, la réaction de ce dernier ne se fit pas attendre; «d’accord, on l’adapte».

«Guerre et Paix fait partie de ces monuments de la littérature mondiale qui suscitent l’intérêt du Loup bleu, qui dirige la compagnie [du sous-marin jaune]. C’est une de ces œuvres qui recèlent des éléments révélateurs de la nature humaine», indique M. Laprise.

Il va sans dire que transposer au théâtre la célèbre fresque sociale de plus de 2 000 pages, qui met pleins feux sur l’aristocratie russe du temps des batailles napoléoniennes du début du 19e siècle, nécessite un minutieux travail préalable de dissection.

S’il serait donc impossible pour la pièce — comme pour toute autre version — de faire fi du questionnement existentiel de Pierre Bézoukhov, le justicier solitaire du roman qui hérite du jour au lendemain d’une fortune inattendue, elle n’accorde toutefois que peu de place à sa conjointe Hélène et omet, entre autres, la pieuse Marie Bolkonsky et son ultime époux Nicolas Rostov. «On a dû faire des choix et c’était bien triste, mais la dynamique du roman a été gardée. Il y est surtout question du trio amoureux André [Bolkonsky]-Natacha [Rostov]-Pierre [Bézoukhov] autour duquel gravite une série de personnages secondaires qu’on a conservés», explique le directeur artistique du Théâtre du sous-marin jaune, spécialiste en théâtre de marionnettes.


Le Loup bleu est le directeur du Théâtre du sous-marin jaune en plus d’être sur scène pour la narration de Guerre et paix. — Photo : Courtoise

Avec les neuf marionnettes principales, les soldats, les paysans, les généraux, les figures parentales et les aristocrates qui sont représentés pendant les 95 minutes que dure la pièce, le compte s’élève à une cinquantaine de personnages interprétés par les quatre comédiens Paul-Patrick Charbonneau, Antoine Laprise, Jacques Laroche et Julie Renault.

«Tolstoï prétend dans le roman que l’Histoire est faite par d’obscurs personnages dont on n’a jamais entendu parler et qui ne sont pas nécessairement les grandes figures. Pour lui, les généraux, les rois et les empereurs ne sont que des représentants d’une Histoire qui se fait avec ou sans eux. Ils n’ont pas plus de pouvoir que les autres acteurs à d’autres niveaux de l’action, qui eux ont plus d’influence sur le déroulement des évènements parce qu’ils sont constamment en train de faire des choix sur le terrain. C’est cette thèse de Tolstoï qu’on essaie de présenter de façon drôle parfois parce que ça amène des situations un peu cocasses», avance Loup bleu, qui en plus d’être directeur de la compagnie de théâtre, se retrouve sur scène avec les autres personnages.

La valeur ajoutée du théâtre

Bien que les adaptations cinématographiques et télévisuelles de Guerre et Paix abondent, pour le metteur en scène Antoine Laprise, une adaptation théâtrale de l’œuvre en offre aux spectateurs une lecture multidimensionnelle. «Le cinéma a évidemment un côté spectaculaire, mais il se contente d’un certain réalisme alors que nous, au théâtre, on joue sur plusieurs paliers de discours. On peut décrocher du récit pour faire des parenthèses historiques, le Loup bleu peut s’adresser au public, on peut faire des anachronismes, on a toute une série de perspectives scéniques et narratives qui sont peu utilisées au cinéma», dit-il.

Le contexte esthétique de la pièce, censé «bousculer le spectateur dans ses habitudes», promet une ingéniosité au service du récit qu’offrira le Loup bleu.

L’artiste et sa démarche

Guerre et Paix, qui a déjà été jouée à plus de quarante reprises à Québec, à Montréal et au Festival mondial des théâtres de marionnettes de Charleville-Mézières (France), n’est pas le premier projet théâtral d’envergure que pilote le Loup bleu. De Candide de Voltaire aux Essais de Montaigne, en passant par La Bible et Discours de la méthode de Descartes, le Loup bleu admet n’avoir jamais eu froid aux yeux dans sa pratique professionnelle. «Ces œuvres sont des défis énormes qu’on se donne et lorsqu’on sort d’un projet comme celui-là, on n’est plus nous-mêmes. On a fait un voyage immense au cœur d’une époque, d’une œuvre, d’une pensée. Je crois que l’art est riche lorsque l’artiste est lui-même changé par sa démarche», affirme M. Laprise.

La fidélité aux œuvres littéraires originales guide-t-elle justement cette démarche? Selon M. Laprise, pour Guerre et Paix, comme pour le reste du répertoire du Théâtre du sous-marin jaune, «c’est plutôt un regard contemporain qui est porté sur l’œuvre et non une reconstitution historique au sens propre. C’est à la fois respectueux et facétieux. C’est une relecture, une déformation, une version».

La pièce sera présentée les 6 et 7 avril à 20 h et le 8 avril à 14 et à 20 h.

Lu 845 fois Dernière modification le dimanche, 02 avril 2017 00:19
Bienvenu Senga

Journaliste

Sudbury

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