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jeudi, 01 juin 2017 09:54

La même «tête», d’un âge à l’autre, d’une région à l’autre

Écrit par 
Valérie Gauthier Valérie Gauthier Photo : Courtoisie
Nord de l'Ontario — Valérie Gauthier a passé la dernière année scolaire à étudier les locutions avec le mot «tête». Ceci lui a valu un essai sur la connaissance de ces expressions et le sens que leur donnent les francophones de façon générale… et un baccalauréat spécialisé de l’Université Laurentienne.

Si l’objectif de la Kapuskoise d’origine n’était pas tant de comparer l’usage de la langue entre régions ou générations, l’analyse sociolinguistique a toutefois coulé de source, les sondés étant à 60 % Ontariens et à 40 % Québécois et étant divisés de façon presque égale en groupes de 18 à 30 ans, de 30 à 50 ans et de 50 ans et plus.

À la surprise de la jeune chercheuse, l’échantillon de 102 personnes a révélé que les expressions sont connues, mais qu’il n’existe pas de grandes variations dans la connaissance et le sens donné, à quelques exceptions près.

«Une de nos hypothèses, c’était que le sens des expressions diffèrerait entre le sexe, l’âge et le lieu d’origine», explique-t-elle. «Nos conclusions, par contre, nous ont montré que non», poursuit-elle, soulignant qu’avec un bassin limité à une centaine de répondants, les résultats ne sont pas nécessairement représentatifs de la population en général.

Quelques exceptions

Selon l’étude, quelques locutions font toutefois figure d’exceptions, notamment parce que certains répondants tentaient parfois de deviner le sens. «Ils les avaient déjà entendues, par exemple, de la bouche de leurs grands-parents», écrit la chercheuse dans son essai de spécialisation.

L’enquête lui a aussi permis de voir qu’on donne parfois des sens opposés à une locution. «Parfois, deux groupes (que ce soit Ontario-Québec, homme-femme, jeune-plus âgé) connaissaient la même expression, mais ne lui donnaient pas le même sens du tout», explique-t-elle, illustrant ses propos.

«Être une tête carrée» signifie être anglophone pour les plus jeunes, et «personne qui a les idées restreintes» pour les plus vieux. Encore, «avoir la tête à Papineau» veut dire «être intelligent» pour certains et ne pas l’être pour d’autres.

«Être en tête à tête» est parfois perçue comme une rencontre amicale ou amoureuse entre deux personnes, mais «certaines personnes pensent que c’est un conflit», explique Valérie Gauthier, qui précise que les personnes qui lui donnent cette signification ne la voient pas comme un anglicisme. «Ils l’utilisent en français et c’est clair pour eux que ça veut dire un conflit.»

Ce constat l’a étonnée et l’a fait réfléchir aux obstacles de communication qui peuvent découler d’une telle situation. «Ça peut créer des incompréhensions, même si vous êtes deux francophones, que l’expression est banale et que l’on prend pour acquis que la personne la comprend comme nous.»

D’autres locutions que les répondants ont présentées n’ont pas été trouvées dans les sources écrites (dictionnaires, ouvrages de référence, presse écrite, dont Le Voyageur) et peuvent être caractéristiques de la francophonie canadienne, donc être de réels canadianismes. Elle cite en exemple «Tête de niochon» : «Ça veut soit dire qu’on l’a inventé au Canada, que c’est le fruit de notre vocabulaire ou que ça ne se retrouve pas dans l’entièreté de la francophonie.»

Conclusions restreintes

Valérie Gauthier n’ose pas extrapoler et dire si on peut appliquer ce qu’elle a observé à d’autres locutions du français. «On s’est vraiment intéressés aux expressions avec le mot tête. Ce serait à vérifier si on aboutirait aux mêmes conclusions», dit-elle, prudente. Elle aimerait poursuivre l’exercice avec d’autres expressions, pour voir si les conclusions seraient les mêmes, ou même avec des allophones.

«Dans ma tête, nous avions tous le même sens aux expressions», explique-t-elle.

NOTA : plusieurs membres de l’équipe du journal Le Voyageur ont pris part à l’enquête. De plus, le journal a servi de source à l’étudiante.

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Andréanne Joly

Correspondante

Kapuskasing

andreanne.joly@levoyageur.ca

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