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jeudi, 01 juin 2017 10:11

Ceux qui ont tracé la voie pour Le Voyageur

Écrit par 
Émile Guy, fondateur du journal Le Voyageur Émile Guy, fondateur du journal Le Voyageur Photo : Éric Boutilier

Souffler les bougies une par une


Dans un an, le journal Le Voyageur aura 50 ans, le 12 juin 2018 pour être précis. C’est loin d’être l’anniversaire le plus impressionnant parmi les journaux canadiens — et même à travers les journaux francophones —, mais lorsque l’on connait la petite histoire du journal, ce chiffre devient plus impressionnant.

La précarité financière semble être un thème qui revient périodiquement : peu d’investissements à ses débuts, les problèmes financiers des années 1970 et la baisse des revenus publicitaires des dernières années sont les premières choses qui nous viennent en tête. Vous pouvez ajouter aux difficultés du passé l’incendie des bureaux en 1986.

Ce sont également 50 ans d’histoires et de réalisations impressionnantes. Nos ententes avec les conseils scolaires et le journal étudiant Tapage sont probablement les réalisations qui ont eu le plus grand impact non seulement sur le journal lui-même, mais sur la communauté francophone également.

Le journal doit beaucoup à Émile Guy, son créateur, au père Hector Bertrand, à André Girouard, à Yves Nadeau et à Réjean Grenier, pour n’en nommer que quelques-uns. Le nombre de personnes qui y sont passées à un moment où l’autre de leur carrière est également impressionnant. Certains prix le sont tout autant.

Si on vous en parle un an d’avance, c’est parce que dans cette édition, nous lançons la première activité qui nous mènera au véritable 50 ans du journal : les chroniques du 50e. Nous avons planifié 50  sujets afin de couvrir plusieurs aspects de la petite histoire du Voyageur. À travers ceux-ci, nous espérons rappeler des souvenirs aux lecteurs de longue date et vous permettre de constater que la francophonie sudburoise est dynamique depuis de nombreuses années... même si les sujets des débats et des grands projets semblent être toujours les mêmes. Vous verrez bien!

Ce ne sera pas notre seul effort pour souligner cet anniversaire au cours de la prochaine année; et même des deux prochaines années. Nous avons plusieurs projets en chantier qui, nous l’espérons, marqueront les esprits. Nous ne pouvons pas tout dévoiler maintenant, mais nous pouvons nous avancer sur l’un de ceux-ci : un livre. Plus de détails à venir.

Finalement, nous tenons à remercier Rachel Desaulniers, sans qui nous n’aurions pas pu préparer ces chroniques. Rachel a passé des heures a éplucher les archives du Voyageur afin d’en extraire les fruits les plus juteux. C’était un véritable bonheur de l’entendre éclater de rire ou dire «Oh my god!» lorsqu’elle était dans nos bureaux pour ce travail... de moine, disons-le. Nous espérons que nous parviendrons à rendre justice à son minutieux travail.

Bonnes lectures.

Julien Cayouette



Ceux qui ont tracé la voie pour Le Voyageur


Par Bienvenu Senga

Si Le Voyageur est le premier journal de langue française opérant dans le Nord ontarien à friser son jubilé d’or, l’histoire de la presse écrite de langue française dans la région remonte quant à elle à 1886 avec la création de La Sentinelle à Mattawa par Joseph-Alphonse Lévesque. Le journal ne tiendra que jusqu’à la fin du 19e siècle. En 1924, Ulrich Maurice fondera le journal d’opinion Le Nouvel-Ontario à Sturgeon Falls, qui disparaitra peu avant la Deuxième Guerre mondiale. Vit aussi le jour en 1933 l’hebdomadaire timminois Le Nord Ontarien qui s’éteindra en 1935.

L’Ami du peuple

Fraichement diplômé du Collège du Sacré-Cœur de Sudbury en 1941, Camille Lemieux, originaire de St. Charles, caresse l’idée de créer un journal sudburois afin de combler le vide occasionné par la disparition des publications précédentes. Sa mission? En faire un organe d’éducation populaire, un organe d’éducation nationale et un organe d’union pour tous les mouvements d’ensemble de la communauté francophone.

Le premier numéro de L’Ami du peuple, un hebdomadaire «français, catholique et indépendant de toute partisanerie politique», comme l’entend son fondateur, paraitra le 11 juin 1942, avec le concours d’Arthur Charette, que M. Lemieux a rencontré au Collège du Sacré-Cœur.

Au cours des 26 années de sa vie, L’Ami du peuple connaitra de nombreux défis au niveau de la régularité de sa publication, du contenu, de l’impression et du financement, mais n’arrivera pas à se relever de la mort de son fondateur, M. Lemieux en 1955 à l’âge de 37 ans. Comme le décrit l’historien Serge Dignard dans sa thèse de maitrise consacrée à la vie et à l’œuvre de M. Lemieux, «L’Ami du Peuple était une entreprise quasi personnelle que seul Camille Lemieux pouvait vraiment continuer».

L’hebdomadaire sera plus tard vendu par l’épouse de M. Lemieux en 1968 au Centre des jeunes de Sudbury, qui mettra fin à la publication à l’automne de la même année.

L’Information

En 1961, le diocèse de Sault-Ste-Marie publie déjà un journal catholique de langue anglaise : The Northern Ontario Register. À partir de 1963, plus de 10 000 fidèles francophones bénéficient désormais de L’Information, une publication en langue française destinée à leur «présenter les vues de l’Église». Le journal sera publié jusqu’en juin 1968.

Le Voyageur

Alors surintendant de secteur au Conseil des Écoles séparées catholiques romaines de Sudbury, Émile Guy, comme bien d’autres lecteurs assidus de L’information, est pris de court par l’éditorial titré «L’INFORMATION N’EXISTERA PLUS» que publie l’évêque du diocèse de Sault-Ste-Marie, Mgr Alexander Carter, dans l’édition du 25 avril 1968. L’évêque, qui dit prendre la décision à contrecœur, souligne les défis financiers que pose la publication du journal et «l’opposition prononcée et ferme contre les journaux diocésains» de l’époque. L’heure, selon Mgr Carter, est à la recherche de «nouvelles méthodes de diffuser la connaissance et l’amour du Christ dans ce monde contemporain».


La première page de L’Information qui annonçait sa disparition le 25 avril 1968.

M. Guy — qui avait notamment mis en place grâce au concours d’enseignants et de directeurs d’écoles de la région la rubrique L’écho de l’avenir, destinée à mettre en valeur les élèves et les établissements scolaires— dit n’avoir eu d’autre choix que d’agir. «On ne pouvait pas perdre cela. Il fallait qu’on ait un journal qui nous représente», indique-t-il.

Après de nombreuses consultations ayant pour but d’étudier les effets de la disparition de L’information et d’explorer la création d’un nouveau journal, M. Guy — alors membre actif de l’Ordre de Jacques Cartier — est désigné par le reste des membres pour s’occuper du dossier.

S’ensuivit la formation d’un comité de 17 personnes issues des trois doyennés du diocèse (Est, Centre, Ouest) et dont la mission était d’élaborer le plan d’affaires du nouveau journal, de réfléchir à son contenu et d’évaluer les modalités d’incorporation du nouvel organe de presse.

Le choix du nom


Alice Fortier, l’une de celles à qui Le Voyageur doit son nom                       Photo: Bienvenu Senga

La Sudburoise Alice Fortier, qui en 1968 était employée de l’Université Laurentienne, avoue ne pas s’être fait prier lorsqu’on lui a demandé de faire partie du comité dirigé par M. Guy. «On ne pouvait pas perdre notre journal, c’était le reflet de notre communauté», avance-t-elle.

Après avoir exploré entre autres les noms La voix du Nord, L’Appel du Nord, L’élan du Nord, L’éveil du Nord et La victoire du Nord, le comité s’est finalement arrêté sur Le Voyageur, en hommage aux coureurs des bois qui parcouraient la région aujourd’hui occupée par la route 17 d’est en ouest pour échanger des fourrures avec les Premières Nations, qu’emprunterait aussi éventuellement le journal. La suggestion émanait de Mme Fortier et de sœur Simone Gamache, une directrice d’école à la retraite qui devint la première rédactrice du Voyageur.

Le nom appartenant déjà à une autre entreprise à l’époque, le nouvel organe fut incorporé sous le nom de La Voix française du Nord Ltée.

Le 12 juin 1968, plus de 5 000 abonnés — un nombre recueilli par l’entremise des paroisses — reçoivent le tout premier numéro du Voyageur.

 
Membres du comité fondateur du journal Le Voyageur
Albert, Hugues Professeur de philosophie à l’Université de Sudbury
Bigras, Jean-Guy Journaliste au North Bay Nugget
Blais, François Curé, paroisse Saints-Anges, North Bay
Dagenais, André Curé, Cache Bay
Fortier, Alice Représentante des dames de Sudbury
Frappier, Andréa Représentante des demoiselles de Sudbury
Gratton, Fernand Juge à North Bay
Guy, Emile Surintendant adjoint, Conseil des écoles catholiques de la ville de Sudbury
Hébert, Roland Dentiste à Sudbury
Huneault, Richard Avocat à Sudbury
Lemieux, Alfred Vicaire, Espanola
Michel, Gérald Magistrat à North Bay
Mongeon, Roland Médecin à Sudbury
Morissette, Guy Vicaire, paroisse La Toussaint, Sudbury
Proulx, Conrad Avocat à Sturgeon Falls
Tremblay, Rodolphe Jésuite, secrétaire général, Université de Sudbury
N.B. : Monseigneur Lucien Cholette, curé à la paroisse Saint-Joseph de Chelmsford, s’est joint au comité à la suite d’une réunion des prêtres qui a eu lieu à la Villa Loyola en avril 1968.


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Lu 1975 fois Dernière modification le samedi, 10 juin 2017 17:18
Bienvenu Senga

Journaliste

Sudbury

705-673-3377, poste 6210

bienvenu.senga@levoyageur.ca

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