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jeudi, 30 novembre 2017 15:05

Pas d’inquiétudes pour les radios communautaires du Nord

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Pas d’inquiétudes pour les radios communautaires du Nord Photo : iStock
Hearst et Kapuskasing — L’annonce de la fermeture d’une radio communautaire en Alberta, la semaine dernière, est reçue avec empathie. Cependant, la réalité des deux radios communautaires du Nord ontarien ne s’apparente en rien à celle des neuf stations communautaires au Canada qui seraient en péril, faute de revenus, d’employés et de bénévoles, selon l’Alliance des radios communautaires (ARC) du Canada.

«Je cherche des solutions pour elles, mais je n’en trouve pas», lance le directeur de CINN-FM à Hearst, Steve McInnis. «Je ne sais pas comment on peut remédier à cette situation-là. Les gouvernements, il faut qu’ils s’impliquent.»

C’est ce que demandent les membres de l’ARC du Canada depuis des années. On souhaite que le gouvernement fédéral investisse dans ces médias de proximité. «Si on mettait en place les 4,7 millions $ qu’on demande par année, on pourrait y arriver», a indiqué le directeur de l’ARC, François Côté, à Francopresse. «Ce n’est pas un gros investissement pour sauver les communautés.»

Deux stations bien ancrées

Les deux directeurs du Nord ne s’inquiètent aucunement pour la survie de leur station. «Les radios communautaires de Kap et de Hearst sont tellement solides», dit M. McInnis.

Joint à CKGN, à Kapuskasing, Claude Chabot rappelle que les bassins d’auditeurs à Hearst et Kapuskasing sont stables alors qu’ailleurs — il nomme Rivière-la-Paix et Iqaluit —, la mobilité a souvent un effet sur l’attachement au média local. «Ces plus petites radios n’ont pas d’employés à temps plein, tout repose sur les bénévoles.» Il donne un autre exemple : la Radio de l’Est ontarien, qui était établie à Cornwall, reprend du galon depuis son déménagement à Casselman.

«C’est triste», se désole M. Chabot. «Quand une radio est en implantation, ça prend l’appui de la communauté pour que le CRTC [Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes] donne une licence. Quand on voit des radios qui ne tiennent qu’à un fil, on se demande où est la communauté. Ils voulaient la radio, ils l’ont eu, mais ils ne la supportent plus.»

À Kapuskasing, l’appui ne se dément pas. «Notre job, c’est d’être près de la communauté, et elle nous supporte à 150 %», croit Claude Chabot, qui souligne que la station fêtera ses 25 ans en 2018.

«On est vraiment dans une situation à part», estime à son tour M. McInnis. «On est une station riche : on a une communauté extraordinaire qui appuie la station depuis 25 ans. On a de l’argent de côté pour les pépins. Tout roule.»

L’importance de se réinventer

Mais ces radios relèvent aussi leur part de défis, à un moment où le paysage médiatique connait de profondes transformations. Les radios communautaires, avec leur public très large et leurs quotas imposés par le CRTC, ont dû se frotter, au cours des dernières années, à la montée des stations spécialisées qui diffusent par satellite.

«Au début, la radio satellite nous a peut-être nui un peu parce que les gens [y] écoutaient la musique qu’ils voulaient entendre», concède M. Chabot. «Ç’a fait son temps, parce que les gens voulaient des nouvelles locales.»

Steve McInnis estime que le contexte actuel force à faire preuve de prévoyance et d’innovation. «Dans notre planification, on prévoit la transition vers le numérique», précise-t-il. «On n’aura pas le choix de changer. On met de l’argent de côté pour ça et on a le luxe de le faire.»

Il rappelle que pour les radios en difficulté, c’est un cercle vicieux. «Si tu es en mode survie, comment veux-tu faire de la planification?»

Place à la relève

Au Mouvement des intervenants en communications radio de l’Ontario (MICRO), ce besoin de se projeter dans l’avenir passe par l’instauration d’École à radio, actif dans toutes les stations communautaires de l’Ontario avec l’aval du ministère de l’Éducation. La question de la relève est aussi au cœur des préoccupations des médias de l’Ontario français.

«On montre aux jeunes c’est quoi être animateur radio», explique M. Chabot, qui préside l’organisme. Après quelques séances de formation à l’école avec un animateur local, «les jeunes se présentent à la station et font des enregistrements.»

À Kapuskasing, ces nouveaux animateurs deviennent parfois des coanimateurs bénévoles, la fin de semaine. Ils font la météo, font les vœux d’anniversaire, présentent le babillard. Un sentiment d’appartenance nait souvent de cette association. «Ils aiment la radio et veulent continuer à l’appuyer», a remarqué le directeur.

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Andréanne Joly

Correspondante

Kapuskasing

andreanne.joly@levoyageur.ca

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