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mardi, 13 mars 2018 15:56

100 ans de « féminisme » à Hearst

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100 ans de « féminisme » à Hearst Photo : Courtoisie
Hearst — Danielle Coulombe est professeure d’histoire à l’Université de Hearst et responsable du Centre d’archives de la Grande Zone argileuse. Elle s’intéresse au rôle des religieuses dans la colonisation de Hearst et au développement du Nord, mais aussi aux groupes de femmes engagées dans la vie communautaire. Il faut dire qu’il y a un peu d’elle-même là-dedans : dans les années 1970, elle a côtoyé les religieuses dans sa communauté et est devenue une jeune universitaire qui embrasse pleinement le mouvement féministe.

Les mouvements féminins ont toujours été bien actifs dans la province, dans le Nord et à Hearst. Bien avant la naissance de l’Union culturelle des Franco-Ontariennes (UCFO) et des Filles d’Isabelle existaient la Fédération des femmes canadiennes française, le Cercle Notre-Dame, les Femmes chrétiennes… et les congrégations religieuses, aujourd’hui presque disparues du Nord ontarien.

La professeure de l’Université de Hearst, Danielle Coulombe, peut témoigner de la contribution des religieuses à la vie communautaire de Hearst. L’historienne a consacré une thèse au rôle des Sœurs de Notre-Dame du Perpétuel Secours à Hearst de 1917 à 1942 et s’est aussi intéressée aux Sœurs de l’Assomption à partir de 1942. Pour elle, ces femmes ont été de premiers modèles pour les groupes de femmes qui allaient être très actifs dans la communauté forestière de Hearst, comme ailleurs dans le Nord ontarien.

Avant 1940 : le cœur de la communauté

La responsable du Centre d’archives de la Grande Zone argileuse brosse le portrait de leur arrivée en 1917 : Hearst est un pays de colonisation, les familles sont peu nombreuses et comptent souvent beaucoup d’enfants et les femmes concentrent leurs activités autour de la maisonnée.

Comme il existe peu de services à Hearst, les religieuses sont en fait plus au service de leur communauté qu’au service de Dieu, laisse entendre Danielle&nbps;Coulombe. Elles veillaient à l’enseignement, à la gestion de l’orphelinat, mais elles organisaient aussi les différentes activités sociales et en accueillaient certaines dans leur couvent. Ce triple service — Dieu, la communauté et l’instruction — est exigeant, mais les religieuses ont deux atouts : elles sont instruites et entourées d’enfants qui peuvent aider. « Elles n’ont pas les responsabilités familiales des mères », rappelle l’historienne.

En 1942, les Sœurs de Notre-Dame du Perpétuel Secours étant la seule communauté de la congrégation hors Québec, elles sont appelées à enseigner l’anglais au Québec. Les Sœurs de l’Assomption de la Sainte Vierge (actives partout dans le Nord de l’Ontario) reprennent alors le flambeau à Hearst, mais resserreront leurs activités autour de l’enseignement chez les plus jeunes. Il faut dire que le contexte communautaire a bien changé depuis l’arrivée des Sœurs de Notre-Dame du Perpétuel Secours : d’autres groupes communautaires ont commencé à apparaitre.

1940-1970 : au service de la communauté

Les Sœurs de l’Assomption gèrent l’Académie Saint-Joseph, qui demeurera l’établissement privé d’éducation secondaire française des filles de Hearst jusqu’en 1968, lorsque les écoles secondaires de langue française sont créées par la province.

Pendant cette période, divers groupes sont actifs dans la communauté : la Fédération des femmes canadiennes-françaises, l’Union catholique des fermières (devenue l’UCFO, en 1969), les Filles d’Isabelle, le Cercle Notre-Dame et les Femmes chrétiennes.

« Jamais ces femmes-là ne se seraient identifiées comme féministes », précise Mme Coulombe. « Elles étaient de leur époque et très engagées dans leur communauté. »

1970-1990 : l’émergence des groupes féministes

Des groupes féministes naitront à Hearst dans les années 1970 ou 1980 et Danielle Coulombe, alors étudiante à l’Université de Hearst, compte parmi les militantes.

À cette période, « les femmes sont en train de rentrer sur le marché du travail dans notre région », met-elle en contexte.

En 1977, FrancoFemmes nait à Hearst et Kapuskasing dans l’objectif de promouvoir l’amélioration de tous les aspects de la vie des femmes du Nord de l’Ontario et participe à la naissance de la Maison verte en 1981. Clef en Main suivra en 1984 pour cesser ses activités en 2007.

« FrancoFemmes organisait une conférence annuelle qu’on appelait Au féminin pendant sept ou huit ans », explique la professeure d’histoire. « Pendant une rencontre, il y a eu un atelier sur les besoins économiques des femmes. C’est là qu’est née toute l’idée de créer une entreprise qui s’occuperait d’offrir du travail aux femmes » : la Maison verte, une entreprise sociale qui existe encore et qui vend des semis de reboisement et de tomates dans la région.

Clef en Main, aussi, faisait la promotion de l’indépendance économique des femmes. Plus tard, cet organisme offrira des bourses à celles qui poursuivent des études dans des secteurs non traditionnels.

« Ç’a l’air moins pertinent maintenant. Il y a encore beaucoup de plafonds de verre à faire éclater, mais les filles sont dans beaucoup plus de secteurs. Dans certaines provinces, elles sont majoritaires en médecine », remarque Danielle Coulombe.

Aujourd’hui : la place des femmes

Danielle Coulombe reconnait un essoufflement dans les groupes féministes autrefois très actifs. L’historienne hésite à expliquer un phénomène relativement récent : elle préfère avancer quelques hypothèses. Parmi elles : « Pendant un certain temps, certaines femmes croyaient que tout était gagné. » D’une autre part, elle a des récits qui peuvent frapper l’imaginaire : « Je me souviens d’avoir fait une entrevue avec une dame qui travaillait à l’extérieur tout en élevant ses enfants, ce qu’on voyait très peu dans notre région dans les années 1950 et 1960. Elle avait trois semaines de vacances par année. Elle prenait des vacances en fonction de sa date d’accouchement. Après ses vacances, elle retournait au travail, sinon elle perdait son emploi. C’était comme ça jusque dans les années 1970. »

Au fil des décennies, les plus jeunes générations ont oublié les luttes qui ont dû être menées pour se rapprocher d’une certaine parité, estime-t-elle. Mais dans les derniers mois, les manchettes rappellent que cette égalité des sexes est loin d’être atteinte. « On est très conscientes, avec tout ce qui se passe en ce moment, que beaucoup de choses restent à faire », conclut-elle.

Lu 1578 fois Dernière modification le mardi, 13 mars 2018 16:07
Andréanne Joly

Correspondante

Kapuskasing

andreanne.joly@levoyageur.ca

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