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mardi, 20 mars 2018 11:22

L’évaluation formative… où en sommes-nous?

Écrit par  Louise Bourgeois


L’évaluation formative… où en sommes-nous?




Louise Bourgeois, professeure
École des sciences de l’éducation, Université Laurentienne

Si on demande à un élève de distinguer entre l’évaluation sommative et l’évaluation formative, il répondra sans doute que l’évaluation sommative «ça compte» tandis que l’autre « ne compte pas ». En effet, quand on assigne un travail en classe, la même question revient toujours «Madame, est-ce que ça compte?»!

Par ailleurs, la réponse donnée détermine généralement à quel point les élèves choisissent de s’investir ou non dans la tâche demandée. Ce que les élèves comprennent mal, c’est que l’évaluation formative sert à informer l’enseignant, et eux aussi, de ce qu’ils ont compris dans le but de les aider à progresser. Sans cette information, l’enseignant ne peut pas intervenir de façon pertinente auprès des élèves qui en ont besoin et quand ils en ont besoin.

Un grand nombre de chercheurs s’entendent pour dire que l’évaluation formative est parmi les moyens les plus efficaces pour soutenir l’apprentissage des élèves, surtout pour ceux qui sont moins performants. Cependant, des recherches démontrent que l’évaluation formative peine à s’imposer en classe. Les résultats de ma recherche révèlent notamment trois facteurs qui limitent la mise en pratique efficace de l’évaluation formative en classe : 1) les exigences de l’évaluation sommative et le temps qu’on lui accorde; 2) les difficultés liées à l’engagement de l’élève face à son apprentissage; et 3) le manque de formation lié à l’évaluation formative.

Premier facteur : les exigences de l’évaluation sommative et le temps qu’on lui accorde

D’abord, la prégnance de l’évaluation sommative est réelle. En effet, un simple calcul révèle le temps de l’enseignant qu’il accapare. Prenons, par exemple, un enseignant qui donne trois cours de français à un total de 90 élèves. Cet enseignant est tenu de donner au moins deux évaluations sommatives dans chacun des trois domaines de la matière – lecture, écriture et communication orale –, et ce, deux fois par année scolaire. Ce qui veut dire qu’il doit noter un minimum de 1 080 évaluations :

• 90 élèves x 12 évaluations sommatives = 1 080 évaluations

Il est important de savoir que la notation d’un seul travail d’élève prend environ 15 minutes pour un total de 16 200 minutes ou 270 heures (ou l’équivalent de 39 jours de travail) :

• 1 080 évaluations x 15 minutes = 16 200 minutes

Alors que certains enseignants arrivent à faire une partie de ce travail pendant la journée scolaire, la plupart le font en soirée. Bien sûr, ceci ne tient pas compte du temps de préparation de ces évaluations. Les enseignants se préoccupent du temps qu’ils doivent consacrer pour ne satisfaire qu’aux exigences de l’évaluation sommative et ont beaucoup de difficulté à comprendre où trouver le temps pour en faire plus.

Deuxième facteur : les difficultés liées à l’engagement de l’élève face à son apprentissage

Il va sans dire que l’engagement et la responsabilisation de l’élève face à son apprentissage sont des éléments incontournables dans la démarche d’évaluation formative. Devant une tâche où les élèves doivent améliorer un travail «qui ne compte pas», plusieurs n’ont tout simplement pas l’intérêt de s’améliorer et n’en voient pas l’utilité...

Petite anecdote relative au manque d’engagement…

Un stagiaire m’a récemment révélé son découragement lorsqu’il a donné une rétroaction constructive écrite à chacun de ses élèves. Quand il leur a demandé d’améliorer leur travail au moyen des stratégies qu’il s’était acharné à intégrer dans leur rétroaction, certains élèves ne se mettaient pas à la tâche. Pensant que ceux-ci ne comprenaient pas le travail à faire, il leur a offert son appui auquel un élève a répondu sans malice : «Ah monsieur, je pas “care”…». En effet, l’enseignant ne peut apprendre à la place de l’élève. Apprendre exige des efforts que les élèves ne sont pas toujours prêts à déployer, faute d’engagement.

Les enseignants s’inquiètent quand la motivation des élèves ne vient que de la note plutôt que de la fierté d’un travail bien fait.

Troisième facteur : le manque de formation lié à l’évaluation formative

Enfin, les enseignants mentionnent le nombre élevé de formations auxquelles ils doivent participer et soulignent que la formation relative à l’évaluation formative est rare. Bien que le concept d’évaluation formative existe depuis belle lurette, la démarche est difficile à maitriser dans la pratique. Les enseignants ont besoin d’appui pour répondre aux questions qu’ils se posent. Comment intervenir simultanément auprès de plusieurs élèves qui ont des besoins différents? Comment soutenir les élèves qui ne veulent pas apprendre? La rétroaction offerte aux élèves est-elle constructive? Y a-t-il une façon plus efficace de soutenir l’apprentissage? Ce sont là autant de questions des enseignants qui demeurent sans réponse.

Si l’on dit que l’évaluation formative est parmi les moyens les plus efficaces pour soutenir l’apprentissage, c’est qu’elle permet à la fois à l’enseignant et à l’élève de savoir à tout moment ce qui a été appris, ce qui doit être amélioré et comment le faire. L’évaluation formative en salle de classe ne peut donner sa juste valeur tant qu’on n’en fera pas une priorité.

Vous désirez en connaitre davantage sur le sujet? N’hésitez pas à venir en discuter avec vous en avril prochain!


Responsable de la chronique : Isabelle Carignan, Ph. D., Université TÉLUQ

Au cours des prochaines semaines, des préambules de ce qui vous attend lors des Journées des sciences et savoirs 2018 seront partagés sous la forme de chroniques dans le journal Le Voyageur afin de piquer votre curiosité!

L’ACFAS-Sudbury lance donc l’invitation à toute la collectivité pour fêter 25 ans de savoir en français!

Pour de plus amples renseignements, écrivez-nous à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. . N’hésitez pas à vous joindre au groupe ACFAS-Sudbury sur Facebook, à aimer notre page et à gazouiller @AcfasSudbury sur Twitter.

Les Journées des sciences et savoirs, en partenariat avec le Symposium francophone de l’École de médecine du Nord de l’Ontario (EMNO) et le Consortium national de formation en santé (CNFS), auront lieu du 5 au 7 avril 2018, à l’Université Laurentienne. Soyez des nôtres!


Lu 3131 fois Dernière modification le mardi, 20 mars 2018 11:38

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