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lundi, 02 avril 2018 10:14

Comment une autiste a trouvé sa place grâce au sport

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Comment une autiste a trouvé sa place grâce au sport Photos : Courtoisie
Le 2 avril est la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme

Sudbury — Les bienfaits de l’exercice physique sur le corps et l’esprit sont bien connus. Les enfants qui vivent avec un syndrome du spectre de l’autisme ne font pas exception à la règle. Preuve à l’appui : Audréanne Soenens, une élève de l’École secondaire Macdonald-Cartier, qui a connu beaucoup de succès en ski paranordique au cours des dernières années.

Elle n’a pourtant pas commencé avec le ski de fond. C’est l’envie de jouer au hockey qui l’a initialement amené sur une patinoire, mais c’est le patin artistique qui a été son tremplin vers les sports de compétition. Simplement apprendre à patiner a été plus long : environ trois ans avant qu’elle soit autonome sur la glace, à l’âge de 9 ans.

Sa mère, Cylvie Dupras, l’a accompagné tout au long de ce cheminement. «Elle n’était pas capable de faire de la compétition (au début). Elle avait peur de tomber, elle avait peur du jugement des autres... Ça la rendait très très anxieuse. À sa dernière année [de patin], elle en a fait une et elle a vraiment bien fait. C’était une compétition d’improvisation et tout le monde pleurait, même les juges.»

Passage au ski

À son arrivée en 9e année, Audréanne a décidé d’essayer le ski de fond. «Ce que l’on ne savait pas, c’est que l’entraineur de Macdonald-Cartier, Louis Roberge, avait invité Patti Kitlar (une entraineur responsable du développement du programme de ski paranordique en Ontario en 2007) et elle a pris Audréanne sous son aile.»

M. Roberge se souvient bien des premières pratiques d’Audréanne et a une anecdote qui démontre bien la progression de la skieuse. «Pour descendre les côtes, au lieu d’être debout ou accroupi, elle mettait les genoux et les mains sur ses skis (donc à quatre pattes). Je n’avais jamais vu ça, j’avais peur qu’elle frappe un arbre.»

«Audréanne a toujours [pratiqué ses sports] à sa façon à elle, parce que ça fonctionne», confirme sa mère.

À sa première année à la compétition provinciale de la Fédération des associations de sports scolaires de l’Ontario (OFSAA) en 2015, Audréanne a remporté une médaille d’argent. «Ça a changé les batteries de ma fille», illustre Mme Dupras. «Les perceptions qu’elle avait d’elle-même — comme toujours être la dernière de classe, de ne pas être capable de faire comme les autres — ont changé. Elle a compris qu’elle aussi avait sa place, quelque part.»

Avec l’appui de son père, Luc Soenens, Audréanne a continué à s’entrainer, même en été, et à participer à des camps d’entrainement. Louis Roberge confirme qu’elle a passé beaucoup de temps avec Patti Kitlar, ce qui lui donne même la chance de parfois s’entrainer avec Collin Cameron, qui revient des Jeux paralympiques de Pyeongchang avec deux médailles de bronze en biathlon assis.

En 2016, elle remporte l’or à OFSAA. «Et là, ça a changé ses circuits. Elle a finalement compris qu’elle était capable. Qu’elle aussi pouvait faire des choses que les autres ne pouvaient pas faire.»

Une semaine avant la compétition OFSAA en 2017, Audréanne a décidé d’apprendre le ski de patin — une technique de propulsion plus exigeante. Son inexpérience avec cette technique ne l’a pas empêché de remporter une autre médaille d’or. De grands exploits pour une enfant que les médecins ne voyaient pas dépasser la 5e année.

Une autre façon d’apprendre

Comme pour beaucoup d’enfants autistes, les parents d’Audréanne doivent passer beaucoup de temps avec leur fille et ont aussi eu un rôle à jouer dans ses succès. Ils la poussent à faire l’effort, l’encouragent, s’entrainent avec elle, etc.

«Au moins, quand elle s’entraine, elle a des amis. Des amis avec qui elle fait les mêmes choses. C’est une enfant qui apprend quand elle fait. Tous les voyages qu’elle fait l’aident avec la géographie, avec son anglais, avec sa socialisation... Le sport est vraiment une des meilleures choses pour l’aider», confirme la mère d’Audréanne. «Tout le monde le dit : “on l’a vu grandir avec le ski”.»

M. Roberge note aussi les progrès d’Audréanne à travers les compétitions : «Au début, je devais l’accompagner au podium. Maintenant, ils l’appellent et elle monte seule sur l’estrade. Elle a fait beaucoup de progrès à ce niveau-là également.»

Toujours à la poursuite de ses rêves, Audréanne a commencé à faire de l’équitation il y a deux ans. Succès rapide là aussi avec une troisième place dans sa catégorie à sa première année de compétition.



Reformer le cerveau

Avant d’entrer dans le monde des compétitions sportives, Audréanne «était très gênée, elle était toujours sous ma jupe, elle avait des atèles pour ses jambes...», rapporte Mme Dupras. «On a tout fait ça parce que je crois fermement à la neuroplasticité.» La neuroplasticité, dans sa définition la plus large, est la capacité du cerveau de se modifier afin de s’adapter et d’apprendre. Mais ce processus peut aussi être contrôlé et planifié. Avec les succès que connait sa fille, Cylvie Dupras est encore plus convaincu que ça fonctionne.

Louis Roberge a aussi remarqué que son corps peut prendre plus de temps à apprivoiser un mouvement, mais qu’une fois qu’il est acquis, elle peut être aussi bonne et performante que les autres athlètes.

Audréanne est même maintenant heureuse de participer à l’entrainement des débutants de l’équipe de ski de fond de son école. «Tu vois qu’elle est fière de pouvoir montrer ce qu’elle a appris à quelqu’un d’autre, c’est vraiment l’fun de voir ça», indique M. Roberge.

Lu 2134 fois Dernière modification le lundi, 02 avril 2018 10:22
Julien Cayouette

Directeur de l'information

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