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vendredi, 31 août 2018 08:33

Le Théâtre poétique et la poésie théâtrale d'Antoine Côté Legault

Écrit par 
Antoine Côté Legault Antoine Côté Legault Photo : Sylvain Sabatié
Sudbury — Le poète et homme de théâtre Antoine Côté Legault s’est installé à Sudbury en mai. En juin, la Fondation pour l’avancement du théâtre francophone au Canada lui a remis une bourse de 8000 $, ce qui lui permet de travailler sur sa prochaine pièce, ODE ou la vie après avoir regardé le soleil dans le blanc des yeux, l’esprit un peu plus tranquille.

Le Voyageur a voulu mieux connaitre ce nouveau venu dans le milieu artistique sudburois. Il avait par contre déjà des liens avec la ville avant son arrivée. La maison d’édition Prise de parole a publié son recueil de poésie, Corps à corps. Une blind date poétique, en 2015 et son arrivée est aussi dû au déménagement de sa compagne, Marie-Pierre Proulx, directrice artistique du Théâtre du Nouvel-Ontario depuis presque un an.

LV : Pour qu’on te connaisse un peu mieux, tu peux nous raconter ton parcours?

ACL : Je suis originaire de Gatineau. Après mes études au CÉGEP, je me demandais ce que je voulais faire, sans trop m’être aperçu qu’à la fois je jouais dans la ligue d’impro et que j’avais joué dans cinq pièces en deux ans. […] J’ai poursuivi à l’Université d’Ottawa en faisant une maitrise théorique à caractère historique sur le théâtre.

J’avais deux passions parallèles, soit la poésie et le théâtre. La première rencontre majeure dans ma vie artistique, ça a été le slam, qui est un peu une combinaison de ces deux passions. Ça a confirmé mon désir d’écrire pour la scène. De toute façon, mon théâtre est relativement poétique et ma poésie est relativement théâtrale.

LV : Donc tu n’arrives pas à séparer les deux?

ACL : C’est très semblable, j’arrête d’essayer de catégoriser dans un ou l’autre. Ça vient du même élan.

LV : Tu connaissais Sudbury avant d’y déménager?

ACL : J’étais déjà passé quelques fois à Sudbury, surtout dans le cadre du festival Théâtre Action en milieu scolaire. […] Je connaissais aussi de réputation, je connaissais de gens de là, la culture aussi.

LV : Tu t’es déjà bien adapté? C’est quoi tes premières impressions?

ACL : Oui. Il y a quelque chose de très beau dans la communauté. Tout le monde est super chaleureux, super accueillant. En même temps, c’est entouré de nature, le ciel est plus grand. Sur le plan créatif, ça m’a apporté une certaine forme de quiétude qui est très bénéfique pour moi, qui passe souvent beaucoup de temps seul, dans mon processus créatif.

Il y a aussi davantage de croisement entre les disciplines artistiques, parce que ce ne sont pas des ilots fermés, comme ça peut l’être dans le cas d’Ottawa. Il y en a aussi plus entre francophones et anglophones, il n’y a pas de jugement.

Aussi un sentiment que le patrimoine littéraire est très vivant à Sudbury. Ça me parle beaucoup. Dans tellement d’œuvres, Sudbury devient quasiment un personnage. En y habitant, on comprend assez rapidement pourquoi.

LV : Est-ce que ton déménagement complique ta vie professionnelle?

ACL : Ça ouvre d’autres portes. Par exemple, cette saison, je vais être auteur en résidence au département de théâtre de l’Université Laurentienne.

J’ai travaillé pendant les trois dernières années dans les bureaux de l’Association des théâtres francophones du Canada en faisant des projets en parallèle. Là, je suis pigiste depuis 8 ou 9 mois et ça me convient très bien. En même temps, j’ai moins peur de prendre la route pour aller travailler pour un contrat.

J’ai aussi accueilli une de mes collaboratrices à Sudbury [Lisa L’Heureux] pour une semaine de résidence de travail et profiter de cet univers et imaginaire-là qui est différent de celui d’Ottawa.

LV : C’était pour ton projet ODE ou la vie après avoir regardé le soleil dans le blanc des yeux?

ACL : Oui. C’est une pièce de théâtre pour dix acteurs et actrices qui raconte l’histoire de dix amis qui décident de se rassembler durant les dernières 24 heures avant ce qui est annoncé comme la fin du monde. Le questionnement qui a nourri ça, c’est le désir de questionner le pouvoir de la solidarité, le pouvoir de la fête et comment on peut s’inventer des rituels qui ne sont pas nécessairement religieux pour donner un sens à des évènements marquants ou importants.

Avec Lisa, on développe notre langage de mise en scène, parce qu’on souhaite faire une co-mise en scène, [ce qui n’est pas courant]. On en a aussi profité pour voir le lieu qui a nourri des idées et des réflexions.

D’ailleurs, ODE ou la vie après avoir regardé le soleil dans le blanc des yeux sera mis en lecture dans le cadre de l’évènement Les Feuilles vives de Théâtre Action [du 21 au 23 septembre 2018]. C’est une autre chose qui s’en vient qui va nourrir la création du projet.

LV : En quoi la bourse de la Fondation t’a-t-elle aidé à travailler sur ce projet?

ACL : Ça permet d’avoir du temps où je sais que je peux me concentrer sur l’écriture pendant plusieurs mois sans avoir à trop stresser pour trouver d’autres contrats. Donc ça donne du temps, ce qui est merveilleux pour un auteur. Elle a aussi permis de faire la semaine de résidence avec Lisa. Éventuellement, on pourra aussi prendre une partie de la bourse pour faire du travail avec les comédiens. On vise davantage 2019 pour ça.

LV : Tu as participé à différents ateliers cet été, entre autres à Hearst sur les planches et à Montréal. Est-ce que c’est quelque chose que tu aimes faire?

ACL : Oui. C’est nourrissant et enrichissant de découvrir d’autres approches, d’autres imaginaires, de découvrir la plume d’auteurs qui n’écrivent pas de la même façon. Je trouve ça important aussi en tant qu’auteur qui évolue dans la francophonie canadienne de pouvoir être à des évènements pour affirmer notre présence et rappeler aux gens qu’on est là et qu’il y a de belles choses qui se font ailleurs que dans le contexte métropolitain ou le contexte québécois. Qu’il peut y avoir un dialogue riche entre les artistes de la francophonie canadienne et québécoise, qui sont de calibre égal dans le fond.

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Lu 598 fois Dernière modification le vendredi, 31 août 2018 08:45
Julien Cayouette

Directeur de l'information

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