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mercredi, 24 octobre 2018 09:00

Gaétan Gervais et la relève

Le décès de Gaétan Gervais cette fin de semaine laisse un grand vide dans la communauté franco-ontarienne. Nous venons de perdre le cocréateur du drapeau franco-ontarien et le père de l’historiographie de l’Ontario français, mais tout n’est pas perdu. Le professeur Gervais avait développé une idéologie du Canada français qu’il avait su transmettre à ses étudiants et ces derniers ont propagé sa pensée et sa philosophie de l’action.

On connait souvent Gaétan Gervais à cause de son engagement civique. Il a, entre autres, créé notre drapeau, a été président du Conseil de l’éducation franco-ontarienne (CEFO) lors de la mise sur pied de nos collèges communautaires et a été un ardent promoteur de l’idée d’une université ontarienne de langue française. Son apport intellectuel a toujours été accompagné d’un engagement social, d’un désir d’encadrer la société franco-ontarienne dans de solides institutions bien à elle. Il le dit lui-même : «La protection contre cette situation (la majorité utilisant la démocratie pour écraser la minorité) réside dans le droit de la minorité de choisir ses institutions, de déterminer ses orientations, de prendre ses décisions.»

Dès ses premiers écrits, Gervais a voulu «penser l’Ontario français dans la continuité du Canada français», comme le dit si bien l’historien François-Olivier Dorais dans un article publié en 2013 dans la revue de la Société historique du Nouvel-Ontario (societehistorique.ca/gaetangervais/). Autrement dit, il acceptait que la forte identité québécoise développée à la fin des années 1960 ait causé une certaine rupture au Canada français, mais il n’en croyait pas moins que l’Ontario français ainsi que le Québec restaient le prolongement de l’expérience française en Amérique. Pour lui, le débat identitaire peut bien changer, l’histoire se poursuit.

Cette idéologie, il la développera dans plusieurs dizaines d’articles savants, essais, mémoires et livres d’histoire, sans compter ses nombreuses interventions auprès d’autorités gouvernementales et des médias. Mais là où son idéologie et sa praxéologie s’épanouiront vraiment, c’est dans la tête et le cœur de plusieurs de ses étudiants. Et ces derniers sauront la faire rayonner aux plus hauts échelons de la société ontarienne. On pense, entre autres, à des Serge Dignard, directeur-général du CEFO, Daniel Cayen, sous-ministre adjoint à l’Office des Affaires francophones de l’Ontario et Michel Bock, professeur agrégé d’histoire à l’Université d’Ottawa et chercheur au Centre de recherche en civilisation canadienne-française. Ces jeunes — aujourd’hui moins jeunes — ont su poursuivre l’œuvre civique de Gervais et continuent à transmettre sa pensée aux nouvelles générations.

Si l’Ontario français a perdu un grand homme, que dire de l’Université Laurentienne où Gervais a joué un rôle déterminant dans le développement des programmes en français? Encore là, de jeunes professeurs semblent prendre la relève. On pense ici à Serge Miville et Joël Béliveau au département d’histoire ainsi qu’à Aurélie Lacassagne en Sciences politiques. Ils ne sont pas des émules directs de Gervais, mais tous semblent avoir été influencés par sa pensée sur le Canada français. Elle et ils demeurent un bastion de l’intellectualisme d’ici. Et il y en aura d’autres.

Merci Gaétan.

Lu 616 fois Dernière modification le mardi, 23 octobre 2018 16:36
Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury

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