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lundi, 29 octobre 2018 09:14

Gaétan Gervais et Le Voyageur

Écrit par 


Gaétan Gervais restera a jamais reconnu comme l’un des pères du drapeau franco-ontarien, mais il ne s’agit que d’une seule de ses importantes réalisations.

En fouillant à travers les archives du Voyageur, on peut apercevoir à maintes reprises son nom attaché à des ouvrages, à des études et à des prix. Il a également été de plusieurs conseils d’administration, dont celui de l’ACFO de Sudbury dans les années 1970 et 1980.

Il semble nous manquer un entretien formel avec l’historien, mais les lecteurs ont eu la chance de le lire, entre antres grâce à une collaboration entre Le Voyageur et l’Institut franco-ontarien (IFO).

Nous republions aujourd’hui ici une courte biographie écrite en 2013 dans notre cahier sur le Jour des Franco-Ontariens. Nous avons également retrouvé un texte écrit pour l’IFO et publié en 1977 et un éditorial que Gaétan Gervais a écrit au sujet du Rapport Parrot en 1983 — qui voulait revoir la gestion de l'éducation universitaire dans le Nord-Est de l'Ontario.


Photo : Archives




18 septembre 2013

Gaétan Gervais, le père du drapeau



Originaire de St-Charles, la famille de Gaétan Gervais déménage temporairement à Sudbury pendant la Deuxième Guerre mondiale, alors que son père est embauché che INCO. Né en 1944 à Sudbury, il retourne à St-Charles avec sa famille pour revenir quelques années plus tard s’établir pour de bon à Sudbury.

Il fréquente par la suite le collège Sacré-Cœur et obtient un baccalauréat de la Laurentienne en 1965. Il poursuit des études supérieures à l’Université d’Ottawa, où il obtient d’abord une maitrise en histoire en 1968, puis un doctorat. Comme pour de nombreux collègues de cette époque, il avait été embauché sans doctorat par la Laurentienne en 1972.

Après un doctorat sur les chemins de fer québécois en 1979, il réoriente ses travaux vers l’histoire ontarienne et plus spécifiquement franco-ontarienne. Déjà, son travail avec Michel Dupuis, qui débouche sur la création du drapeau franco-ontarien en 1975, avait laissé entrevoir cette nouvelle carrière qui allait peu à peu le faire connaitre comme étant le spécialiste de l’histoire franco-ontarienne.

Il serait bien inutile de rappeler tous les livres qu’il a publiés. Celui qui eut sans doute la meilleure diffusion jusqu’à maintenant est le manuel d’histoire franco-ontarienne L’Ontario français, qu’il a publié en 2004 avec Michel Bock, ancien étudiant de la Laurentienne et maintenant professeur à l’Université d’Ottawa.

Prenant la succession d’André Girouard au Conseil de l’enseignement en français en 1981, il assume pour un temps un leadeurship au sein de la francophonie laurentienne en favorisant l’embauche de professeurs franco-ontariens et la recherche sur l’Ontario français grâce, notamment, à sa participation soutenue à la Revue du Nouvel-Ontario depuis sa fondation, qu’il a codirigée pendant de nombreuses années.

Un des membres fondateurs de l’Institut franco-ontarien, il a œuvré au sein de nombreux organismes, que ce soit la Société historique du Nouvel-Ontario, l’Ontario Heritage Foundation ou le Centre franco-ontarien de folklore.

Distinctions :
1983 - Personnalité franco-ontarienne de l’année à Sudbury
1994 - Ordre du Mérite franco-ontarien (décerné par l’ACFO provinciale)
2001 – Prix littéraire Christine Dumitriu-Van-Saanen pour son ouvrage Les jumelles Dionne et l’Ontario français (1934-1944)
2004 - Prix du Centre de recherche en civilisation canadienne-française (Université d’Ottawa)
2004 - Diplôme honorifique en sciences humaines du Collège Boréal de Sudbury
2005 - Membre du Cercle Horace-Viau (Club Richelieu du Grand Sudbury)
2005 - Chevalier de la Pléiade (Assemblée parlementaire de la francophonie)
2005 - Membre de la Compagnie des Cent-Associés francophones
2005 - Plaque de l’ACFO du Grand Sudbury (30e anniversaire du drapeau franco-ontarien)
2007 - Ordre des francophones d’Amérique
2010 - Prix soulignant 50 ans d’accomplissements des anciens (Université Laurentienne)
2011 - Doctorat honorifique en droit de l’Université Laurentienne
2013 - Membre de l’Ordre du Canada




9 novembre 1977

Pour conserver les noms de lieux français



L’occupation d’un territoire par un groupe culturel se manifeste de nombreuses façons : entre autres, les habitants d’un pays marquent leur milieu en donnant des noms aux choses qui les entourent. Par nécessité, un groupe humain attache peu à peu des noms aux cours d’eau aux montagnes, aux agglomérations humaines, aux routes, aux carrefours. Les noms de lieux constituent donc un excellent moyen pour étudier la présence d’un groupe sur un territoire donné et pour étudier les rapports entre différents groupes ethniques sur un même territoire; les noms de lieux peuvent donc devenir un moyen de mesurer l’enracinement dans son milieu d’un groupe humain. Par exemple, on peut s’interroger sur la contribution des Français puis des Franco-Ontariens à l’établissement des noms de lieux ontariens.

L’étude des noms de lieux (ou toponymes) s’appelle la toponymie. Cette science se divise en plusieurs branches : les noms des montagnes et collines (l’oronymie), les noms des cours d’eau (l’hydronymie) les noms des lieux-dits (mi-cronymie), enfin les noms de rues (l’odonymie). Un lieu géographique (un lac, une rivière, une montagne, une route, un village, une paroisse, une rue, un accident géographique, etc.) reçoit un nom au moment où il est différencié des autres lieux semblables. Par exemple, si dans une région il n’existe qu’un seul lac, les gens du milieu diront couramment «le lac» (un nom général) pour désigner ce cours d’eau; mais s’il existe deux lacs dans la même région, chacun devra recevoir un nom spécifique, par exemple le lac Blanc et le lac Noir.

Les noms spécifiques sont variés et proviennent de plusieurs sources. Au début, dans une nouvelle région, le nom est souvent descriptif : le lac Long, le lac Seul, le lac Bleu, etc. Ou le nom peut découler d’un incident survenu à l’endroit désigné : au début, le lac Ramsey s’appelait le lac Perdu (Lost Lake) parce que le brouillard avait, à un moment donné, empêché les arpenteurs de le retrouver. Souvent, aussi, les noms sont donnés arbitrairement pour honorer tantôt un premier ministre (le village de Hearst, nommé en l’honneur du premier ministre ontarien William Hearst), tantôt un entrepreneur (la ville de Timmins porte le nom de son fondateur Noah A. Timmins), tantôt un savant (le township de Airy, dans le Nipissing, honore un savant anglais : Sir George Biddell Airy), tantôt les premiers habitants d’une région (le lac Nipissing tire son nom d’une tribu qui habitait les environs du lac au début du XVIIe siècle), tantôt un héros (le lac Champlain nommé en l’honneur de Samuel de Champlain), tantôt le propriétaire du lieu où son voisin (les habitants de Verner désignent par «la chute chez Demers» une chute située près de la ferme de la famille Demers).

Dans la plupart des pays, il existe des commissions chargées d’homologuer les noms de lieux. Au Canada, le Comité permanent canadien des noms géographiques statue sur toute question relative à la nomenclature géographique du Canada. Le comité publie des répertoires géographiques, dont l’un porte sur l’Ontario (Répertoire géographique du Canada, Ontario). Un examen même sommaire du répertoire ontarien laisse voir que beaucoup de noms utilisés dans une région, surtout les lieux-dits, ne sont pas homologués. Par exemple, dans la paroisse de St-Charles, à l’ouest du Nipissing, il existe des régions bien précises que les habitants de la paroisse appellent le Petit-Brûlé et le Grand-Brûlé. Or, on ne trouvera pas ces noms dans le répertoire parce que personne n’a encore recueilli systématiquement les noms de lieu dans une région et demandé de les faire accepter officiellement. Particulièrement dans les régions de langue française, il est urgent de faire ce travail avant que des noms nouveaux (et différents) ne soient attribués aux lieux qui possèdent déjà des noms donnés par les gens du milieu.

Il est important que, dans chaque localité, on procède à des enquêtes systématiques, surtout auprès des personnes âgées ayant vécu toute leur vie dans le milieu, afin de recueillir les renseignements voulus pour compiler des répertoires exhaustifs des noms de lieux.

Une enquête sur les noms de lieux cherchera à repérer tous les noms de lieux (toponymes) en essayant de découvrir pour chacun ce qu’il désigne exactement, comment on le prononce dans le milieu, quel sens on lui donne, qu’elle en est l’origine (réelle où fictive); enfin on notera pour chaque renseignement le nom de l’informateur. Ces renseignements sont nécessaires pour faire une étude scientifique des noms ou une analyse toponymique. Il serait très souhaitable que des chercheurs locaux recueillent, surtout dans les régions où la population est de langue française, ces noms de lieux qui font partie de notre patrimoine, avant que les administrations de différents paliers ne les submergent sous un ensemble de noms sans rapport avec le milieu.

Gaétan Gervais, membre de l’Institut franco-ontarien




26 octobre 1983

Le Rapport Parrott : une salade universitaire



Le problème fondamental du réseau universitaire nord-ontarien, c’est le manque d’argent. Il ne faut pas faire de longues enquêtes pour s’en rendre compte. Depuis plus de 10 ans, le gouvernement ontarien sous-finance systématiquement les universités. Pourquoi s’étonner ensuite qu’elles éprouvent des difficultés à boucler leurs budgets. Pire, n’a-t-on pas récemment entendu le ministre de l’Éducation affirmer que l’éducation universitaire n’était pas un droit absolu? Pour les Franco-Ontariens, la situation se complique de ce fait qu’ils ne possèdent pas dans les structures actuelles des mécanismes efficaces pour gérer leurs propres affaires. Ils doivent lutter, dans un contexte de contraintes budgétaires, même pour maintenir le peu qu’ils reçoivent déjà.

Convaincu que le réseau universitaire de la Laurentienne était trop complexe, et présumément trop couteux, le ministre de l’Éducation a demandé à un comité présidé par le Dr H. Parrott de lui faire des recommandations sur une refonte de ce système universitaire afin de le rendre plus efficace et capable, avec les mêmes ressources, d’offrir davantage de services. Or le comité s’est heurté à la géographie du Nord-Est de l’Ontario et aux conditions financières actuelles. Il n’existe pas de solution pour épargner de l’argent à moins de couper les services déjà maigres, surtout pour les étudiants franco-ontariens. Quant à la structure administrative proposée par le Comité, elle est plus compliquée que ta présente. Le projet soumis par le Comité Parrott sera plus coûteux et moins viable administrativement.

Véritable plan de construction de la Tour de Babel, le rapport Parrott ne donnera satisfaction à personne. Il ne propose pas les solutions qu’on est en droit d’attendre de ce rapport : les coûts, les structures administratives proposées. Même les plus stridentes revendications de Nipissing College, qui veut refaire les luttes des années cinquante afin d’obtenir pour North Bay une université comme Sudbury, ne sont pas satisfaites. La population du Nord-Est est insuffisante pour supporter plus d’une université : celle-ci doit cependant répondre aux besoins de toute la région, ce qu’elle ne peut faire sans des ressources financières. Le rapport dit-il comment seront résolus ces vrais problèmes? Absolument pas.

En gros, le Comité Parrott recommande la création d’une nouvelle université, composée de quatre campus autonomes, chacun habilité à décerner ses diplômes. Au sommet, un Conseil des gouverneurs tout-puissant, assisté d’un Sénat émasculé et chargé de faire de la planification. Quatre mini-universités, c’est trop pour le Nord-Est. D’ailleurs cette structure s’inscrirait dans les organes de décision une lutte perpétuelle entre les quatre rivales qui ne verront jamais le Conseil que comme un terrain de bataille où se partagent les dépouilles budgétaires. Ces conflits sont promis dans le fait que les quatre principaux siégeront au Conseil des gouverneurs.

L’Université Laurentienne se verrait réduite à un statut de simple campus, privée de sa présente charte universitaire. Comme dans chaque campus, on trouverait un Conseil de campus chargé d’assister le Principal dans l’administration. Les organismes suprêmes, le Conseil et le Sénat, auraient un rôle de planification. Le nouveau Sénat lui-même serait un vague comité de planification faisant des recommandations au Conseil. Ce qu’il y aura à planifier si le gouvernement continue de refuser d’augmenter les subventions, l’histoire ne le dit pas. Ce n’est pas le seul point sur lequel le rapport reste silencieux. Où sera le siège social de la nouvelle université? Comment les universités fédérées (Sudbury, Huntington et Thorneloe) vont-elles établir des rapports avec les différents campus? Faudra-t-il une nouvelle bureaucrate pour administrer l’Université puisque les administrateurs de la Laurentienne ne seront plus affectés qu’au campus laurentien? Cette bouillabaisse que propose le Comité Parrott n’est pas une structure viable, comme le demandait le mandat du Comité.

L’Université Laurentienne décerne des diplômes depuis 23 ans. Plus de 15 000 ont déjà été remis, y compris dans les collèges affiliés (ce qui comprend Nipissing). Tout démolir pour proposer une solution pire que la situation présente, c’est du dépit. Ce qu’il faut, c’est une transformation des structures de gouvernement de la Laurentienne pour que le Conseil des gouverneurs et le Sénat répondent mieux aux besoins de la région du Nord-Est dans son ensemble. C’est là que repose la véritable solution.

Quant aux Franco-Ontariens du Nord-Est, qu’obtiennent-ils dans ce projet de réforme? Fort peu. Des concessions symboliques. Le choix d’un nom bien français pour la nouvelle université, Université Champlain University, ne doit pas masquer le manque de pouvoir réel qui continuera de nuire au processus de prise en charge par les Franco-Ontariens de leurs institutions d’enseignement. On leur réserve certes des places au Conseil des gouverneurs et au Sénat, mais en si petit nombre que le pouvoir continuera de leur échapper. Il est d’ailleurs difficile de faire moins que la situation présente. Partout où le Comité Parrott s’est présenté dans le Nord-Est, il a rencontré des groupes franco-ontariens qui lui ont présenté la même série de revendications : égalité de représentation de deux groupes linguistiques dans le Conseil, un Sénat bicaméral permettant à chaque groupe de gérer convenablement ses affaires, représentation adéquate des francophones dans l’administration. Ces demandes font partie du Document de Timmins, adopté par les organismes francophones réunis à Timmins en janvier 1983. Elles sont l’expression unanime de la population franco-ontarienne, mais le Comité Parrott n’a pas jugé utile de les retenir.

Ce que le rapport propose aux Franco-Ontariens, c’est une «equality of concern». À moins d’être une bande de poires, nous devrions prendre un vœu pieux comme celui-là pour autre chose qu’un marché de dupe. La nouvelle structure condamnerait les Franco- Ontariens à mille démarches (dans quatre campus différents), à mille revendications pour obtenir chaque petit progrès dans des structures où ils seront et resteront minoritaires. Les premiers titulaires des postes administratifs sont exemptés des exigences de bilinguisme : ça commence bien!

Bref, les Franco-Ontariens n’ont rien à attendre de ce rapport. Souhaitons que le ministre de l’Éducation l’achemine rapidement vers les étagères où dorment en paix tant d’autres rapports au gouvernement. Souhaitons qu’elle profile cependant de l’occasion pour transformer les structures de la Laurentienne pour en faire une université véritablement représentative de toute la région du Nord-Est, capable d’offrir des services à toute la population, plus sensible aux besoins de cette région.

La nature du problème est financière. S’il cherche des solutions, c’est dans cette direction que le gouvernement doit regarder, mais aussi dans la direction d’une réforme des structures du gouvernement de la Laurentienne. Mais qu’il nous épargne les suites désastreuses que les propositions du Comité Parrott ne manqueraient pas d’entrainer.

Gaétan Gervais

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Lu 319 fois Dernière modification le lundi, 29 octobre 2018 09:31
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