FacebookTwitter
mercredi, 28 novembre 2018 15:15

Le gouvernement ontarien veut acheter la paix avec des peanuts

Écrit par 
Sudbury — Après une semaine de soulèvement populaire et de messages d’appui venant de partout au Canada, le premier ministre ontarien Doug Ford a annoncé, le vendredi 23 novembre, de petits changements aux annonces de ce que l’on a surnommé le jeudi noir. Ce nouveau discours n’a pas impressionné les Franco-Ontariens, qui poursuivent leurs revendications.

L’annonce de vendredi était triple : retour d’un ministère des Affaires francophones, un poste de commissaire aux services en français dans le bureau de l’Ombudsman et embauche d’un conseiller spécial pour la francophonie dans son cabinet.

Ce qui apparait étrange dans ces annonces, et qui est mentionné par plusieurs analystes, c’est que le retour d’un poste de commissaire et l’embauche d’un conseiller annule entièrement lesdites économies que les conservateurs invoquaient pour justifier les coupures.

Rappelons qu’un poste de conseillers aux affaires francophones existait sous le règne de Patrick Brown, mais qu’il a été coupé par Vic Fedeli, député de North Bay et maintenant ministre des Finances, lorsqu’il a pris la direction par intérim du parti. Pour ce qui est de la création d’un ministère des Affaires francophones — Caroline Mulroney a été assermentée lundi en privé —, c’est une mesure purement symbolique selon l’ancien sous-ministre adjoint à l’Office des affaires francophones, Daniel Cayen.

En fait, l’Office a déjà le même statut qu’un ministère, précise le fonctionnaire à la retraite depuis 2014. «Ils n’ont jamais modifié la [Loi sur les services en français], et, dans la loi, officiellement, légalement, ça s’appelle l’Office des affaires francophones.» Pour expliquer son propos, M. Cayen précise que l’Office a, comme tous les ministères, sa propre ligne dans le budget du gouvernement provincial, contrairement aux nombreux secrétariats et autres bureaux du gouvernement, qui relèvent plutôt des budgets des ministères. Le titre de ministère ne change donc en rien les tâches, les responsabilités ou le budget de l’Office.

L’indépendance fait une différence

Daniel Cayen est originaire de Sturgeon Falls, il a étudié à l’Université Laurentienne et à Toronto. Il participe présentement à la contestation en tant que conseiller en stratégies politiques auprès de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, qui profite de sa longue carrière dans l’appareil gouvernemental ontarien.

M. Cayen est convaincu que la perte d’indépendance du Commissariat aux services en français fera une «grosse différence». Premièrement par la simple perte de contrôle de son budget, se retrouvant à la merci de l’ombudsman et de ses priorités. «Ça veut [aussi] dire que le commissaire ne pourrait pas faire des rapports spéciaux comme il l’entend», donc sans demander la permission. Il donne comme exemple de conflit une situation où l’ombudsman travaillerait sur un cas difficile dans une région; il ne serait pas intéressé à ce que le commissaire aille étudier plus en détail les services en français dans la même région.

«Ça empêcherait le commissaire de faire des relations communautaires, comme [François Boileau] en faisait», ou peut-être qu’il ne pourrait plus rencontrer directement les fonctionnaires et les politiciens pour être proactif, «tout ça serait à la merci de l’ombudsman, qui pourrait être un ami ou non».

L’ombudsman actuel, Paul Dubé, semble ouvert à la francophonie, mais M. Cayen avance que les choses peuvent changer rapidement si vous vous retrouvez avec une nouvelle personne à ce poste qui n’a pas la même sensibilité.

Un bon exemple de ce risque est l’ombudsman précédent, André Marin, qui «n’était pas un ami de la francophonie», selon M. Cayen. Il avance qu’il y aurait certainement eu des conflits entre MM. Boileau et Marin, qui avaient des styles et des priorités bien différentes.

Rester optimiste

Sans boule de cristal, M. Cayen dit rester optimiste et espérer que le tout se règlera avant que les Franco-Ontariens aient besoin d’avoir recours aux tribunaux. «Il faut trouver des solutions constructives, s’assoir avec le bureau de Mme Mulroney et trouver des solutions. Mais il faudrait d’abord qu’on réussisse à avoir des rencontres, ce qui a été difficile jusqu’à maintenant.»

Avoir une rencontre face à face permettrait surtout au gouvernement d’avoir la réaction de la communauté, au lieu des affrontements par médias interposés. L’indépendance du commissariat n’est pas négociable, mais M. Cayen est convaincu que la communauté francophone sera raisonnable quand viendra le temps de parler de budget.

Abonnez vous
Lu 550 fois Dernière modification le mercredi, 28 novembre 2018 15:36
Julien Cayouette

Directeur de l'information

705-673-3377, poste 6209 ou sans frais : 1-866-926-3997

levoyageur@levoyageur.ca

Actualité du Nord

RokStories

Éditorial de la semaine

Calendrier du Nord

Twitter

Member Login