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mercredi, 12 décembre 2018 09:00

Les secrets de M. Ford

Depuis son élection en juin, le gouvernement Ford démontre un dangereux désir de museler la discussion politique. Cette attitude se manifeste autant dans certaines activités du personnel politique conservateur que dans des décisions gouvernementales qui affectent les citoyens. Cette tendance au secret n’augure rien de bon pour la démocratie ontarienne.

Tout a commencé de façon assez puérile quand le personnel politique des ministres a pris l’habitude d’applaudir sans arrêt à la fin d’une conférence de presse afin d’empêcher les journalistes de poser des questions. Personne au gouvernement n’a eu à y redire. Ce n’est que devant la levée de boucliers des organes de presse que les jeunes idéologues qui servent aveuglément les ministres ont cessé leurs niaiseries.

Depuis, l’impénétrable gouvernement Ford met cependant les bouchées doubles et son gout du secret commence à faire mal. Demandez à Amanda Simard. Les conservateurs la harcèlent depuis sa sortie publique contre les coupures aux services en français. Lorsqu’elle a informé le bureau du premier ministre qu’elle avait été invitée à l’émission Tout le monde en parle, on lui aurait interdit de s’y présenter. Lorsqu’elle a voulu parler en Chambre sur une résolution du NPD visant à rétablir ces services, les conservateurs lui ont refusé le droit de parole. Même après qu’elle eût quitté le parti conservateur pour siéger comme indépendante, la gang de Ford l’a empêchée de se prononcer sur le projet de loi officialisant ces coupures de services. Les bullies n’aiment pas être contredits.

Mme Simard n’est pas la seule à avoir été intimidée par les conservateurs. Lorsqu’en septembre le ministre des Finances, Vic Fedeli, a décidé que le déficit ontarien était de 14,5 millions $ plutôt que les 10 millions $ prévu par les libéraux, la contrôleuse de la province, Cindy Veinot, a refusé de signer cette décision. Mme Veinot a dû quitter son poste. Maintenant, les conservateurs refusent qu’elle s’explique devant le comité sur la transparence financière. Oui, oui, ça s’appelle la transparence!

Les mésaventures de la députée Simard et de la contrôleuse Veinot ne représentent cependant que des attaques personnelles. Le gouvernement fait bien pire. En éliminant les postes de Commissaires aux Services en français, à l’Environnement et à l’Enfance en difficulté — acronyme SEE, comme dans «Vous ne pourrez plus les voir» — les conservateurs s’assurent qu’aucun pouvoir législatif ne viendra contrer leurs politiques les plus néfastes pour la population ontarienne.

L’exemple de la loi 57, qui abolit entre autres le Commissariat aux services en français, est l’exemple parfait. Il n’y a plus de commissaire pour s’y opposer. Mais ce n’est que le début.

Pensez maintenant à la loi 66, qui réduit la règlementation environnementale, incluant la Loi sur l’eau potable, mise en place après la tragédie de Walkerton. Rappelons qu’en 2000, six résidents de Walkerton sont morts et plus de 2 300 sont tombés gravement malades après avoir bu l’eau contaminée du système d’épuration de la ville. Et oui, vous avez bien compris, il n’y a plus de commissaire à l’environnement pour s’élever contre cette érosion des règlements qui pouvaient nous sauver la vie.

Voilà comment le désir du gouvernement Ford de museler toute opposition nous affecte directement.

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Lu 673 fois Dernière modification le mardi, 11 décembre 2018 16:21
Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury

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