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jeudi, 20 décembre 2018 14:39

20e et dernière édition en 2019 de la St-Jean de Kap

Écrit par 
Marc Dupré à Kapuskasing en 2016 Marc Dupré à Kapuskasing en 2016 Photo : Archives
Kapuskasing — Il semble que la formule aréna ne s’avère plus viable pour «la plus grosse Saint-Jean de l’Ontario». Les couts gonflent, les revenus stagnent, les groupes sont moins nombreux et le public devient plus difficile à attirer, en particulier à l’ère de la microconsommation.

«Le comité vous prépare une dernière Saint-Jean haute en couleur», a lancé Nathalie Marchand, membre de l’organisation du Festival de la St-Jean de la région de Kapuskasing, lors d’une conférence de presse tenue le 13 décembre. Hé oui : il s’agira de la dernière édition de «la plus grosse Saint-Jean en Ontario».

Afin de souligner l’évènement, le comité a retenu des groupes qui ont particulièrement soulevé les foules au cours des 19 éditions précédentes. Éric Lapointe, «qui a battu tous les records d’assistance de la Saint-Jean», le vendredi 22 juin, puis Les Giselles de Sudbury et LGS (le groupe Swing), dans sa tournée d’adieu.

Une industrie en transformation

Le Festival de la St-Jean est né en 2000. Au cours des premières années, le comité a compté sur la popularité de La Bottine souriante, Noir Silence (2000), La Chicane (2002), Kevin Parent (2003), Mes Aïeux (2006) et Kaïn (2007) pour remplir l’aréna régional.

Mais aujourd’hui, le comité a du mal à trouver de nouveaux groupes qui attireront, idéalement, 1400 spectateurs. «Cette année, c’est nos 39e et 40e spectacles», explique celui qui a présidé le comité organisateur pendant 20 ans, Jacques Filion. «On les a pas mal tous présentés. Ça prend des artistes qui bougent; c’est une Saint-Jean. Cœur de Pirate et Isabelle Boulay, pour la Saint-Jean, ça marche pas», explique-t-il.


Le phénomène n’est pas unique à Kapuskasing. Au cours de ces 20 ans, la directrice générale de l’Association des professionnels de la chanson et de la musique (APCM), Natalie Bernardin, a observé une transformation des habitudes. «Pour les festivals qui doivent attirer une masse, le défi de répéter l’opération d’année en année devient gigantesque.» C’est difficile de créer ces moments importants, constate-t-elle. «On est dans une ère de microconsommation», dit-elle, illustrant son propos par l’achat de chansons à l’unité en ligne plutôt que d’albums physiques.

Natalie Bernardin observe que l’offre artistique s’est aussi transformée. «Les Rats d’Swompe connaissent un succès jamais vu en Ontario depuis Deux Saisons», ajoute-t-elle, inscrivant Swing dans une catégorie à part, «un phénomène, une valeur sure pour les festivals.» D’autres facteurs

Mais les facteurs sont bien plus nombreux. Jacques Filion les énumère. D’abord, il y a des revenus à la baisse : le montant de la subvention de Patrimoine canadien est demeuré le même depuis 20 ans et le nombre de spectateurs est moins élevé depuis quelques années. S’ajoutent des dépenses à la hausse : «C’est rendu compliqué. […] Il y a tout le temps de nouvelles affaires : des permis, des inspections… Ça devient couteux.» La sécurité, autrefois assurée par des bénévoles, doit maintenant l’être par des policiers et des agents de sécurité privés.

Le président du comité s’attend à ce que, dans quelques années, l’organisation soit même obligée de louer une scène ou de faire construire une scène par un ingénieur civil.

La question des bénévoles entre en jeu. «Ça nous prend des bénévoles pour travailler au bar, pour faire de la sécurité, pour travailler à la porte, à la technique. Les bénévoles vieillissent un peu.» Les 18-35 ans sont peu nombreux à répondre à l’appel.

La relève

Le Festival a 20 ans et nombre de membres du comité organisateur sont à bord depuis les débuts. «Nous avons aussi vieilli de 20 ans», a relevé Nathalie Marchand lors de la conférence de presse. «Jacques Filion en assure la présidence depuis 20 ans, parfois avec une coprésidence.» Les Céline Fortin, Francine Garon, Ghislain Lebœuf, Donald Leclerc, ont fait partie des meubles. La relève était toutefois toujours présente.

Jacques Filion est convaincu que ce n’est pas la fin de la Saint-Jean à Kapuskasing pour autant. «C’est la dernière année avec les gros spectacles à l’aréna. Moi, je pense que le Centre de loisirs va continuer de faire des Saint-Jean dans sa salle, comme on faisait dans les années 1990 avant d’aller à l’aréna.»

Un évènement identitaire

La St-Jean de Kapuskasing aura été un évènement phare dans le Nord, en particulier dans les premières années. «C’est vraiment plate», laisse tomber Natalie Bernardin de l’APCM. «Ce qui m’attriste, c’est la perte d’une célébration de la francophonie. Tenir à la fête de la Saint-Jean, c’est un moment important.»

Au-delà du sentiment d’appartenance qui nait de ces moments, il y a aussi la vitrine qu’elle offre à la population. «Les jeunes et les plus vieux ont découvert des groupes qu’ils ne connaissaient pas», avance Jacques Filion, président de l’organisation. «Ç’a donné la chance à la population de voir tous ces groupes-là à Kap — la Compagnie créole, par exemple. On a fait quelque chose de bien et on est fiers de ce qu’on a fait.»

Billets en vente

Les billets sont déjà en vente. Il en coutera 80 $ pour assister au spectacle d’Éric Lapointe, dont la première partie reste à déterminer. Ce billet permettra aussi l’accès aux spectacles du samedi. L’entrée pour ceux-ci est fixée à 20 $.

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Lu 2181 fois Dernière modification le jeudi, 20 décembre 2018 14:47
Andréanne Joly

Correspondante

Kapuskasing

andreanne.joly@levoyageur.ca

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