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mercredi, 16 janvier 2019 09:00

Un peu de retenue, svp

Nous, Canadiens, avons tendance à nous croire plus tolérants, plus polis, plus civilisés que nos voisins du sud. Et c’est ainsi qu’en général nous sommes vus par le monde entier. Mais attention, nous sommes loin d’être immunisés contre le discours haineux et l’appel à la violence. C’est en tout cas ce que démontre un article paru en 2017 dans le magazine The Walrus, et republié récemment sur les réseaux sociaux.

L’article s’intitule, «Wanting Justin Trudeau dead» et l’auteur, Brian Busby, y recense près de 30 commentaires publiés sur le site du commentateur Brian Lilley. On y lit les aberrations d’internautes qui parlent du premier ministre Trudeau ou de la première ministre de l’Alberta, Rachel Notley, deux politiciens qu’ils identifient à la gauche : «Shoot on site», «Terminate him permanently», «Enough with death threats. Somebody shoot the… (référence à un organe sexuel féminin)».

Ce n’est pas très beau.

Lilley est un commentateur qui se dit journaliste. Il a travaillé pour le défunt magazine The Rebel et pour la chaine Sun News, des organes de presse clairement conservateurs. Il travaille maintenant à la radio CFRA d’Ottawa et publie aussi son venin sur son site web. Le journaliste Busby indique dans son article qu’il a demandé à Lilley d’effacer ces commentaires, mais que son message est resté lettre morte.

Ce qui est aussi intéressant, ce sont les 54 848 personnes qui suivent Lilley sur Twitter. On retrouve évidemment plusieurs journalistes et d’autres suiveux qui, lorsqu’on les connait, n’approuvent évidemment pas ses commentaires, mais qui veulent savoir ce qu’il a à dire. Ce qui surprend cependant, c’est le grand nombre de politiciens conservateurs actifs ou retraités : Doug Ford, Rick Anderson, Andrew Sheer, Tony Clement, Maxime Bernier, Jason Kenney, Tim Hudak, etc. Certains de ses supporteurs ont bien sûr critiqué le type de commentaires cités plus haut, mais, en général, ils semblent continuer à l’appuyer.

La plupart d’entre nous croyons que ce genre de message abusif n’a pas sa place dans les médias canadiens. Pourtant, ils y sont et semblent loin d’être découragés. Ça donne l’impression que le commentateur en question n’a pas peur de contrer l’autorité. Ça fait rebelle, même si c’est malpoli, et ça plait à certains. Et surtout, ça donne des cliques (lire $) sur le web.

On a beau comprendre le phénomène, il n’en reste pas moins que c’est dangereux. Ça alimente la colère et, un de ces jours, un déséquilibré prendra ce genre de commentaire au sérieux et agira. Euh, que dis-je, c’est déjà arrivé. Le jeune Alexandre Bissonnette coupable de la fusillade qui a tué six personnes dans une mosquée de Québec a avoué avoir été influencé pas ce genre de discours sur internet.

Les utilisateurs doivent donc faire preuve de retenue et, s’ils ne le font pas, les autorités policières doivent agir afin de faire cesser ce genre de commentaires.

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Lu 448 fois Dernière modification le mardi, 15 janvier 2019 15:21
Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury

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