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lundi, 28 janvier 2019 16:03

Nos amis les lettres

Écrit par 


Le Voyageur a toujours tenté de faire de la place à la littérature et la poésie de chez nous. Robert Dickson, Michel Dallaire, Gaston Tremblay, Michel Ouellette, Patrice Desbiens, Daniel Aubin et bien d’autres sont des noms qui sont revenus à plus d’une reprise dans nos pages.

S’il nous est impossible ici de parler de toutes les publications qui sont nées à Sudbury, nous pouvons, à tous le moins, parler de la naissance de notre maison d’édition et de la révélation surprise d’un auteur primé.

Le premier texte ci-dessous est une série d’extraits concernant la naissance des Éditions Prise de parole, très lié au réveille culturel franco-ontarien de l’époque.

Le deuxième relate les premiers succès de l’auteur de Smooth Rock Falls, Michel Ouellette.



Article du 3 octobre 1973

Des subventions de 25 300 $ pour promouvoir la culture française dans la région



Le Conseil des Arts de l’Ontario vient d’accorder des subventions pour un montant de (25,300 à trois organismes de Sudbury pour leur aider a promouvoir la culture franco-ontarienne.

Les éditions Prise de Parole recevront 1 500 $ pour lancer la première maison d’édition franco-ontarienne. Prise de Parole a été mis sur pied par un groupe de huit résidents de Sudbury qui s’intéressent à la poésie et à la littérature canadienne-française en général. Ensemble, ils espèrent publier deux ouvrages dans les mois à venir. Le groupe a déjà publié un recueil de poèmes intitulé Lignes Signes et qui réunissait les œuvres de jeunes poètes de la région. Un autre recueil semblable doit paraître le printemps prochain. On envisage également la publication d un ouvrage sur le théâtre dans la région. Un étudiant de l’Université Laurentienne Gaston Tremblay est directeur des Éditions Prise de Parole.



Article du 9 octobre 1985

Extrait de l’historique des Éditions Prise de parole



Rédigé par le directeur de l’époque et publié dans un numéro spécial pour les 10 ans de la maison d’édition Ainsi nait la Coopératuve des artistes du Nouvel-Ontario (CANO). Il s’agit d’un organisme parapluie qui abrite une section théâtre (TNO), une section musicale (Robert Paquette et ses amis), une section poterie (à Earlton), une administration (Pierre Bélanger et Yves Racourt) et, finalement, une section littéraire, Prise de parole. […]

C’est pour ce joindre à ce groupe, promouvoir la culture franco-ontarienne et participer à ce rassemblement amical que les rédacteurs des publications Réactions choisiront de se séparer de l’université [Laurentienne] pour fonder une maison d’édition indépendante. Sans ces évènements, Lignes Signes aurait tout simplement été un numéro hors série du magazine Réactions.

Première publication et première structure

À l’automne 1972, les rédacteurs du magazine Réactions (Garson Tremblay et Denis St-Jules) décident de former un club littéraire. Jean Lalonde se joint à eux et ils sollicitent l’aide d’un professeur, Fernand Dorais. Ce dernier dirige l’atelier de création jusqu’au mois de décembre. Une fois les textes écrits, il se retire à la faveur de Placide Gaboury, qui met au service du groupe son expérience en publication et en création artistique.

Gaston Tremblay a alors l’idée de fonder une maison d’édition en étudiant le mouvement littéraire des années 1950 au Québec. L’expérience de Gaston Miron et de l’Hexagone l’inspirera particulièrement. […]

Quelques mois plus tard, un de leurs professeurs, Robert Diskson, organisait un voyage à Montréal. Lors de ce voyage, Denis Saint-Jules et Gatson Tremblay eurent l’occasion de rencontrer Gaston Miron. Ce dernier répondit avec enthousiasme aux questions de ces apprentis éditeurs.

Le nom Prise de parole est le résultat d’un effort collectif lors d’un des ateliers de Fernand Dorais. C’est aussi dans l’un de ces ateliers que Denis Saint-Jules écrira :

«Un mince fil vivant// serpente entre// le mot et le sens// entre// la ligne et le signe.»

Ce texte deviendra la déclaration liminaire qui invitera le lecteur à lire Lignes Signes, le premier recueil de cette jeune maison d’édition. Ces jeunes poètes espéraient que leurs premiers poèmes, lignes à peine perceptibles dans le désert culturel de l’Ontario français, deviennent des signes avant-coureurs d’une littérature à naître. Certains diront ce titre prétentieux, d’autres réaliseront que c’était un geste essentiel qui cherchait à extirper l’acculturation et l’assimilation qui menaçaient cette génération de Franco-Ontariens.



Article du 23 novembre 1994

Michel Ouellette devient lauréat du Prix du Gouverneur général pour French Town




par Stefan Psenak

Il y a quelques années, alors que je travaillais pour le journal étudiant de l’Université d’Ottawa, j’avais assisté à la mise en lecture de Corbeaux en exil, une pièce de Michel Ouellette, alors un illustre inconnu. J’étais loin de me douter qu’il deviendrait un jour l’un des plus grands dramaturges au pays. Aujourd’hui, j’en profite pour faire amende honorable.

C’est le 15 novembre dernier que Michel Ouellette a reçu, des mains du très honorable Ramon Hnatyshin, le Prix littéraire du Gouverneur général du Canada, catégorie théâtre.

«Une reconnaissance du théâtre qu’on fait»

Ce prix, la plus haute distinction littéraire au pays, vient remettre à l’honneur une fois encore la dramaturgie franco-ontarienne et plus précisément la scène théâtrale sudburoise. Voilà la deuxième fois qu’une pièce créée au Théâtre du Nouvel-Ontario se mérite ce prix. En 1988, Jean-Marc Dalpé avait remporté la palme pour sa pièce Le Chien.

Michel Ouellette est évidemment très heureux de ce qui lui arrive : «C’est une reconnaissance du théâtre qu’on fait. Quand je dis “on”, je veux dire ceux qui travaillent sur mes pièces, les acteurs, les artisans et plus particulièrement Sylvie Dufour et le Théâtre du Nouvel-Ontario».

L’association Dufour-Ouellette remonte à 1989, alors que la directrice artistique actuelle du TNO avait mis en lecture Les Ordres du jour. «Quand Sylvie a accepté la direction artistique du TNO, rappelle Ouellette, elle m’a téléphoné pour me demander de devenir auteur en résidence au TNO.» Depuis, tout s’est enchaîné comme un feu roulant : à l’automne 1991, le TNO monte Les Ordres du jour, comme spectacle communautaire. Pendant la même saison, Michel Ouellette adapte Lavalléville pour la production vingtième anniversaire du spectacle. Après cette pièce, Sylvie Dufour lui demande d’écrire la prochaine création et en mars 1993, le TNO créé French Town, une pièce dure et intense qui nous présente une famille du Nord ontarien aux prises avec un passé douloureux.

Les jurés qui ont accordé le Prix à Michel Ouellette parlent à son sujet d’une écriture universelle. Et pour le dramaturge, c’est le plus beau compliment qu’on pouvait lui faire. Mais qu’est-ce que ça veut dire, de remporter un tel prix? «Ça démontre que, contrairement à ce qu’on disait depuis quelques années, on a une dramaturgie de qualité en Ontario français. Ça veut dire surtout qu’il y a une nouvelle génération qui est en train de s’affirmer», poursuit Ouellette.

Maintenant qu’il a reçu tous ces honneurs, pas question de s’asseoir sur ses lauriers : en avril prochain, le Théâtre du Nouvel- Ontario présentera sa nouvelle pièce, Le Bateleur, qui a été mise en lecture en octobre dernier. Michel Ouellette travaille aussi à une comédie, Les Brodeur.

Au moment où, un peu paradoxalement, Robert Yergeau, l’éditeur de Michel Ouellette, vient de faire paraître un essai mordant sur les prix littéraires, voilà qu’on attribue, pour la deuxième année consécutive — et pour la troisième fois seulement dans l’histoire — un Prix du Gouverneur général à un auteur francophone hors Québec. La chasse gardée des auteurs québécois tirerait-elle à sa fin? «Il est évident que lorsque les jurés ne viennent pas tous du centre-ville de Montréal, il y a une plus grande sensibilité aux œuvres de l’extérieur du Québec. C’était le cas pour François Paré, l’année dernière. Pour ce qui est de Michel, je ne sais pas. Je pense que le Conseil des Arts du Canada est de plus en plus conscient de l’importance d’avoir une meilleure représentativité de la francophonie canadienne», répond Robert Yergeau. «Chose certaine, la récompense remise à Ouellette est une preuve supplémentaire, s’il en fallait une, que la dramaturgie franco-ontarienne se porte bien et qu’il existe ici un produit artistique de très grande qualité».


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