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lundi, 04 février 2019 15:49

Sudbury et les librairies

Écrit par  Camille Contré


Bien que Sudbury n’ait plus de librairie francophone aujourd’hui, plusieurs tentatives ont été entreprises cours des cinq dernières décennies afin que la ville ait sa boutique de livres de langue française. Malgré les essais, des problèmes très similaires les ont poussés à fermer leurs portes.

La Librairie du Nouvel-Ontario a ouvert le 1er décembre 1969 sur la rue Durham. Elle offrait les services complets d’une librairie moderne à la population française de Sudbury et des environs; elle possédait un inventaire de près de 50 000 livres. D’abord dirigée par le père Marcel Dagenais, c’est le père Hector Bertrand qui en a pris la relève quatre ans plus tard. Elle fera finalement faillite à l’été 1977.

En septembre 2008, c’est la Librairie Grand ciel bleu qui ouvre ses portes et qui a majoritairement survécu grâce aux ventes qu’elle faisait auprès des institutions postsecondaires francophones, soit le Collège Boréal et l’Université Laurentienne. Elle a fermé le 1er octobre 2011.

Ouvert en 2009, le Centre franco-ontarien de ressources en alphabétisation (FORA) a décidé en février 2015 d’interrompre les services de la Bouquinerie du Moulin qui visait à offrir à bas prix des livres usagés en français, service qui ne cadrait plus avec la vision du Centre qui souhaitait maximiser ceux en lien avec l’édition.

Finalement, la dernière librairie de langue française de Sudbury, la Librairie du Centre, ferma aussi ses portes en 2016, décision prise par sa maison mère : le Centre franco-ontarien de ressources pédagogiques. Elle existait avant la Librairie Grand ciel bleu et lui avait survécue.

Nous avons reproduit ici deux articles. Le plus ancien parle des défis de la Librairie du Nouvel-Ontario. Le plus récent, des défis similaires de la Librairie Grand ciel bleu, presque 40 ans plus tard.



Article du 26 aout 1970

La Librairie du Nouvel-Ontario : Un marché d’un demi million à conquérir en trois ans



Un marché d’un demi-million de dollars à conquérir. Et trois ans pour le faire. Tels sont les objectifs que s’est fixé le père Marcel Dagenais, directeur de la Librairie du Nouvel- Ontario, dont l’unique succursale est présentement sise rue Durham, à Sudbury. Ouverte au public depuis le 2 décembre dernier, la librairie ne se développe toutefois pas assez vite, selon le père Dagenais, qui estime que les ventes au comptoir doivent doubler pour que la librairie puisse faire ses frais. Débuts difficiles

«Les débuts sont extrêmement pénibles, avoue-t-il. Notre clientèle n’est pas encore créée. Et c’est d’autant plus difficile que la population de Sudbury est amorphe. Qu’il y ait une librairie française ou qu’il n’y en ait pas, ça lui est égal.» Et le père Dagenais explique de différentes façons cette apathie des Sudburois de langue française quant à la librairie française : «Les gens d’ici, dit-il, ne sont pas habitués à lire. Les adultes — les hommes surtout — ont commencé à travailler très tôt et ont dû, pour cela, quitter l’école très tôt. Et quand ils ont eu la chance de poursuivre des études plus avancées, ils l’ont fait dans une école anglaise ou bilingue. De plus, ils ne savent pas ce qu’est une librairie. Ça les intimide d’entrer ici et de fureter autour.»

Changer d’endroit

Mais un des désavantages les plus importants, de l’avis du père Dagenais c’est l’emplacement même de la librairie. «Nos locaux, dit-il, pourraient être mieux situés. Les gens ne dépassent pas la rue Cedar quand ils font leurs emplettes dans le centre-ville. Aussi, si nous étions un coin plus rapproché de la rue Elm, je crois que nous pourrions facilement doubler notre chiffre de ventes au comptoir. Ca serait plus “passant” et les gens auraient au moins la possibilité d’entrer et de voir».

La clientèle la plus intéressée vient de l’extérieur de Sudbury : Noëlville, Blind River, Sault-Ste-Marie. Toutefois, tout n’est pas perdu, de l’avis du père Dagenais, pour Sudbury. «Quand il y aura eu deux groupes qui seront passés par les écoles secondaires françaises, dit- il, je crois que les gens seront davantage formés à la lecture d’ouvrages français et qu’ils viendront spontanément ici pour faire leurs provisions de livres. Mais d’ici là (environ dix ans, croit-il) la librairie doit non seulement réussir à survivre, mais encore elle ne doit cesser d’améliorer ses services.» Un demi-million

Et le plus gros potentiel de survie de la librairie se trouve au sein des conseils scolaires responsables d’écoles ou de classes françaises ou bilingues. «Nous estimons à près d’un demi million de dollars les montants qui sont dépensés à Montréal par des institutions du nord de l’Ontario chaque année pour l’achat de livres ou de matériel scolaire. Il s’agit là de l’argent des taxes perçues ici et qui fuie dans les goussets des gros libraires de la métropole, il n’y a pas de raison pour que cet argent ne soit pas dépensé ici, dans le Nord, puisque nous pouvons offrir les mêmes services et les mêmes prix qu’à Montréal.»

Tournée d’expositions

C’est donc à l’assaut de ce marché typiquement nord-ontarien que la Librairie du Nauvel-Ontario veut se lancer dès cette année, avec l’espoir qu’elle en aura fait sa propriété d’ici trois ans. Déjà, au cours de l’hiver et au printemps dernier, la formule des expositions ambulantes a été mise à l’épreuve avec un succès relatif. Mais sachant désormais quels sont les points qui ont fait défaut au cours de ces tournées, la Librairie entreprendra sa nouvelle tournée en septembre, mieux armée et forte de ses expériences précédentes. C’est ainsi que dès septembre, elle s’attaquera de façon systématique aux villes de Kapuskasing, Cochrane, Iroquois Falls et Hearst pour ensuite porter ses pénates dans les écoles secondaires de langue française.

Entreprise culturelle, la Librairie du Nouvel-Ontario n’en demeure pas moins une entreprise commerciale qui, non seulement doit parvenir à faire ses frais, mais aussi réussir à réaliser des profits pour l’amélioration de son propre rendement et l’expansion éventuelle de ses services (on envisage d’implanter des succursales à Timmins, Blind River et Sturgeon Falls ou North Bay).

D’ailleurs, la Librairie dépend d’un conseil de directeurs qui a investi quelque 30 000 $ dans l’entreprise et qui s’attend à réaliser certains profits, même si ce n’est pas immédiatement.

Parmi les éléments qui jouent contre la présence d’une librairie française à Sudbury, selon le père Dagenais, il y a la langue de travail et le cinéma qui sont en anglais; il y a le fait que la télévision française est venue après la télévision anglaise; il n’y a pas de quotidien de langue française.

Location dispendieuse

De plus — et cet élément joue contre toute entreprise commerciale qui s’installe ici — les taux de location des locaux sont excessivement élevés. Il en coûte plus cher de louer dans le centre-ville de Sudbury qu’à la Place Bonaventure à Montréal, et les possibilités du marché ne sont pas comparables. «Toute proportion gardée et en tenant compte des avantages qu’offre un endroit comme la Place Bonaventure, précise le père Dagenais, on paie dix fois plus cher ici, et il faut assumer en plus certaines dépenses (transport, entre autres) qui ne se présenteraient pas à Montréal.»


Une employée et une cliente de la Librairie du Nouvel-Ontario



Article du 9 décembre 2009

Grand ciel bleu, la librairie du Nouvel-Ontario : Rentabilité dans la mire



par Hugo Duchaine

Après plus d’un an d’exploitation au centre-ville, la Librairie du Nouvel-Ontario devra continuer ses efforts pour se faire connaître davantage si elle veut être rentable.

«Nous avions prévu que la librairie serait rentable à l’intérieur de trois ans. Pour l’instant, nous sommes toujours en voie de réaliser cet objectif, mais nous aurons des ajustements à faire», explique le président du conseil d’administration, Gratien Allaire.

Selon M. Allaire, l’appui des institutions postsecondaires francophones, comme le Collège Boréal et l’Université Laurentienne, qui passent par la librairie pour leurs livres en français, est absolument essentiel à la survie de celle-ci. «Le marché est là et c’est une première année pour l’entreprise. Nous allons travailler à améliorer notre visibilité et bâtir des liens avec le grand public», indique M. Allaire, qui ajoute que le ralentissement économique ne semble pas avoir réellement touché le commerce.

«Nous avons ouvert la librairie avec un inventaire considérable, mais nous allons cibler davantage, puisque nous connaissons mieux notre marché et les goûts de nos clients», continue M. Allaire.

Selon le directeur de la librairie du Nouvel-Ontario, Daniel Aubin, il ne fait pas de doute qu’une librairie francophone à Sudbury est viable. «Le simple fait que 30 % de la population soit francophone fait en sorte que c’est viable. Il suffit de passer le mot. Chaque semaine, je rencontre de deux à trois personnes qui mettent les pieds dans la librairie pour la première fois ou qui ignoraient même qu’une librairie francophone existait ici», explique-t-il.

Selon lui, les défis de la librairie pour la prochaine année consisteront à augmenter sa clientèle, à encourager des visites plus régulières et à augmenter la visibilité au centre-ville, car la librairie passe souvent inaperçue aux yeux des passants. Il propose également de choisir la librairie pour passer des commandes, plutôt que par des sites internet de librairies francophones québécoises.

«Je viens quelques fois par mois, surtout pour acheter des certificats-cadeaux pour mes proches, car l’assimilation est facile ici si on n’encourage pas la culture francophone», souligne Claude Comtois, rencontré samedi dernier à la librairie. «L’autre option, ce n’est rien du tout, alors je crois que c’est important de venir à la librairie», déclare Jean-Charles Cachon, qui visitait également la libraire en fin de semaine dernière.


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