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mercredi, 20 février 2019 09:00

La liberté de parole

La semaine dernière, nous posions une question difficile qui faisait les manchettes : où est la ligne entre le devoir de confidentialité d’un bureaucrate envers le gouvernement versus son devoir de protection des citoyens? La réponse n’était pas claire. Nous poursuivons cette semaine avec une autre question sans réponse claire : qu’est-ce que la liberté de parole et a-t-elle des limites?

Le sujet est de plus en plus d’actualité alors que nous sommes bombardés par toutes sortes d’élucubrations et de faussetés sur les médias sociaux. Le débat fait aussi les manchettes des médias traditionnels alors qu’il fait rage sur les campus universitaires. Même Doug Ford, notre premier ministre qui connait tout depuis ses deux mois au Collège Humber, s’en est mêlé en forçant les universités à adopter des politiques sur la liberté de parole. Il faut dire que ces institutions sont souvent le cadre d’âpres discussions sur le sujet.

On n’a qu’à mentionner le nom du professeur Jordan Peterson, qui a refusé de se plier à la demande de certains étudiants d’utiliser des pronoms neutres. Depuis, il amasse des millions en vendant des livres et en livrant des conférences sur le sujet.

Mais lorsque la chargée de cours à l’Université Wilfrid Laurier, Lindsay Shepherd, a présenté les théories de Peterson à ses étudiants, elle a été licenciée. Elle poursuit maintenant l’université pour 3,6 millions $. Il y a aussi ce cas plus récent au campus de Scarborough de l’Université de Toronto où des étudiants chinois tentent de faire limoger la présidente dument élue du conseil étudiant parce qu’elle favorise l’indépendance du Tibet. Plus près de chez nous, on se souvient du cas de feu le professeur Michael Persinger de l’Université Laurentienne, qui a été suspendu parce qu’il demandait à ses étudiants de signer un document indiquant qu’ils acceptaient son langage cru.

Si les universités sont un haut lieu de discorde sur la question de la liberté de parole, que dire des médias sociaux. On y voit plein d’internautes affirmer toutes sortes de choses, trop souvent des mensonges ou des demies-vérité, et même proférer des menaces de mort contre des politiciens — souvenez-vous de notre éditorial du 16 janvier dans lequel nous présentions certains commentaires parus sur le site web de Brian Lilley — en réclamant la liberté de parole.

Voilà donc la question. La liberté de parole est-elle sacrée autant pour ceux qui profèrent des menaces que pour ceux qui sacrent en classe ou qui refusent d’utiliser des pronoms neutres? La réponse devrait être évidente.

Il existe au Canada des lois qui interdisent les menaces de mort ainsi que d’autres concepts acceptés, comme la négation de la Shoah. Il y a aussi des lois sur le libelle diffamatoire. Pourtant, ces lois sont appliquées de façon aléatoire. Ernst Zundel a, avec raison, été trouvé coupable d’avoir nié l’Holocauste, mais les idiots dangereux du site web de Lilley, et Lilley lui-même, n’ont jamais été dérangés par la police. Curieux, n’est-ce pas?

Quant aux universités, il est clair que leur rôle est, entre autres, de présenter des positions controversées afin de stimuler la discussion et le sens critique des étudiants. Ironiquement, c’est à ces institutions que notre premier ministre s’en prend. «Go figure!»

Lu 421 fois Dernière modification le mardi, 19 février 2019 12:14
Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury

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