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mercredi, 15 mai 2019 09:00

Le bilinguisme dans 20 ans

Cette semaine, Réjean Grenier répond à la promesse faite en 1999 de revenir sur un éditorial 20 ans plus tard.



En fin de semaine, quelque 150 intervenants se rencontraient afin de participer à la création du plan officiel de 20 ans de la Municipalité régionale de Sudbury. Les participants ont démontré un grand engagement communautaire, une volonté de grandes choses et un désir ardent de réaliser leurs rêves d’ici l’an 2020. Ils ont aussi démontré une grande ouverture d’esprit et c’est sur cette attitude qu’il faudra compter pour faire avancer les intérêts des francophones sur les plans municipal et économique.

La session a commencé par un discours enlevant par l’éditeur du Northern Life, Michael Atkins. M. Atkins était un des moteurs du groupe Sudbury 2001 qui, de 1977 à 1984, a travaillé à la diversification économique de la région. Selon lui, c’est à cet effort que l’on doit certaines initiatives de développement économique, tels les bureaux gouvernementaux, Science Nord et le Centre de traitement du cancer.

Les participants ont suivi les conseils de M. Atkins. Ils ont laissé leurs intérêts, leurs opinions à la porte et ont tenté d’imaginer une région pour tous. Pas une fois, on a entendu un politicien des municipalités environnantes chialer pour sa part du gâteau. Pas un néodémocrate ou un conservateur qui ait tenté de promouvoir son idéologie politique. Une belle harmonie.

Peut-être en réaction au néolibéralisme obsédant qui contrôle le monde depuis plus de 20 ans, tous les participants semblaient d’accord sur un principe : dans 20 ans, il faut que la région se soit développée en fonction de ses citoyens, pas seulement en fonction du signe de piastre. On entendait régulièrement des mots comme : «inclusive, quality of life, diversity». Parce ce que tout se déroulait en anglais, bien sûr.

Les organisateurs ont avoué avoir pensé à tenir une session en français et une autre en anglais, mais ils ont décidé qu’il était plus important d’avoir une vision commune. La spécificité francophone de la région a bien été mentionnée quelques fois en atelier. Le conseiller Jim Ilnitski en a même souligné l’importance économique en pleine session plénière, mais les mots «bilinguisme, français, francophone» n’apparaissent sur aucune feuille de flip charts.

Peut-être que, nous, les intervenants de langue française, n’avons pas assez poussé. Peut-être avons-nous été naïfs devant les beaux discours, les belles intentions qui se dégageaient de la rencontre. Peut-être avons-nous manqué une belle occasion.

Seul l’avenir le dira. Dans 20 ans, nous devrons ressortir cet éditorial et le mesurer à la réalité.

Entre temps, une chose est certaine. L’ouverture d’esprit est là, mais il faudra être vigilants. Ce sera à nous de démontrer que nous avons des besoins spécifiques, que nous apportons une valeur ajoutée à cette communauté, que nous générons des idées, une richesse sans égale.

Ce n’est qu’en prenant toute notre place que nous nous assurerons que la région de Sudbury cessera d’exister comme si nous n’existions pas.



Vingt ans après*


Comme vous avez pu le lire dans l’éditorial du Voyageur de 1999 qui précède celui-ci, nous posions alors quelques questions sur l’avenir du français à Sudbury. Ces questions nous étaient venues après avoir participé à un colloque citoyen intitulé The Next 20 Years. Le colloque se déroulait entièrement en anglais, mais plusieurs participants — et pas juste des francophones — y avaient fait valoir l’avantage culturel et socioéconomique que représente le français à Sudbury. Ils enjoignaient nos décideurs à ne pas l’oublier. Or, qu’en est-il, 20 ans plus tard?

En fait, il est indéniable que, malgré un peu de sur-place dans certains dossiers, le français a progressé à Sudbury. En 1999, le Collège Boréal avait quatre ans. Encore jeune, il n’avait pas encore étendu son rayonnement partout en province. Aujourd’hui c’est non seulement chose faite, c’est un projet continu qui exporte notre expertise pédagogique et administrative. Il en va de même avec nos conseils scolaires de langue française. En 1999, ils avaient deux ans. Depuis, ils ont connu une expansion fulgurante motivée par une hausse d’inscriptions continuelle depuis 20 ans.

En 20 ans, c’est probablement le secteur culturel qui a vécu les avancées les plus importantes. Une des grandes nouveautés des dernières années est certainement le Salon du livre du Grand Sudbury, qui a vu le jour en 2004. Le Salon s’est joint aux vieux de la vieille — le Théâtre du Nouvel-Ontario, le Carrefour francophone, la Galerie du Nouvel-Ontario, Prise de parole, le Centre franco-ontarien de folklore et La Nuit sur l’étang, tous créés avant 1999 — afin de lancer le plus important projet culturel des derniers 20 ans; la Place des Arts. Voilà un projet qui, non seulement vient raffermir la culture de notre ville, mais c’est un développement qui nous met littéralement «sur la mappe» avec la construction d’un magnifique édifice au centre-ville.

Derrière plusieurs de ces nouveautés, il y a une autre avancée qui, tout en étant moins visible, est quand même d’une importance capitale : le rôle accru de nos gouvernements en appui à la communauté francophone d’ici. Par exemple, en 1999, le drapeau franco-ontarien ne flottait sur aucun bâtiment public. Aujourd’hui, on le voit partout — merci John Rodriguez et l’ACFO. Mais par-delà ce symbole, c’est l’appui financier de notre municipalité et des autres paliers de gouvernement qui est remarquable. Depuis 20 ans, des millions de dollars ont été alloués à notre collège, à nos conseils scolaires et à nos institutions culturelles afin de favoriser leur développement et leurs projets.

Mais s’il n’y a pas eu beaucoup de reculs depuis 1999 — remarquez qu’on n’a pas encore vu tout ce que le gouvernement Ford peut faire — il est clair qu’il y a eu du sur-place. Par exemple, l’offre de cours et de programmes en français à l’Université Laurentienne n’a pas augmenté beaucoup. Il est encore difficile de faire une présentation en français devant notre conseil municipal qui n’a pas encore adopté l’interprétation simultanée. Et l’affichage bilingue dans nos commerces, même ceux appartenus par des Franco-Ontariens, demeure un rêve.

Ce rapide survol des derniers 20 ans est loin d’être exhaustif. Si vous pensez à des avancées ou des reculs que nous avons oubliés, écrivez-nous quelques phrases.

* Remerciements à Alexandre Dumas

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Lu 273 fois Dernière modification le mercredi, 15 mai 2019 00:30
Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury

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