FacebookTwitter
mercredi, 11 juillet 2018 16:13

Si vous allez à l’urgence, apportez une collation

Écrit par 
Dr André Roch et Dre Caroline Mailloux. Dr André Roch et Dre Caroline Mailloux. Photo : Julien Cayouette
Sudbury — Les médecins Hospitalistes — spécialistes des interventions d’urgence et des patients orphelins — sont inquiets du manque d’intérêt et d’empathie de la direction d’Horizon Santé Nord (HSN) par rapport à leur travail et leurs patients. Malgré les fonds d’urgence annoncés, leur équipe est l’une des seules pour laquelle les compressions annoncées à la fin juin restent.

La leadeure du groupe des hospitalistes, Dre Caroline Mailloux, est découragée du manque d’écoute de la direction — qui n’a pas voulu la rencontrer — et ne peut que conclure que «notre conseil d’administration et notre direction se foutent des patients».

La chef de la médecine familiale de l’hôpital n’arrive pas à s’expliquer comment la direction obtient ses bonis de performance en coupant littéralement les vivres aux patients, car, depuis un mois, il n’y a plus de «snacks» disponibles pour les patients de l’urgence entre les repas.

«J’ai accueilli une dame à 19 h, elle vivait seule, n’avait pas de famille ou d’argent et n’avait pas soupé; elle n’a pas pu manger avant le lendemain matin», raconte Dre Mailloux. Ce manque de nourriture peut avoir des conséquences plus graves pour les patients diabétiques et les femmes enceintes, poursuit-elle. «C’est rendu qu’il faudrait que le monde apporte leur sac brun lorsqu’ils viennent à l’urgence.»

Autres effets déjà visibles des compressions, dans la section où elle travaillait lundi, trois des six infirmières autorisées ont été remplacées par des infirmières auxiliaires autorisées pour sauver des sous, mais c’est loin de répondre aux besoins, dit-elle.

Les patients les plus fragiles

Dre Mailloux et son collègue hospitaliste, Dr André Roch, ont fait une présentation le 21 juin pour encourager la direction à limiter la baisse du budget des hospitalistes à 10 %, en soulignant qu’ils traitaient les patients les plus fragiles : ceux qui n’ont pas de médecin de famille, les gens en crise, etc.

La direction a tout de même refusé de reculer et avait maintenu sa réduction du budget des hospitalistes à 33 %.

La semaine dernière, le Réseau local d’intégration des soins de santé du Nord-Est (RLISS NE) a permis un déficit de 1 % dans le budget 2018-2019 de HSN et a débloqué des fonds d’urgence de 4 millions $ pour le maintien des soins aux patients. Dre Mailloux a cependant rapidement appris que la réduction du budget des hospitalistes restait fixée à 33 %.

«Ils ont stabilisé tout le restant sauf ceux qui travaillent avec acharnement, “dans les tranchées” comme on dit. Pourquoi juste notre groupe?», s’interroge-t-elle.

Avec deux postes de médecins en moins dans son équipe, Dre Mailloux ne comprend pas comment l’hôpital peut dire que le niveau de services aux patients sera le même.

«Nous en faisions déjà plus que ce que l’on devait faire. Peut-être qu’on prenait des patients qu’on n’aurait pas dus, comme des victimes des traumas, mais on essayait d’aider l’hôpital. On ne pourra plus le faire et je ne sais pas ce qu’ils vont faire de ces patients», se questionne-t-elle.

En chiffre, elle évalue que son équipe pourra traiter seulement six patients par jour, alors qu’en moyenne, c’était neuf et parfois jusqu’à dix-huit. «Ils ne réalisent pas qu’on est au cœur de l’hôpital.»

Le 22 juin, Le Voyageur avait rencontré Dre Mailloux et Dr André Roch. Ce dernier semblait très fatigué et était très émotif face à toute cette situation. Il ne comprenait pas non plus la réaction de la direction face au groupe d’hospitalistes de HSN, qu’il a lui-même cofondé en 1994. Il n’avait pas été impressionné par la réaction peu empathique du nouveau PDG d’HSN, Dominic Giroux, après leur présentation de la veille.

«Les considérations monétaires sont importantes, mais elles ne doivent pas nécessairement être l’élément le plus important dans un système en équilibre», insiste-t-il.

Le budget 2018-2019 sera appliqué à partir du 6 septembre.



Le Dr André Roch croit en une approche holistique de la médecine. Le 22 juin, il s’était entouré d’objets qui font penser au bienêtre et à la bonne santé.
Lu 1703 fois Dernière modification le vendredi, 13 juillet 2018 16:23
Julien Cayouette

Directeur de l'information

705-673-3377, poste 6209 ou sans frais : 1-866-926-3997

levoyageur@levoyageur.ca

RokStories

Éditorial de la semaine

Calendrier du Nord

Twitter

Member Login