le Samedi 21 mai 2022
le Mardi 9 novembre 2021 15:05 Courrier des lecteurs

Un plaidoyer franco-ontarien pour la Laurentienne

  Photo : Archives
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Isabelle Bourgeault-Tassé est auteure franco-ontarienne et directrice générale des communications, du markéting et des relations gouvernementales à l’Université Laurentienne

Après 20 ans d’absence de Sudbury, de cette terre promise franco-ontarienne, je reviens sur mes pas, dans «le Nord, où je suis née, ‘stie».

Vers une Université Laurentienne que je ne savais pas encore insolvable et qui se trouve aujourd’hui être le creuset d’une conversation nationale sur le bilinguisme, le triculturalisme et le fait français en milieu linguistique minoritaire au Canada.

Ancienne de seconde génération de la Laurentienne, je suis née de Marie-Claire Bourgeault et Yves Tassé, tombés amoureux sur le campus à l’époque où la renaissance franco-ontarienne des années 1970 battait son plein. Papa en particulier allait laisser l’ombre de sa trace — il compterait parmi les cinq grands amis qui allaient créer le drapeau franco-ontarien en prenant leur café matinal au Grand Salon de la Laurentienne. 

Et en 1997, ce fut à mon tour d’arriver sur le campus parmi une vague déferlante de jeunes idéalistes qui se disaient La Relève de l’Ontario français, les héritières et les héritiers de celles et de ceux qui avaient défendu notre langue et notre culture depuis plus de 400 ans de présence francophone en sol ontarien. 

Bête de scène, j’ai joué les textes et chansons de CANO avec La troupe universitaire; j’ai publié des éditos lapidaires dans les journaux étudiants L’Orignal Déchaîné et le Lambda; j’ai manifesté main dans la main avec La Relève devant le Sénat académique de la Laurentienne; je me suis (trop) éclatée à La Nuit sur l’Étang l’année où le spectacle se tenait à l’Auditorium Fraser (qu’on pensait d’ailleurs habité par l’esprit du grand André Paiement, qui, le croyait-on, venait jeter un p’tit coup d’œil bienveillant sur nous) dans un écho à cette première «folie collective d’un peuple en party»; j’ai côtoyé et étudié aux pieds de géants de la «Franco-Ontarie», comme ces forces de la nature du théâtre franco Hélène Gravel et son âme sœur Madeleine Azzola, les historiens Gaétan Gervais, Pierre Cameron et Guy Gaudreau, le poète Robert Dickson, le Jésuite André Girouard (qui allais d’ailleurs bénir l’union de mes parents et annoncer ma naissance en grande pompe dans les pages du Voyageur). 

À l’âge de 22 ans, j’ai quitté Sudbury — le cœur plein d’aspirations — pour les sentiers battus vers Ottawa et, plus tard, Toronto, question d’aller vivre un fabuleux destin qui m’a permis d’œuvrer auprès de grands esprits internationaux qui prenaient parole pour un monde meilleur, souvent pour la première fois.

Tout ce que je suis, je le dois à la Laurentienne.

C’est pourquoi je suis revenu dans le Nord en 2020 :  afin de célébrer une Laurentienne bilingue et triculturelle — une université unique au Canada — cet incubateur du talent de chez nous. 

Ma Laurentienne, où «mon pays était un paysage, bien en vie et sans âge».  

Les évènements du printemps dernier nous ont beaucoup éprouvés, nous Franco-Ontariens, y compris ceux parmi nous qui habitent toujours l’université. Raconteuse-en-cheffe de la Laurentienne, j’ai tout compris de nos cœurs en lambeaux, profondément bouleversée par la transformation de notre université. 

«Mon pays, je l’ai connu. Je l’ai vécu durement

Mais comme me l’a gentiment affirmé un ou une leadeur important.e de la communauté franco-ontarienne, il y a plus d’une façon de revendiquer. Or, je revendique ma Laurentienne. 

Le modèle éducatif «par, pour, et avec» est l’aspiration de générations de Franco-Ontariens et Franco-Ontariennes, certes. Lors de la Résistance de 2018, j’ai agité, j’ai organisé, j’ai composé pour faire du rêve d’une université franco-ontarienne une réalité pour la jeunesse francophone. 

À mon esprit, par contre, il n’a jamais été question d’atteindre cet idéal lumineux sur le dos de la Laurentienne, une université qui nous offre la promesse d’une communauté du savoir habitée en chœur par les peuples autochtones, les francophones et les anglophones.

Si 20 pour cent de ses étudiants sont perdus — soit sa population étudiante francophone actuelle — la Laurentienne à part entière s’éteindra. La jeunesse du Nord devra s’exiler pour s’éduquer.

La Laurentienne que je soutiens cherche à reprendre sa place, à raviver la fierté, à rebâtir la confiance. C’est pour défendre ce havre du vivre-ensemble dans une université qui se réinvente que je prends parole. Pour protéger une authentique Laurentienne qui nous ressemble et qui nous rassemble.

«Ainsi mon courage, mon espoir», je les saisis de plein cœur. Le chemin sera long, mes ami.e.s. 

Mais la Laurentienne en vaut bien la peine.