le Mardi 29 novembre 2022
le Vendredi 3 Décembre 2021 3:01 Éducation

«Une entrave sans précédent»

  Photo : Archives
Photo : Archives
Le rapport préliminaire de la vérificatrice générale n’est pas tendre à l’endroit de l’Université Laurentienne

«Une entrave aussi systématique de notre travail de vérification est sans précédent.» Cette citation (traduite) est tirée d’une mise à jour de la vérificatrice générale, Bonnie Lysyk, sur son enquête concernant les finances de l’Université Laurentienne. Cette mise à jour est incluse dans son rapport annuel 2021 publié le 1er décembre. Rapport disponible seulement en anglais.

La vérificatrice explique que l’établissement sous enquête semble avoir mis en place un protocole centralisé pour la transmission d’information et de demandes d’entrevues qui empêche les employés de s’exprimer librement — créant une «culture de la peur». Elle craint de ne pas pouvoir dresser un portrait fidèle de la situation si on ne lui donne pas accès aux documents et aux informations qu’elle demande. 

Elle précise que le Comité des comptes publics, qui a commandé l’enquête, et le ministère des Collèges et Universités ont demandé à la Laurentienne de fournir les documents demandés par la vérificatrice.

Rappelons que l’Université Laurentienne conteste devant la cour le droit de la vérificatrice générale d’avoir accès à absolument tous les documents qu’elle demande, particulièrement en ce qui concerne les communications entre l’établissement et ses avocats.

Dans son rapport, la vérificatrice note par contre que l’université a aussi refusé de fournir des documents non confidentiels. La raison : réviser les documents pour y trouver et biffer de l’information potentiellement confidentielle demanderait trop de temps et de ressources de sa part.

Le rapport donne quelques exemples de documents auxquels le bureau de la vérificatrice n’a pas eu accès : des documents faisant partie des réunions du conseil des gouverneurs, des factures d’avocats, le serveur de courriels et des documents concernant les ressources humaines et les griefs. Tous des documents auxquels son bureau a eu facilement accès lors de ses autres enquêtes, répète-t-elle.

Quelques chiffres

Le bureau de la vérificatrice a quand même pu faire progresser son enquête grâce aux informations que la Laurentienne a accepté de fournir et aux données publiques. Elle a pu déterminer «qu’au cours des cinq dernières années, la province de l’Ontario a fourni en moyenne 85,9 millions $ annuellement, ce qui représentait 45 % des revenus de la Laurentienne».

Extrait du rapport (traduction libre) : «La Laurentienne a généré une perte nette de 11,9 millions $ entre 2012/13 et 2019/20. Au cours de cette période, le ratio de sa dette a augmenté et s’est approché de la balise du ministère de 35 %. Le ratio actuel de la Laurentienne est tombé à 0,67 le 30 avril 2016. Ceci signifie que pour chaque dollar de passif (dû dans moins d’un an), la Laurentienne avait seulement 67 cents de disponibles en utilisant ses actifs, comme de l’argent liquide ou des investissements à court terme, pour payer ce passif. Depuis le 30 avril 2020, le ratio de la réserve primaire est descendu sous la balise ministérielle de 30 jours.»

La vérificatrice évalue également que la Laurentienne a dépensé 9,86 millions $ entre le 30 janvier et le 13 aout 2021 pour sa restructuration. Elle estime que le total sera de 19,84 millions $ le 4 février 2022, soit un peu plus d’un an après que la Laurentienne se soit placée sous la protection de la Loi des arrangements avec les créanciers des compagnies. Rappelons que l’établissement avait obtenu un prêt de 25 millions $ le 1er février 2021 auprès d’un créditeur.