le Mercredi 18 mai 2022
le Mercredi 15 Décembre 2021 4:20 Éditorial

Urbain vs rural

Dans une chronique publiée la semaine dernière au Globe and Mail, le professeur Donald Savoie soulève un sujet qui touche directement le Nord de l’Ontario. Le spécialiste en administration publique à l’Université de Moncton écrit que le Canada devient de plus en plus une nation divisée. Divisée linguistiquement, socialement et économiquement, mais selon lui, il existe une autre division qui semble passer sous le radar et qui menace le pays. C’est la faille qui s’élargit entre les mondes urbain et rural. 

Le professeur Savoie explique que la scission urbain-rural est exacerbée par notre système politique et la démographie canadienne. Comme la vaste majorité des Canadiens vit dans les grands centres urbains, ces villes comptent près de la moitié des circonscriptions électorales. Donc, la quasi-majorité des sièges aux parlements fédéral et provinciaux. C’est ainsi que les préoccupations des grandes villes dictent les politiques de nos gouvernements.  

La thèse de Savoie se vérifie d’ailleurs partout au Canada, surtout dans les plus petites communautés. Il donne l’exemple de l’environnement. Il admet que, comme les politiciens, tous les Canadiens sont préoccupés par la question des changements climatiques. Mais pour les pêcheurs des provinces atlantiques ou du nord de la Colombie-Britannique, les agriculteurs des prairies ou les mineurs et les bucherons du Nord, les solutions proposées par les gouvernements ne font pas toujours l’affaire. 

Prenons par exemple le transport en commun. Nos gouvernements y investissent des milliards qui vont principalement aux grandes villes. Un meilleur système de métro et d’autobus fait du sens à Toronto et à Montréal où on peut sauter dans un transporteur public toutes les dix minutes, mais qu’en est-il à Chapleau où à Iroquois Falls? Même dans les plus grandes villes du Nord, comme North Bay ou Sudbury, est-il possible — et surtout rentable — de desservir Capreol ou Bonfield toutes les heures? Bien sûr que non.

Dans nos plus petites communautés, l’utilisation de la voiture est essentielle. Un mineur qui vit à Sudbury, mais qui travaille à la mine Totten à une quarantaine de kilomètres ne pourra jamais se fier à un système de transport en commun. Un bucheron qui vit à Kapuskasing, mais qui buche à 30 kilomètres de chez lui non plus. Bien sûr ces travailleurs pourraient éventuellement acheter des voitures électriques, mais en plus de payer plus cher pour leurs véhicules, ils continueront à payer des taxes pour payer les couts du transport public à Toronto. 

L’électrification n’est même pas encore une solution pour plusieurs industries rurales. Prenons l’agriculture. Il y a encore peu ou pas de gros tracteurs, de combines, de planteurs électriques sur le marché. On a beau parler dans les corridors du pouvoir du virage électrique, ça passe cent kilomètres au-dessus des préoccupations immédiates des agriculteurs. 

Même les questions de pesticides et d’engrais biologiques en sont encore au niveau des balbutiements quand on pense aux immenses besoins en agriculture.

Dans sa chronique, Savoie ne propose pas vraiment de solution, mais son avertissement est clair. Et juste. Nos gouvernements doivent trouver des moyens de réduire l’écart entre les préoccupations urbaines et rurales si nous voulons un pays uni derrière un projet de société.