le Samedi 3 Décembre 2022
le Mercredi 29 Décembre 2021 3:49 Éducation

S’ancrer dans les communautés, le perpétuel défi des établissements postsecondaires

De la Nouvelle-Écosse à l’Alberta, en passant par l’Ontario et la Saskatchewan, des projets voient le jour pour que les études et la recherche contribuent de manière concrète à la vitalité des communautés francophones. — Crédit : Vasily Koloda – Unsplash/Montage Francopresse
De la Nouvelle-Écosse à l’Alberta, en passant par l’Ontario et la Saskatchewan, des projets voient le jour pour que les études et la recherche contribuent de manière concrète à la vitalité des communautés francophones.
Crédit : Vasily Koloda – Unsplash/Montage Francopresse

De la Nouvelle-Écosse à l’Alberta, en passant par l’Ontario et la Saskatchewan, des projets voient le jour pour que les études et la recherche contribuent de manière concrète à la vitalité des communautés francophones. Des pistes de solutions pour rapprocher les collèges et universités de leurs communautés, allant de rapprochements physiques à la prise de leadeurship dans des dossiers-clés, ont été évoquées à l’occasion du quatrième atelier des États généraux sur le postsecondaire en contexte francophone minoritaire.

Au campus de Windsor du Collège Boréal, basé à Sudbury, des organismes culturels ont déménagé leurs bureaux du campus sur invitation de l’établissement, dans le but de favoriser la collaboration. 

«L’option qu’on a choisie, c’est de se rapprocher physiquement de notre communauté. Pour nous, c’est d’être capables d’accueillir des organismes qui généralement ne font pas partie des discussions — dans notre cas les associations culturelles […] qu’on a rapprochées et à qui on a donné des espaces de bureaux ici», explique le directeur du campus du Collège Boréal à Windsor, Frédéric Boulanger.

En collaboration avec l’Association de la communauté congolaise de Windsor-Essex, l’Association de la communauté burundaise de Windsor et l’Association socio-culturelle de la communauté rwandaise de Windsor, le Collège Boréal mène actuellement un projet de recherche sur l’intégration socioéconomique des nouveaux arrivants et arrivantes. 

Crédit : Capture d’écran – Francopresse

Financé à hauteur de 346 000 $ par le Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG), le projet a pour objectif «d’améliorer par l’innovation le modèle de livraison des services aux nouveaux arrivants». À terme, l’objectif serait de faciliter l’intégration en rendant le modèle viable à travers la province ainsi que chez les autres fournisseurs de services en immigration, dont du côté anglophone. 

Consultez notre dossier sur les États généraux

Mettre ses compétences au profit du communautaire

Plus à l’Est, en Nouvelle-Écosse, l’Université Sainte-Anne adopte une approche différente pour s’assurer d’être au diapason de sa communauté. 

«Notre personnel, nos étudiants, nos chercheurs sont en très grand nombre impliqués dans les organismes communautaires […] Actuellement, je préside la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse (FANE) et notre recteur, Allister Surette, préside le Conseil de développement économique de la Nouvelle-Écosse (CDÉNÉ)», lance Kenneth Deveau, vice-recteur à l’enseignement et à la recherche à l’Université Sainte-Anne.

«Notre communauté a besoin de nous tant pour notre expérience et nos compétences en gouvernance que pour nos savoir-faire en ce qui a trait au réseautage et aux relations avec les gouvernements. De par notre emploi, on travaille quotidiennement avec les gouvernements et c’est quelque chose qu’on peut apporter dans nos organismes communautaires», ajoute-t-il.

Dans l’Ouest, le président de l’Assemblée communautaire fransaskoise (ACF), Denis Simard, rappelle qu’il aura fallu plus de 50 ans de lutte pour que La Cité universitaire francophone de l’Université de Regina voie le jour. 

«Et c’est encore loin d’être à l’image de nos aspirations, mais nous y travaillons toujours», précise-t-il.

Pour mieux répondre aux besoins de la communauté fransaskoise, Denis Simard indique que deux programmes d’étude sont présentement en cours d’élaboration : un certificat bilingue en leadeurship et gestion communautaire ainsi qu’un baccalauréat bilingue en travail social.

Crédit : Capture d’écran – Francopresse

«Dans une communauté comme la nôtre, il existe une grande absence de compétences essentielles auprès des acteurs du développement communautaire […] C’est absolument important qu’on puisse changer la façon dont on est en train de façonner notre avenir», revendique le président de l’ACF, qui espère que le certificat permettra de développer davantage les habiletés requises pour s’impliquer en milieu communautaire. 

Quant au baccalauréat bilingue en travail social, Denis Simard souligne que de plus en plus de Saskatchewanaises et de Saskatchewanais ont des défis au niveau de la santé mentale. «On peut parler postpandémie […] Il va y avoir d’énormes besoins dans notre communauté pour avoir des travailleurs sociaux bilingues qui pourront desservir la communauté fransaskoise.» 

À lire aussi : L’Afrique au programme de la Cité universitaire francophone de Regina (L’Eau vive)

Développer le prestige des établissements

Pour avoir longtemps travaillé sur la théorie de la vitalité linguistique, Kenneth Deveau de l’Université Sainte-Anne y tire un aspect qu’il considère fondamental pour les établissements postsecondaires francophones en contexte minoritaire : le statut et le prestige. 

«Je crois que nos communautés ont besoin d’établissements prestigieux, besoin de croire que leurs universités et leurs collèges sont les meilleurs», ajoute le vice-recteur à l’enseignement à la recherche.

Pour y parvenir, l’Université Sainte-Anne a créé en 2020 le Centre de recherche et d’innovation sur la qualité du homard (CRIQH). «L’industrie du homard est la plus importante de la province […] L’Université Sainte-Anne a su se positionner au cœur de cette industrie alors que nos communautés l’étaient déjà», félicite Kenneth Deveau, qui ajoute avoir «des aspirations mondiales d’être un centre d’excellence».

Crédit : Capture d’écran – Francopresse

En guise d’anecdote, il raconte s’être récemment entretenu avec un important exportateur de homards diplômé de l’Université Sainte-Anne. Celui-ci lui aurait révélé qu’il avait toujours perçu son alma mater comme «pas une vraie université au sens large, comme Dalhousie», mais que depuis la mise sur pied du CRIQH, sa perception avait changé et il se sentait «comme s’il avait été à une vraie université qui fait des vraies choses».

Pour Kenneth Deveau, il s’agit là d’une marque de succès.

Mettre sur pied ce type de projet requiert toutefois une autonomie qui n’est pas le lot de tous les établissements postsecondaires. Au Campus Saint-Jean d’Edmonton, par exemple, le maillage avec la communauté francophone est parfois limité par la direction stratégique de l’Université de l’Alberta, auquel le Campus est affilié depuis 1963.

«Parfois, la direction choisie par l’administration de [l’Université de l’Alberta] rentre en conflit avec les souhaits de la communauté francophone», note Adam Brown, membre du conseil d’administration de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA), ancien étudiant du Campus Saint-Jean et ancien président de l’Association des universitaires de la Faculté Saint-Jean (AUFSJ). 

«Le Campus essaye de répondre aux besoins de la communauté, mais c’est difficile quand on subit des coupures pas mal constantes dans les dernières années», ajoute Adam Brown en citant le recours judiciaire entamé par l’ACFA pour régler la question du financement provincial.

À l’Université Sainte-Anne, Kenneth Deveau estime que l’autonomie de l’établissement est un grand avantage : «Même si on a un défi, Sainte-Anne est une université autonome et c’est à nous de gérer notre défi.» 

À lire aussi : Les communautés francophones, maitresses d’elles-mêmes?

Une porte d’entrée à la francophonie

Pour se rapprocher davantage des communautés, les établissements postsecondaires devront éviter «le piège d’être tout pour tous», estime Lise Béland, vice-présidente du Centre-Sud-Ouest au Collège Boréal.

«On ne peut pas tout faire tout seul […] Partenariat, partenariat, partenariat ; c’est essentiel et primordial au succès», ajoute celle qui invite tous les services francophones à travailler main dans la main pour favoriser l’épanouissement de la communauté, notamment par l’accueil et l’intégration des immigrantes et immigrants.

Adam Brown rappelle que «les institutions postsecondaires en français ouvrent les portes à la francophonie canadienne pour les immigrants et les étudiants internationaux, mais aussi pour les étudiants venant de l’immersion». 

Crédit : Capture d’écran – Francopresse

Lui-même issu d’un programme d’immersion, il indique que «dès mon arrivée au Campus Saint-Jean, j’ai été capable de voir que “wow, la francophonie canadienne existe!” Je suis impliqué maintenant depuis plus de six ans, donc je crois qu’il y a une nécessité de garder ces institutions comme une façon d’incorporer les gens comme moi, qui sortent des écoles d’immersion, dans la communauté». 

«Je me sens maintenant très fort d’être un fier francophone, même si je ne parlais pas vraiment un bon français il y a six ans. C’est grâce au Campus Saint-Jean que j’ai pu découvrir cette partie de mon identité», conclut Adam Brown.

Le prochain atelier des États généraux sur le postsecondaire en contexte francophone minoritaire aura lieu le mercredi 12 janvier sous le thème «Vers une égalité réelle du secteur postsecondaire en contexte francophone minoritaire».

Francopresse est le partenaire médiatique officiel des États généraux sur le postsecondaire en contexte francophone minoritaire.