le Dimanche 27 novembre 2022
le Vendredi 21 janvier 2022 4:19 Éducation

Les bas résultats d’un sondage, les hautes attentes d’un enseignant

Cultivez l’intérêt pour la science

Un sondage national révèle que 70 % des jeunes adultes canadiens se fient à la science. Un professeur de sciences à la retraite du Grand Sudbury n’est pas surpris par les résultats de l’étude et croit qu’il faut prendre des mesures pour que la science intéresse davantage les élèves. 

L’étude menée par la Fondation canadienne pour l’innovation, en partenariat avec l’Acfas et la firme de sondage Ipsos, a voulu «mettre en lumière les perceptions des jeunes Canadiennes et Canadiens de l’âge de 18 à 24 ans à l’égard de la science, les conditions qui influencent leurs opinions ainsi que les influenceurs et influenceuses vers lesquels ils se tournent pour façonner leurs raisonnements scientifiques», peut-on lire dans un communiqué. 

Le sondage a reçu des réponses de 1500 jeunes canadiens sur des «questions portant sur les sources d’information qu’elles consultent et sur celles qui ont la plus grande influence sur leurs perceptions relatives à quatre enjeux scientifiques : l’innocuité du vaccin contre la COVID-19, la durabilité de l’environnement, les changements climatiques et l’importance des STIM (science, technologie, ingénierie et mathématiques) pour l’avenir», indique le rapport. 

Statistiques sur les grands enjeux d’aujourd’hui

Pas plus des deux tiers des personnes interrogées ne peuvent s’entendre sur quatre grands sujets qui dominent les fils d’actualité d’aujourd’hui : 68 % des participants sont d’accord pour dire que les vaccins contre la COVID-19 qui sont approuvés au Canada peuvent être utilisés en toute sécurité; 63 % sont d’accord pour dire que l’utilisation de plastiques à usage unique devrait être interdite; 55 % estiment qu’une utilisation moindre des combustibles fossiles contribuera à réduire les répercussions liées aux changements climatiques; et 57 % jugent essentiel que les politiciens et politiciennes de même que les gouvernements du Canada s’appuient sur la science pour prendre des décisions politiques dans l’intérêt de la population sur des enjeux tels que la santé, le bienêtre et l’économie.

Les influenceurs dominent

Le sondage révèle également que les personnes influentes sur les médias sociaux ayant des idées contraires à la science dominent le fil d’actualité des jeunes canadiens. Selon le sondage, 73 % des personnes interrogées suivent au moins une de ces personnes. 

«L’enquête a clairement montré que les jeunes adultes évoluent dans un écosystème d’information extrêmement complexe et varié où ils sont inévitablement exposés à de fausses nouvelles et à des informations antiscientifiques. Cela représente un défi de plus en plus grand pour les communicateurs et les éducateurs scientifiques», indique le rapport. 

Intéresser avant tout

Un professeur de sciences à la retraite et membre à temps partiel du département d’éducation de l’Université Laurentienne, Donald Leger, n’est pas surpris par les résultats de l’étude. 

Photo : Courtoisie

«L’étude montre que seulement 59 % des jeunes canadiens ont un esprit favorable envers les sciences. Mais cela ne veut pas dire qu’ils sont intéressés à le prendre [comme cours]. Il faudra le rendre plus intéressant, puisque c’est vraiment notre avenir», souligne-t-il. 

M. Leger a enseigné la chimie, la physique et la biologie pendant plus de 30 ans, principalement à l’École secondaire catholique Champlain, et enseigne des cours d’éducation scientifique à université depuis plus de 30 ans.

Il blâme ces statistiques sur le manque de responsabilité sur les médias sociaux, qui permettent de dire ce que l’on veut sans grande conséquence. «Tous les enfants sont branchés là-dedans. Tu peux publier ce que tu veux ces jours-ci avec un alias, avec aucune conséquence. Dans le bon vieux temps, si tu voulais t’exprimer, tu rédigeais une lettre pour publier dans un journal avec ton nom et ton adresse; tu ne pouvais pas t’en sortir, ta réputation comptait», dit-il. 

L’enseignant chevronné a remarqué une différence dans l’attitude de ses élèves envers les sciences depuis le début de sa carrière. «Dans le passé, un fait scientifique était garanti, c’était la vérité — ce n’était pas questionné. Aujourd’hui, on voit beaucoup moins de ça. La confiance n’est plus là et il faut la rebâtir en disant à nos jeunes que la science est vraiment la vérité [démontrée]», dit-il. 

Il entrevoit des façons de rendre les sciences plus intéressantes à l’école. «Au primaire, il faut que l’élève aime ça. Les enseignants doivent le présenter de façon plus accessible à la vie quotidienne. Au secondaire, les professeurs doivent mettre plus d’emphase sur les possibilités de carrière. Nous savons que plusieurs emplois qui impliquent la science paie très bien, alors il faut le faire un point important», explique-t-il. 

Le sondage indique aussi que parmi ceux qui suivent les sciences, donc 20 % de l’échantillon, 84 % d’entre eux s’estiment faibles en mathématiques. Pour M. Léger, la solution s’agit simplement de comprendre les capacités des enfants et de le rendre plus accessible. 

«Par exemple, le nouveau curriculum de l’Ontario est assez exigeant. C’est assez avancé pour ce que les jeunes font. Ils se découragent facilement puisque c’est trop difficile, alors cette statistique ne me surprend pas. Les mathématiques doivent être plus intéressantes pour toucher la vie quotidienne de nos jeunes», dit M. Leger. 

Il ajoute finalement que les parents qui sont préoccupés par les statistiques ont un rôle à jouer dans la prochaine élection provinciale. «Les parents peuvent voter pour un gouvernement qui favorise l’enseignement des mathématiques et des sciences. Ils doivent évaluer leurs plans», dit-il.