le Vendredi 27 mai 2022
le Jeudi 27 janvier 2022 21:20 Arts et culture

La Ruchée : Rassembler artistes et enseignants

Brent Wholberg au son, Dominique Demers à la caméra et les interprètes Elsa Simbagoye, Éric Lapalme, Page Chartrand et Maxime Cayouette. — Photo : Julie Courtemanche
Brent Wholberg au son, Dominique Demers à la caméra et les interprètes Elsa Simbagoye, Éric Lapalme, Page Chartrand et Maxime Cayouette.
Photo : Julie Courtemanche
Les arts jouent un rôle plus important que ce qu’on leur accorde dans la vie de tous les jours et dans l’éducation. Pourtant, les ressources pour les inclure à l’apprentissage scolaire manquent. La Ruchée a fait la recherche et s’apprête à offrir un éventail de solutions.

La Fédération culturelle canadienne-française (FCCF) travaille sur La Ruchée depuis près de deux ans, mais l’idée derrière celle-ci est beaucoup plus vieille. Elle est née du désir de rapprocher le milieu de l’éducation avec le milieu artistique afin d’encourager l’enseignement des arts dans les écoles en milieu minoritaire. 

«On sait que ce rapprochement-là est d’autant plus important et crucial en francophonie canadienne», avance la directrice générale de la FCCF, Marie-Christine Morin. 

En créant leur programme de microfinancement PassepART, la FCCF s’est aperçue que ce n’était pas les idées qui manquaient pour introduire plus d’arts dans les écoles; c’était les ressources. Pour cette raison, La Ruchée vise principalement le recrutement et la rétention des enseignants qui ont le désir d’intégrer les arts à l’enseignement.

«On a besoin de formation continue pour nos profs, on a besoin de nourrir nos profs pour que ces curriculums-là en arts puissent vivre», explique Mme Morin.

La première phase prendra fin en mars. La prochaine étape, «la grande idée derrière La Ruchée» dit Mme Morin, ce serait de rassembler toutes les idées, les outils et les services sous une même adresse pour qu’ils soient faciles d’accès. En fait, la FCCF veut créer un centre d’expertise et les démarches sont en cours pour tenter d’enclencher cette deuxième phase.

Cible constante

Si les ressources font défaut, c’est peut-être parce que l’enseignement des arts est toujours la première victime des coupes budgétaires en enseignement. Un constat que fait l’enseignante d’Azilda et collaboratrice à La Ruchée, Anne Quesnelle. «Les gens ne valorisent pas autant [les arts]. Les études sont là. Même la musique vient aider en mathématique», dit-elle. 

Les arts nous aident à passer à travers la pandémie, ajoute-t-elle.

«On voit dans l’enseignement des arts une façon extraordinaire d’accéder à sa culture et le milieu scolaire comprend cette réalité-là, avance Marie-Christine Morin. On a besoin comme société de valoriser les arts comme formation». En milieu minoritaire, ça fait aussi partie de la construction identitaire.

Puisque La Ruchée veut entre autres fournir des outils aux enseignants en poste, elle pourrait permettre de contourner ce problème de manque de ressources.

«En tant qu’enseignante, on se fait demander d’enseigner les compétences du 21e siècle, rappelle Anne Quesnelle. Pour moi, une de ces compétences, c’est la créativité», enseignée par les arts. Une créativité qui peut permettre de trouver des solutions novatrices aux problèmes de l’avenir.

Recrutement national

Avant de produire, l’équipe derrière La Ruchée a voulu réfléchir. Ils ont recruté des experts des milieux scolaire, universitaire et artistique partout au Canada. La réflexion était triple : comment recruter et conserver des enseignants, comment inclure les communautés artistiques dans l’enseignement et comment outiller les enseignants?

«On les a fait réfléchir pour qu’ils arrivent à une solution qu’ils pourraient expérimenter à petite échelle, sur le terrain, dit Marie-Christine Morin. Quand on met des gens qui sont experts dans leur domaine ensemble, souvent, ça donne quelque chose de merveilleux.»

L’enseignante en 5e-6e année à l’École élémentaire Sainte-Marie d’Azilda, Anne Quesnelle, est l’une de ces personnes-ressources qui a participé aux premières étapes. Elle a fait partie de l’équipe qui a développé les lignes guides de création des prototypes et qui a ensuite évalué les prototypes avant de passer à l’expérimentation.

Photo : Courtoisie

«On a vraiment poussé les équipes à réfléchir à la diversité et à l’inclusion. On se comprend mieux comme société en voyant différentes réalités et les arts te permettent de faire ça», souligne l’enseignante.

Mme Quesnelle vient d’une famille où les arts étaient très importants et toujours présents. Un mode de pensée qu’elle apporte dans sa vie et son école en s’engageant dans les activités parascolaires, comme en dirigeant la chorale des élèves.

Elle participera à la rédaction du rapport final «qui donnera des recommandations pour un futur centre d’expertise d’enseignement des arts».

Exemple sudburois

L’équipe menée par la femme de théâtre franco-ontarienne Hélène Dallaire avait pour mandat de développer un outil pour les étudiants des facultés d’éducation qui désirent enseigner à l’élémentaire et qui sont moins intéressés par les arts. «Comment est-ce qu’on peut bonifier l’offre qu’ils ont déjà», dit-elle.

Avec les membres de son équipe, qui comptait la consultante en éducation artistique Julie Courtemanche, la consultante Patricia Bouchard de la Colombie-Britannique et l’artiste d’Edmundston au Nouveau-Brunswick Sébastien Bérubé, ils ont développé la méthode Croyance, Confiance, Processus et Performance, ou CCPP.

Ils ont d’abord analysé les raisons pour lesquelles un enseignant serait plus hésitant à enseigner les arts pour ensuite trouver des façons de les déjouer. «On a travaillé avec quelqu’un en neuroscience pour trouver comment changer leurs croyances, pour ne pas qu’ils aient l’impression d’être des imposteurs. Ensuite, on a travaillé sur la confiance créative et on a utilisé le design thinking», explique Hélène Dallaire.

Photo : Archives

La méthode de création est ensuite abordée «un peu comme une recette de cuisine». Pour la performance, ils partagent les outils des acteurs.

Des consultations avec des étudiants d’un peu partout a confirmé que la méthode semblait prometteuse.

Finalement, ils ont décidé que l’information serait transmise par des ateliers appuyés d’une vidéo. Le Sudburois Alex Tétrault a transformé les données et la méthode en dialogue entre cinq personnages pour une vidéo. La vidéo a été tournée pendant la semaine du 17 janvier et a été réalisée par Sophie Houle-Drapeau. Elle met en scène plusieurs jeunes comédiens bien connus de la francophonie sudburoise.

Il ne reste qu’à tester la formation appuyée par la vidéo.

Les autres équipes ont exploré d’autres outils. L’une d’entre elles a cherché des solutions pour que les artistes puissent plus facilement appuyer les enseignants. Un autre appuie plutôt les artistes en leur donnant des façons de bien faire comprendre comment leur expérience et leurs connaissances peuvent appuyer une partie du curriculum scolaire.

Les enseignants en immersion ont aussi été considérés dans les démarches de La Ruchée.

Photo : Courtoisie Julie Courtemanche