le Jeudi 26 mai 2022
le Mercredi 2 février 2022 6:52 Éditorial

Un truck de mar…

  Photo : Inès Lombardo - Francopresse
Photo : Inès Lombardo - Francopresse

On vous laisse terminer la phrase, mais oui, voilà un titre assez vulgaire. Mais la plupart d’entre nous avons déjà entendu, et peut-être même dit, bien pire. En tous cas, ce n’est certainement pas pire que ce que nous avons vu de la part du convoi de camionneurs à Ottawa en fin de semaine. 

Ce convoi, qui a paralysé le centre-ville de la capitale nationale, représente une déchéance du discours politique canadien, une déchéance inimaginable il y a quelques années. Au Canada on a évidemment le droit de manifester contre des décisions ou politiques gouvernementales qui nous déplaisent, mais pas n’importe comment.

Premièrement, soyons clairs. Loin de nous l’idée de nous en prendre aux camionneurs. La grande majorité d’entre eux fait un travail difficile, jour après jour, pour maintenir notre chaine d’approvisionnement. Sans eux, notre économie s’effondre. Depuis le début de la pandémie, les camionneurs démontrent d’ailleurs un grand courage, une résilience à toute épreuve et un souci du bien commun exemplaire. Nous les remercions et sommes prêts à appuyer plusieurs de leurs revendications pour améliorer leurs conditions de travail. 

Mais tout ça n’a rien à voir avec ce qui s’est passé depuis une semaine. D’ailleurs, ce qui est le plus triste dans le Flu Trux Klan (un nom utilisé sur certaines plateformes en ligne), c’est l’image des camionneurs que ces manifestants ont ternie. 

Au départ, les camionneurs voulaient manifester contre l’obligation vaccinale pour pouvoir traverser la frontière Canada-États-Unis. Mais leur manifestation à Ottawa n’a aucun sens. D’une part, près de 90 % des camionneurs canadiens sont vaccinés et peuvent faire l’aller-retour Canada-É.-U. sans problème. La plupart l’ont d’ailleurs fait pendant toute la fin de semaine. D’autre part, même si les gouvernements canadiens éliminaient la contrainte vaccinale, les non-vaccinés ne pourraient toujours pas aller aux États-Unis puisque ce pays exige aussi le vaccin à sa frontière. 

Cela étant dit, il est rapidement devenu clair que cette manifestation n’avait plus grand-chose à voir avec les camionneurs. Le convoi a été organisé et dirigé par des agitateurs politiques, des antivaccins, des extrémistes de droite, des partisans nazis, des séparatistes. En fait, des antisociaux avec une crotte sur le cœur.

En fin de semaine, on a d’ailleurs été témoins de plusieurs actions répréhensibles à Ottawa. Certains manifestants ont attaqué des journalistes, ont paradé en arborant le svastika nazi, ont dansé ou uriné sur le Monument au soldat inconnu, ont dégradé la statue du héros canadien Terry Fox, ont envahi, en masse et sans masque, le Centre commercial Rideau, forçant ainsi sa fermeture, ont forcé l’entrée d’un refuge / soupe populaire pour sans-abris Shepherd of Good Hope en exigeant d’être nourris. C’est sans compter les klaxons 24 h/24, la musique à fond la caisse, les feux d’artifice illégaux ainsi que les pancartes et autres messages pas mal plus vulgaires que notre titre.

Les autorités policières ont d’ailleurs porté des accusations et enquêtent sur d’autres cas de vandalisme et de voies de fait. 

Dimanche soir, certaines personnes affichaient des messages sur les réseaux sociaux affirmant que cette manifestation avait été pacifique. Ces gens n’ont évidemment pas la même définition de pacifique que nous et continuent à croire que les médias cherchent par tous les moyens à faire mauvaise presse aux manifestants. Le problème, c’est que ce ne sont pas les médias qui inventent des chiffres et commérages.