le Mardi 29 novembre 2022
le Mercredi 2 février 2022 21:49 Économie et finances

«Une empreinte économique démesurée à l’extérieur de Sault-Ste-Marie»

Il y a deux réalités économiques dans la francophonie de la région d’Algoma : celle de Sault-Ste-Marie et celle à l’extérieur de l’agglomération principale de la région. Dans la ville, le poids économique des francophones s’approche de leur poids démographique. En dehors de la ville, 14,1 % des emplois sont occupés par des francophones, alors que leur part de la population est de 11,7 %.

Dans son étude réalisée pour l’Institut des politiques du Nord (IPN), Raven Wheesk note dès le départ que les recensements de 2006 et 2016 indiquent clairement que la population francophone d’Algoma est en déclin. Un déclin plus rapide que celui qui existe déjà dans la population générale.

«Si l’empreinte économique des francophones est encore importante aujourd’hui, elle continuera de s’estomper si les faibles taux de natalité et les tendances à l’exode des jeunes persistent», écrit-il.

Il voit par contre une lueur d’espoir dans l’intérêt grandissant pour le bilinguisme et l’éducation en immersion française. Selon le recensement de 2016, 14,6 % de la population d’Algoma âgée de moins de 25 ans se dit bilingue, contre 4 % qui se qualifient francophones. Encourager cette tendance pourrait rendre la région de plus en plus attirante pour les immigrants francophones. 

SSM et les autres

L’étude de M. Wheesk fait une constante distinction entre les francophones de Sault-Ste-Marie et ceux du reste de la région d’Algoma, car les proportions sont différentes. Sault-Ste-Marie en compte 3015, pour 4,2 % de leur population. Hors de la ville, les francophones sont concentrés à Elliot Lake (1820), Blind River (670), Wawa (615), Dubreuilville (485) et Hornepayne (110) pour un poids démographique de 11,7 %.

Une population en déclin démographique est aussi une population plus âgée. Dans tout le district, la population comporte 22,6 % de gens âgés de 65 ans et plus. Chez les francophones, 31,2 % ont plus de 65 ans.

Domaines d’emploi et revenus

Les données sur les revenus sont marquantes parce qu’elles dépassent le poids démographique des francophones. 

Alors qu’Algoma compte 6,9 % de francophones, ils rapportent 7,4 % des revenus totaux dans le district. La différence est encore plus importante en excluant Sault-Ste-Marie : les 11,7 % de francophones gagnent 15,1 % des revenus.

«Cela montre que les francophones ont une empreinte économique démesurée […], ce qui est compréhensible étant donné la plus grande proportion de la population dans les petites collectivités du district d’Algoma. Dans les communautés situées à l’extérieur de Sault-Ste-Marie, le revenu moyen des francophones est supérieur de 1792 $ à celui de la population totale», lit-on.

Ce seraient les domaines d’emplois qui expliqueraient cet écart. À l’extérieur de Sault-Ste-Marie, les employés francophones sont plus nombreux dans les domaines des ressources naturelles (mines, carrières et gaz à 28,1 %), commerce de gros (20,3 %) et en enseignement (18,6 %). Ils sont suivis par les finances et l’assurance (14,5 %) et l’agriculture, les pêches et la foresterie (13,8 %). 

Dubreuilville, avec ses 85,8 % de francophones et son boum miniers qui offre des emplois bien payés, contribue à la performance économique positive des francophones d’Algoma.

La capacité de parler français semble être un avantage à Sault-Ste-Marie, car le taux de chômage des francophones y est plus bas : 7 % contre 10,3 % pour la population totale.

Raven Wheesk est natif de Thunder Bay et détenteur d’une maitrise en économie de l’Université Lakehead.