le Jeudi 1 Décembre 2022
le Jeudi 10 février 2022 16:26 | mis à jour le 10 février 2022 16:47 Éducation

Un an de restructuration : Vaincre les mauvaises émotions

Selon Tom Fenske, se concentrer sur le bienêtre des étudiants permet aux employés de donner un sens à leur travail. «C’est la chose que l’on peut encore contrôler.»  — Photo : Archives
Selon Tom Fenske, se concentrer sur le bienêtre des étudiants permet aux employés de donner un sens à leur travail. «C’est la chose que l’on peut encore contrôler.» 
Photo : Archives
Sudbury — La «voie difficile et nécessaire du changement transformationnel», comme l’écrit le recteur de l’Université Laurentienne, Robert Haché, n’est pas vécue de la même façon par tout le monde. Les étudiants ont leur difficulté, mais les professeurs et employés doivent «se lever et aller travailler à la place la plus détestée en ce moment à Sudbury», illustre l’un d’entre eux. Une situation difficile pour le moral.

Colère, tristesse, peur et nervosité sont les émotions qui règnent à l’université selon ceux qui nous ont parlé. 

On peut y ajouter résilience, parce que malgré les obstacles, ils déploient les efforts nécessaires pour le bienêtre des étudiants. «Dans [ma] faculté, il y a une grande colère contre l’administration et une grande tristesse. Mais, en même temps, il y a une grande énergie du corps professoral restant pour reconstruire», raconte le directeur de l’École des arts libéraux et professeur au doctorat, Simon Laflamme. Pour lui, la quantité a diminué, mais pas la qualité des professeurs. 

Malgré nos efforts, seul le président du Syndicat des employés de l’Université Laurentienne (SEUL), Tom Fenske, a accepté de nous parler. «Ils sont extrêmement nerveux.» La confiance envers l’administration est au plus bas «parce que nous n’avons pas encore pu la reconstruire».

Selon M. Fenske, se concentrer sur le bienêtre des étudiants permet aux employés de donner un sens à leur travail. «C’est la chose que l’on peut encore contrôler.» 

Un professeur qui préfère garder l’anonymat donne quelques exemples de ce manque de contrôle. Comme des réunions avec la direction où l’outil de clavardage est fermé. «Ça veut dire “on ne veut pas vous entendre”.»

Vouloir travailler

Le SEUL a perdu 41 membres, dont 27 étaient permanents, affirme Tom Fenske. Pourtant, l’Université a depuis rappelé des employés licenciés le 12 avril 2021. «Sur les 27, je crois qu’il reste 9 ou 10 personnes sur la liste de rappel. Certains ont décidé de passer à autre chose, mais d’autres ont été rappelés à l’Université», dévoile M. Fenske.

Sans compter que le site web de la Laurentienne affichait neuf emplois sous sa rubrique «Postes administratifs vacants» le 3 février. «Mais à l’interne, il y en a encore plus», dit Tom Fenske. Certains postes étaient affichés avant la [Loi sur les arrangements des créanciers des compagnies (LACC)], mais d’autres sont libres parce que la personne a décidé de quitter», explique-t-il.

Malgré cela, des départements restent sans personnel administratif pour appuyer les professeurs. Ceux-ci ont déjà une charge d’enseignement accru. 

Les professeurs francophones étaient plus sollicités pour participer à divers comités. Maintenant qu’il sont moins nombreux, c’est encore pire nous dévoile l’un d’entre eux.

S’ajoutent au manque de ressources des obstacles constants pour l’achat de matériel et de dépenses. Simon Laflamme confirme qu’il faut constamment demander la permission pour les dépenses dépassant 500 $. «C’est ennuyeux, mais ça finit par marcher.» L’allocation professionnelle des professeurs est aussi revenue. Ils ont seulement perdu ce qu’ils avaient accumulé. 

Rendre des comptes

Presque tous les employés à qui j’ai parlé veulent que la vérificatrice générale et le comité des comptes publics reçoivent tout ce qu’ils veulent avoir. Au fond d’eux-mêmes, ils savent ce qui s’est passé ici, mais comment est-ce que tu le prouves?

— Tom Fenske

Il a l’impression que les langues se délieront une fois qu’un rapport sera publié. «Pour l’instant, ce sont plus de ouiedire. Ça validera les choses que nous croyons qui se sont passées.»

«En ce moment, nous avançons avec le contrôleur et des avocats. Des gens qui n’ont pas d’intérêt à long terme dans l’établissement. Quand la LACC sera terminée, les gens qui ont des intérêts à long terme dans l’établissement prendront les bonnes décisions pour notre avenir», dit le président du syndicat.

Le professeur à qui nous avons parlé se désole que des cours et des programmes aient été coupés sans grand discernement apparent. Plusieurs cours disparus avec leur programme, comme des cours de philosophie, étaient bien remplis, contrairement à ce que tente de faire croire l’administration, dit-il.

Il regrette que les démarches entreprises par de nombreux départements pour repenser des programmes et faire des économies avant la LACC n’aient pas été prises en considération. «On aurait pu avoir une meilleure économie des programmes. On aurait pu les conserver pour que ça reflète les besoins.»

La diminution de 43 % des demandes d’admission des jeunes du secondaire ne le surprend pas. Les problèmes de recrutement existent depuis de nombreuses années à la Laurentienne.

«Au recrutement, les gens ne sont pas bien formés. C’est souvent des postes dans lesquels les gens ne restent pas longtemps. J’ai déjà demandé à quelqu’un de Liaison comment ils choisissaient de quels programmes ils parlent lorsqu’ils font des tournées. La réponse c’était qu’ils parlent de ce qu’ils connaissent déjà, [les programmes] où eux ou leurs amis ont étudié. Ce n’est pas une stratégie ça.»