le Lundi 15 août 2022
le Jeudi 17 février 2022 22:49 Tapage

Mine : c’est un nom féminin

Kimberly Dwyer et son père, Kevin Dwyer. Comme il a été mineur pendant 33 ans, c’est lui qui a inspiré sa fille à rejoindre le secteur minier. — Photo : Kimberly Dwyer
Kimberly Dwyer et son père, Kevin Dwyer. Comme il a été mineur pendant 33 ans, c’est lui qui a inspiré sa fille à rejoindre le secteur minier.
Photo : Kimberly Dwyer
Sudbury — J’habite à Sudbury depuis plusieurs années. Cependant, ce n’est qu’au moment où je suis devenue sarrau bleu à Terre dynamique et que j’ai eu à me familiariser avec l’évolution de la mine que j’ai vraiment apprécié la richesse de l’histoire qui s’y retrouve. Depuis la fin du XIXe siècle, le secteur minier représente l’industrie principale de Sudbury. Au cours des décennies, il a subi d’énormes changements. Cela dit, le changement le plus marquant est au niveau de l’évolution de la main-d’œuvre, plus particulièrement le rôle des femmes au sein de cette industrie.

Cathy Mulroy a commencé sa carrière dans l’anode de la raffinerie de cuivre.

Photo: Westmount

1883-1939

Pendant longtemps, il était interdit d’embaucher des femmes dans le secteur minier. En effet, il y avait une superstition qui laissait croire que les femmes portaient malheur. Selon les légendes provenant des mines, des accidents mortels étaient un résultat d’une visite sous terre par une femme. Ainsi, selon les musées du patrimoine du Grand Sudbury, lorsque la première femme est entrée dans une mine à Sudbury, la production dans la mine en question, la mine Frood, a été stoppée pendant quelques mois puisque les hommes refusaient d’y retourner. La femme en question était la reine Elizabeth, qui visita Sudbury en 1939 lors de sa visite royale au Canada.

Deuxième Guerre mondiale

Au cours de la Deuxième Guerre mondiale, plusieurs femmes étaient employées par les entreprises minières de Sudbury afin de répondre à la pénurie de la main-d’œuvre. Effectivement, c’est dans les éditions de temps de guerre de l’Inco Triangle — publication interne de l’entreprise — que l’on remarque la présence féminine au travail, y compris des règlements particuliers, comme ceux par rapport à la coiffure et aux vêtements. Au retour des hommes, les femmes étaient licenciées et ont perdu encore une fois leur droit de travailler dans les mines, le travail leur étant proclamé «trop dangereux».

Années 1970

En 1974, la compagnie International Nickel annonça qu’elle allait commencer à embaucher des femmes pour occuper des emplois industriels. Puis, dans l’édition d’aout 1947 du Inco Triangle, on voit l’annonce suivante : «La prochaine fois que vous pensez donner à un de vos copains de casque une gifle amicale au dos, regardez deux fois. Ce copain avec le dos tourné pourrait justement être un du nouveau groupe arrivant pour le travail aux opérations Inco» (traduction libre).

«Aussitôt que Trudeau, c’était Pierre, avait dit aux nouvelles qu’Inco allait embaucher des femmes, je croyais qu’il s’adressait directement à moi. Donc, je suis allée postuler et j’étais deuxième dans la file», raconte Cathy Mulroy, une des premières femmes qui a travaillé dans la raffinerie de cuivre depuis la Deuxième Guerre mondiale. Mulroy est également l’auteure d’une autobiographie qui détaille ses expériences dans le secteur minier intitulé My View from the Blackened Rocks.

Les femmes qui travaillaient dans des quarts d’heure composés majoritairement d’employés masculins affrontaient, sans doute, une gamme de défis.

Cathy Mulroy explique que l’un des changements les plus importants qu’elle a notés au cours de sa carrière a été l’arrivée des salles de toilettes pour les femmes. «Ça a toujours été un obstacle. S’il n’y avait pas de cabinet quelque part, tu ne pouvais pas être transférée à ce département, même si l’argent était meilleur. Ils pouvaient te contrôler, dit-elle. Si tu cherches à t’épanouir, ce ne devrait pas être à cause de salles de toilettes».

Aujourd’hui

Le recensement de 2016 démontre que les femmes représentent 14 % de la main-d’œuvre de l’industrie minière au Canada. Une augmentation de 4 % depuis 2011.

La superviseure de production, Kimberly Dwyer, a été acceptée au programme de mine en roche dure à l’âge de 18 ans puis elle a été embauchée comme mineure en 2003, alors qu’elle avait 25 ans.

Elle explique ce phénomène : «Il y a une énorme transition avec le secteur minier et l’ergonomie qui changent et ça ouvre les portes à tous pour devenir mineur».

Assurément, les entreprises cherchent à encourager la participation des jeunes femmes dans les domaines de la science, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques puis tentent de réduire les écarts de ces industries. Ces efforts sont principalement marqués par des séances informatives qui cherchent à sensibiliser les gens par rapport à la diversité des emplois disponibles au sein du secteur minier.

En effet, il y a de plus en plus de diversité dans cette industrie. «Pour moi, il n’y a aucune importance que je suis une femme, mais que je suis un individu et que j’ai quelque chose à contribuer au secteur minier, peu importe mon sexe, orientation sexuelle, ethnicité, religion», affirme Mme Dwyer.

Il reste toujours plus à découvrir de notre industrie minière, mais encore plus au niveau de comment les femmes continuent d’y jouer un rôle intégral.