le Lundi 16 mai 2022
le Jeudi 17 février 2022 10:30 | mis à jour le 17 février 2022 11:16 Courrier des lecteurs

Temps de passer au plan B

Les camions au centre-ville d'Ottawa sont tapissés de message. — Photo : Priscilla Pilon
Les camions au centre-ville d'Ottawa sont tapissés de message.
Photo : Priscilla Pilon
Courrier — La manifestation à Ottawa vue de l'intérieur.

Droit de parole

Julien Cayouette

Un sondage Léger révélait récemment que 32 % des Canadiens étaient en faveur des demandes des manifestants à Ottawa et à la frontière. Ce n’est pas une portion négligeable de la population. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous faisons une place à un point de vue différent. 

L’autre, c’est parce que Le Voyageur accorde beaucoup d’importance à la liberté d’expression et aux débats, tant qu’ils se pratiquent dans le respect. Il est important d’écouter ce que les autres ont à dire. Comprendre un point de vue et partager une opinion sont deux choses différentes. Il est possible de comprendre sans être d’accord.

Le but d’un média est de comprendre et partager. Au-delà du désaccord du Voyageur avec les demandes des manifestants et leur façon de procéder, nous sommes curieux de savoir ce qui les motive, les raisons pour lesquelles ils se sentent plus désemparés qu’une autre partie de la population, ou pourquoi ils ont davantage besoin de l’exprimer.

Nos éditoriaux représentent notre point de vue. Si vous êtes en désaccord, vous avez toujours la possibilité d’y répondre.

Après avoir lu l’éditorial de Réjean Grenier de la semaine dernière (Perturbateurs et conservateurs), je me suis dit que ce serait bien si quelqu’un prenait la parole pour explorer le revers de la médaille. Je venais de témoigner de mes propres yeux le rassemblement au centre-ville d’Ottawa, alors je me suis dit : «pourquoi pas moi!»

Premièrement, depuis plus de deux semaines, on dit beaucoup de choses au sujet du convoi, de la manifestation à Ottawa et des vagues que ces évènements ont causées à travers le pays et même le monde. On entend plusieurs choses sur le sujet, des choses parfois même surprenantes. Est-ce que ce sont toutes des vérités? Qui croire? Mes deux visites au centre-ville d’Ottawa m’ont permis d’éclairer le sujet. 

J’ai vu un nombre incroyable de Canadiens s’unir pour une cause qui leur est chère : la liberté. Un homme m’a demandé : «Quelle est la dernière fois qu’on s’est sentis ainsi?» Un autre s’est écrié : «Merci Trudeau! Nous sommes tous unis à cause de toi!» Des étrangers libérés de leur masque en ont profité pour se faire des high five et même des câlins. Une mère était là avec son jeune garçon et elle m’a dit que c’était la meilleure journée qu’il avait eue en deux ans. J’ai vu des parebrises couverts de notes d’encouragement et de dessins pour remercier ces gens qui luttent pour nos droits. 

Les participants ont nourri les sans-abris, ont acheté des pelles et du sel en vrac pour bien s’occuper des rues. Aucun déchet ne jonche le sol. La statue de Terry Fox et la tombe du Soldat inconnu sont recouvertes de fleurs. Plusieurs manifestants sont venus de loin afin de remercier les camionneurs. C’est avec la larme à l’œil que de parfaits étrangers ont serré dans leurs bras les vétérans qui se sont rassemblés autour du Monument commémoratif de guerre à la Place de la Confédération. 

J’ai observé beaucoup de respect, d’entraide et de camaraderie. La paix et l’amour flottaient dans l’air malgré les moins 20 degrés Celsius. L’ambiance était même festive et quel sentiment d’être là après tant de mois d’isolation avec ce lourd sentiment d’impuissance. Pour vous le décrire en toute franchise, c’était comme un rassemblement de famille à Noël — avant toute cette division des dernières années. 

Plusieurs sont d’avis que le problème n’est plus simplement une question de santé publique : c’est une emprise de pouvoir extrêmement dangereuse. De mon vécu, je n’ai jamais connu une époque où autant de droits nous ont été enlevés.

Certains ont peut-être des réservations quant à la manifestation par peur d’appuyer un mouvement qui a été présenté comme raciste. Déboulonnons donc ce mythe : ce n’est pas une coïncidence qu’après trois semaines de manifestations avec des milliers de participants que certains médias ont trouvé qu’un seul drapeau au symbole extrémiste. Les rares fois où des personnes se sont présentées pour semer le trouble, elles se sont fait demander de quitter les lieux par les manifestants eux-mêmes. De plus, les meneurs du groupe viennent de milieux variés. Parmi les trois meneurs principaux qui ont donné la première conférence de presse, on retrouve Tamara Lich, une métisse, et BJ Bichter, un juif. N’est-ce pas là une belle diversité culturelle qui reflète une partie de notre pays? Cette diversité est amplifiée lorsqu’on se penche du côté des participants dans la foule.

Certains médias pointent du doigt des propos extrêmes qu’ils ont entendus. Je n’appuie pas les propos ni les actes de violence. Avec autant de personnes, il est probable que certaines paroles maladroites se fassent entendre, mais ce n’est pas une raison de rayer la cause. Des milliers de personnes sont derrière ce mouvement : des parents qui se soucient de l’éducation de leurs enfants, ces enfants à qui l’on a dit qu’ils ne pouvaient plus voir leurs amis où caresser leurs grands-parents, des grands-parents qui ont souffert dans la solitude. Unis, ils bravent le froid en luttant pour ravoir leur liberté. 

Il y a plus que des camions au centre-ville d’Ottawa.

Photo : Priscilla Pilon

Ces gens ne sont généralement pas des «antivaxx», ce sont plutôt des personnes qui sont contre les mandats. Ils croient qu’ils devraient être en mesure de prendre leurs propres décisions quant à leur santé personnelle et ils ont le droit de le faire. Comme on l’a vu, une solution universelle pour tous ne fonctionne pas.

Je peux cependant comprendre la frustration des résidents du centre-ville d’Ottawa face à la manifestation, mais notre premier ministre ne devrait-il pas être équipé pour résoudre le problème pacifiquement et rapidement ? Est-ce que ses actions des dernières semaines témoignent d’un véritable leadeur? La personne qui est à la tête de notre pays devrait avoir la compétence de réunir la nation plutôt que de la diviser. 

Nous voulons tous le retour à la normale. Nous avons besoin d’un nouveau plan puisque le premier a échoué misérablement en laissant tomber tellement de personnes. Il est temps de rapiécer ce pays et d’enterrer l’énorme tranchée qui s’est creusée au cours des dernières années. Monsieur le premier ministre, quel est votre plan B?

Je tiens à souligner que ce texte présente mes constats et ne reflète pas nécessairement les opinions du Voyageur, ni de mon employeur ou d’autres organismes auxquels je pourrais être affiliée. Je remercie aussi Le Voyageur qui apporte de l’importance à la liberté d’expression et aux débats sains.

Priscilla Pilon
Sudbury