le Samedi 26 novembre 2022
le Dimanche 6 mars 2022 10:14 | mis à jour le 6 mars 2022 10:15 Société

Être francophone et noir, problématique?

Les panélistes qui ont participé à la conférence en français organisée par Black Lives Matter Sudbury dans le cadre de son deuxième caucus intersectionnel annuel. — Photo : Capture d’écran
Les panélistes qui ont participé à la conférence en français organisée par Black Lives Matter Sudbury dans le cadre de son deuxième caucus intersectionnel annuel.
Photo : Capture d’écran
Sudbury — Des Francophones noirs rencontrent encore, dans certains milieux du Canada, des obstacles et défis associés à l’appartenance à une minorité d’un groupe marginalisé. Black Lives Matters Sudbury a offert un espace d’échanges à quelques immigrants pour en discuter. Il en ressort qu’il y a un manque de connexion entre les gens qui arrivent et la communauté d’accueil. Un travail d’éducation doit être fait à ce niveau.

Les panélistes qui ont participé à la conférence en français dans le cadre du deuxième caucus intersectionnel annuel du 26 au 27 février viennent de différents pays d’Afrique et de Haïti. Ils sont installés au Canada depuis quelques années. Certains d’entre eux ont décrit la discrimination et le racisme liés à leur ethnicité et leur origine qu’ils ont subis durant leurs premières années d’installation, en cherchant notamment du travail.

Pour ceux qui ont été accueillis dans le Nord-Est de l’Ontario, ils se sont heurtés au fait, qu’historiquement, cette région n’a pas une forte présence de population noire francophone, ni d’Africains. Ils ont ainsi eu besoin de temps pour l’intégration, pour entrer dans le système et apprendre à connaitre le milieu. 

Ceux qui viennent pour étudier ont un défi de socialisation. Ils choisissent une université francophone, mais vivent dans une ville qui est majoritairement anglophone. Mais aussi un défi culturel. Dans certaines villes, pour être accepté, un immigrant doit vénérer la culture locale.

Crise identitaire

Des enfants qui naissent des immigrants sont victimes d’une crise identitaire. Ils ne savent pas s’ils sont Canadiens ou du pays d’origine des parents. Un panéliste propose qu’on fasse d’abord un diagnostic pour y trouver une solution.

Pour que cela change, dit-il, il faut comprendre ce qui s’est passé avant pour mieux comprendre ce qui se passe actuellement. «Quand on arrive au Canada avec un projet d’y rester, conseille le Dr Amadou Ba, il ne faut pas toujours s’identifier comme quelqu’un de son pays d’origine. Nous ne sommes pas un cas particulier, le Canada est un pays de multiculturalisme, de diversité. Le plus qu’on reste dans un pays, il faut un travail interne psychologique, se considérer Canadien d’abord. Ne pas laisser à l’autre de désigner qui nous sommes», insiste-t-il. 

Pour le Dr Ba, ce n’est pas la couleur de la peau qui doit déterminer si on est Canadien ou pas, ce n’est pas non plus le patronyme, c’est «simplement notre vie nouvelle, notre engagement». 

Manque de connexion

Ce professeur d’histoire qui demeure dans le Nipissing depuis plusieurs années dit qu’un travail fort d’éducation doit être fait pour faciliter l’intégration des immigrants francophones noirs. Il a néanmoins déploré que le travail d’éducation qui est fait soit davantage destiné à la communauté d’immigrants qui arrivent. 

Il fait remarquer qu’il y a moins de travail qui touche la communauté d’accueil. Et, pour lui, ça ne peut pas fonctionner. «Ce sont les nouveaux arrivants à qui il faut apprendre à connaitre le Canada. On ne fait pas le même travail à la communauté d’accueil pour qu’elle comprenne les gens qui arrivent, ce qu’ils sont, leur culture, ce qu’ils apportent, pourquoi ils sont là, en quoi travailler avec eux va redynamiser le développement du pays et renforcer notre économie. Il faut travailler sur ce manque de connexion entre les gens qui arrivent et la communauté accueillante», rappelle Amadou Ba.

Ne manquez rien de ce que nous publions sur le site.

Le Voyageur offre une vue d’ensemble de la francophonie et de la vie dans le Nord-Est de l’Ontario.

Conseils aux futurs arrivants

À ceux qui planifient venir au Canada, on leur conseille de s’informer véritablement avant de quitter leurs pays d’origine. Il faut qu’ils sachent ce qu’est de vivre au Canada, les difficultés auxquelles sont confrontés les immigrants. Il leur a été rappelé que l’immigration n’est pas un problème, mais plutôt une solution. 

Il y a en effet des programmes de gens qui vont chercher des immigrants dans leurs pays pour pouvoir redynamiser le marché d’emploi. Venir au Canada exigera parfois de la patience, le retour aux études pour l’intégration dans le système. Les futurs arrivants doivent bien s’y préparer pour qu’ils puissent apporter le maximum d’eux-mêmes pour contribuer au développement économique du pays d’accueil et de s’y intégrer à long terme.