le Jeudi 1 Décembre 2022
le Lundi 7 mars 2022 22:10 | mis à jour le 8 mars 2022 21:20 Société

La justice de la langue

Renée Fuchs — Photo : Courtoisie YWCA
Renée Fuchs
Photo : Courtoisie YWCA
Sudbury — Après avoir fait sa maitrise en philosophie en anglais à Montréal, Renée Fuchs s’est rendu compte qu’elle devait retourner étudier en français. «C’était important pour moi de faire mes études de droit en français, parce qu’à Montréal tout était en anglais. J’étudiais en anglais, mes amis étaient anglophones, je me rendais compte que j’étais en train de perdre mon français.»

L’ancienne de l’École secondaire Macdonald-Cartier avait d’abord fait des études en philosophie à l’Université Laurentienne, puis une maitrise à l’université Concordia à Montréal. Après avoir contemplé l’idée d’un doctorat en philosophie, elle décide de bifurquer vers le droit à l’Université d’Ottawa. 

Fraichement diplômée et ayant son permis d’exercice du Barreau de l’Ontario en poche, elle accepte un poste à Aide juridique Ontario à Sudbury, un poste qu’elle occupe toujours d’ailleurs. «C’était important pour moi de revenir dans la région. Je voulais redonner à ma communauté.» 

Langue et justice

Avocate de la défense en droits criminels et en droit de la famille, Me Fuchs défend non seulement sa clientèle, mais elle demeure très sensible aux droits des francophones en milieu minoritaire.

Elle se rappelle avoir été frappée par le cas d’agression sexuelle à Sault-Sainte-Marie où l’Arrêt Jordan a mis fin aux procédures judiciaires parce que le procès trainait en longueur. L’une des raisons de ces délais : le manque d’interprète francophone. «Il n’y a pas eu de justice à cause d’un problème d’accès à la justice en français», se désole-t-elle.

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Le manque d’interprète francophone n’est pas le seul problème d’accès à la justice en français. Parfois, ce sont les juges qui sont unilingues anglophones, même s’ils occupent des postes désignés bilingues. «Ce n’est pas parce que la personne à l’accueil parle français que tu vas avoir accès à la justice en français», rappelle Me Fuchs. 

Selon elle, il reste beaucoup de travail à faire pour que les francophones aient accès à des services dans leur langue, mais surtout, que ces services soient équivalents à ceux que reçoivent les anglophones.

Mme Fuchs salue tout de même certaines initiatives, dont le programme de formation linguistique offert par l’Institut national de développement professionnel en langue française (IDPLF). Il s’agit d’un programme intensif de 5 jours qui s’adresse «aux professionnels de la justice impliqués dans la mise en œuvre des droits linguistiques des accusés», lit-on sur le site web.

Me Fuchs a participé à ce programme à quelques reprises. «Tout se passe en français et cela permet de se familiariser avec la terminologie française et de pratiquer à exercer nos fonctions en français. Même si on est bilingue, lorsqu’on travaille principalement en anglais, on perd la confiance en nos capacités de s’exprimer en français.»

Garder le contact

Hors des cours de justice, Me Fuchs s’engage dans sa communauté afin de garder une connexion avec la francophonie, puisqu’elle travaille principalement en anglais. Elle a siégé à divers conseils d’administration, dont celui du Centre Victoria pour femmes. Elle est maintenant vice-présidente du conseil d’administration de l’Association canadienne pour la santé mentale de Sudbury/Manitoulin. Ce bénévolat lui a permis d’acquérir des connaissances en gouvernance, mais aussi de s’impliquer dans sa communauté. Elle enseigne aussi au Collège Boréal et à l’Université Laurentienne. 

Lorsqu’on lui demande ce qui a été l’un de ses plus grands défis de sa carrière ou l’une de ses plus grandes réalisations, elle répond que c’est d’avoir étudié en français, à l’Université d’Ottawa, après des années d’études postsecondaires en anglais. «Ça n’a pas été facile. Je me suis fait dire que la qualité de mon français laissait à désirer. Mais j’ai travaillé fort et je suis contente de l’avoir fait. J’en suis très fière.»

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