le Mardi 29 novembre 2022
le Lundi 4 avril 2022 16:43 | mis à jour le 4 avril 2022 16:44 Arts et culture

Aéroportée : Quand rien ne se passe comme prévu

Manon St-Jules donne des instructions à Miriam Cusson pendant les répétitions d’Aéroportée. — Photo : Marie-Pierre Proulx
Manon St-Jules donne des instructions à Miriam Cusson pendant les répétitions d’Aéroportée.
Photo : Marie-Pierre Proulx
Sudbury — Aéroportée sera la première mise en scène professionnelle de Manon St-Jules. La femme de théâtre originaire de Sudbury ne pouvait passer à côté de l’occasion de travailler avec son amie Miriam Cusson et avec le Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO). La pandémie a largement complexifié la production et fait vivre plusieurs émotions à l’équipe. La pièce sera finalement présentée du 7 au 9 avril.

Miriam Cusson

Photo : Loïc Gauthier Le Coz

Mme St-Jules a aimé l’expérience, surtout le rôle plus actif qu’elle avait dans la prise de décision pour donner forme au texte. «C’est l’fun de voir les premières impulsions que j’ai eues s’incarner avec l’aide d’autres personnes.»

Le texte original a été écrit en anglais par Matthew Heiti puis adapté en français par Miriam Cusson. M. Heiti a été inspiré par l’histoire d’Amelia Earhart, une pilote d’avion «disparue de la surface de la Terre» lors d’un vol au-dessus de l’océan pacifique en 1937. Ce seul nom a attiré Miriam Cusson, puisque cette héroïne et féministe des débuts de l’aviation l’intrigue depuis son enfance.

Le texte joue avec le temps et avec ce que l’on croit laisser comme trace après notre disparition. «C’est Amelia Earhart qui revisite son parcours, encore et encore, à quelques secondes de son échec. Elle rejoue continuellement ce qui l’a amené à être là où elle est», décrit la metteuse en scène.

Pour elle, l’attrait initial était de parler de cette «femme pionnière qui défriche sa propre voie, mais les choses ont rapidement changé». La pandémie s’est invitée dans la réflexion.

Lorsque la pandémie a frappé, l’isolement s’est invité dans la vie de tout le monde, mais aussi dans l’interprétation du texte. «Le fait d’être pionnier ou pionnière, ça implique l’isolement. Tu es tout seul, il n’y a personne qui a tracé cette voie-là avant toi. Ça nécessite une solitude, de mener des combats seul, d’avoir à s’affirmer seul, d’insister sur des choses seul…», illustre Manon St-Jules.

Manon St-Jules

Photo : Rémi Thériault

L’histoire tragique d’Amelia Earhart amène aussi la dimension de l’échec. «Qu’est-ce que ça fait, qu’est-ce qu’on devient?»

Le texte est essentiellement un monologue. Il est un peu plus difficile pour une actrice seule sur scène d’occuper l’espace, mais Manon St-Jules, même si elle voulait y mettre un peu de dynamisme, était plus préoccupée à «créer le parcours émotif à l’intérieur du texte. J’avais aussi le souci de rendre ça le plus clair possible pour le spectateur. Est-ce qu’on est dans le passé? Comment précise-t-on les enjeux? Parfois, physiquement ça aide les spectateurs de juste replacer les choses autrement dans l’espace».

Pas comme prévu

Les interruptions et faux départs ont à la fois eu un effet positif et un effet négatif sur l’équipe de production. Puisque le travail avait commencé avant la pandémie, «on a été longtemps habité par les idées. Elles se déposaient et si elles étaient moins bonnes, on pouvait facilement les écarter», explique Manon St-Jules.

Par contre, devoir redémarrer plusieurs fois la production a demandé un niveau d’énergie supplémentaire qui n’est pas exigé «quand le processus est plus condensé». 

Le coup le plus dur a été porté par la vague Omicron. L’équipe venait de recommencer à travailler lorsque le variant du coronavirus a remis fin à plusieurs occasions de rassemblement prévues pendant l’hiver. «Là, j’avoue qu’il y a eu un découragement assez fort. Aussi parce que nos emplois du temps respectifs avaient évolué. On était vraiment inquiet de ce qui serait possible.»

La metteuse en scène ne peut ici passer sous silence le travail difficile de la directrice artistique du TNO, qui devait prendre des décisions difficiles. «Pauvre Marie-Pierre [Proulx]… Elle a mené le TNO à bout de bras avec autant d’intelligence que d’élégance depuis deux ans.»

Le travail final de préparation a eu lieu en février, au moment où la pièce devait être présentée.

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Pas où c’était prévu

En plus de la pandémie, le report de février jusqu’au printemps était aussi influencé par la construction de la Place des Arts. Lorsque le TNO avait annoncé son horaire avant les Fêtes, Aéroportée devait y être présentée. Finalement, elle n’aura pas été prête à temps et ne le sera pas pour avril.

Un concours de circonstances qui attriste Manon St-Jules. «Je ne mentirai pas que j’ai versé quelques larmes. Mon père [Denis St-Jules] a toujours été très actif dans la communauté artistique de Sudbury depuis de nombreuses décennies… C’était une fierté. J’avais tellement hâte de faire partie d’un premier show qui allait jouer à la Place des Arts… Ç’a été très douloureux.»

Elle est également consciente que d’aller au théâtre sera probablement une habitude à retrouver pour plusieurs. Elle espère quand même qu’ils seront au rendez-vous pour appuyer les artistes.

La version anglaise de la pièce, Ever Falling Flight, a été présentée au Sudbury Theatre Centre plus tôt en mars. Aéroportée sera présentée par le TNO à la salle Trisac du Collège Boréal du 7 au 9 avril. Pour des billets, consultez https://letno.ca/.