le Vendredi 20 mai 2022
le Lundi 4 avril 2022 16:35 Politique

L’administration municipale refuse de travailler avec un «conseil toxique»

L'édifice municipal de Nipissing Ouest — Photo : Archives
L'édifice municipal de Nipissing Ouest
Photo : Archives
Nipissing Ouest — Le directeur général de la Municipalité de Nipissing Ouest a fait savoir aux membres du conseil que le personnel administratif n’allait plus assister aux réunions tant que le gouvernement provincial ne soit pas «intervenu de telle manière à pouvoir assurer décorum et respect» à ces réunions.

Dans un courriel envoyé à la mairesse et au conseil le 25 mars, Jean-Pierre Barbeau déclare que ses employés n’allaient plus participer aux réunions «jusqu’à ce que des changements soient apportés à ces réunions pour assurer que le personnel puisse faire son travail libre de la toxicité et des conflits qui sont devenus la règle plutôt que l’exception».

Entretemps, il n’y aura plus de délibérations budgétaires ni de réunions régulières du conseil de Nipissing Ouest, a-t-il laissé entendre.

Le courriel de M. Barbeau insiste sur les effets psychologiques d’un environnement de travail si toxique et le directeur indique qu’il ne peut pas continuer à assujettir son équipe à ces conditions de travail malsaines.

«Au cours de mes discussions à divers niveaux, le message commun c’est que cette situation touche tous les employés à divers degrés. Notre personnel professionnel veut continuer à servir le public. L’exemple qu’on m’a donné, c’est que même si des employés acceptent de travailler dans un milieu potentiellement risqué (par exemple avec de l’équipement défaillant), cela ne peut pas être acceptable pour l’employeur et l’employeur a la responsabilité d’agir malgré la volonté du personnel à continuer à endurer. Les situations émotionnelles et psychologiques ne sont pas moins importantes [que les risques physiques]. Alors que je respecte le dévouement continu du personnel, j’ai l’obligation d’intervenir.»

Les échanges autour de la table du conseil sont depuis longtemps conflictuels, virulents et peu productifs, mais la goutte qui a fait déborder le vase est tombée lors de la réunion du 22 mars. Avant même de pouvoir procéder aux nombreux items à l’ordre du jour, la mairesse Joanne Savage a subitement clos les délibérations à la suite d’un débat chaud à savoir si le conseil pouvait procéder à une session à huis clos. La session à huis clos devait porter sur une mise en demeure envoyée à la municipalité par Mme Savage et les conseillers Yvon Duhaime, Lise Sénécal et Denis Sénécal, qui menaçaient d’attaquer en justice les autres membres pour diffamation.

«Ajoutant au stress déjà ressenti, la mairesse et certains membres du conseil nous empêchent de traiter de façon appropriée une lettre reçue par la Corporation, ajoute M. Barbeau. J’ai pu comprendre que cette lettre fait référence au “personnel-cadre” quant à des allégations qui n’ont pas encore été traitées. Les employés n’ont aucune façon de savoir s’ils sont visés par cette mise en demeure. Cela, additionné à tous les autres problèmes, crée une situation qui ne peut plus être tolérée.»

Parmi les autres problèmes auxquels le directeur fait allusion, il y a une période de près de deux mois, en novembre et décembre 2021, où le conseil n’a pas réussi à tenir de réunion régulière. Le ministère des Affaires municipales est intervenu en janvier à la suite d’une pétition des résidents, mais s’est contenté de faire une présentation au conseil pour rappeler aux membres leurs obligations. Or, peu de temps après la présentation, le conseil a repris ses mauvaises habitudes.

M. Barbeau fait donc appel au ministère des Affaires municipales, ainsi qu’au ministère du Travail de l’Ontario, pour agir de manière plus ferme afin de corriger la situation.

«J’espère pouvoir travailler très bientôt avec le ministère des Affaires municipales pour mettre en œuvre des solutions intérimaires qui protègeraient le personnel contre cette toxicité. J’espère discuter plus longuement avec la province afin que cette pause ne soit pas trop longue, assure M. Barbeau. Lorsque j’aurai des réponses des autorités provinciales pertinentes, je partagerai l’information avec le conseil. J’espère pouvoir proposer des options qui sauront satisfaire à notre obligation morale de fournir à nos employés un environnement de travail libre de risque potentiel.»

Le directeur avoue que cette interruption des réunions causera des difficultés, mais il estime que l’inefficacité du conseil est encore pire et que la pause «ne va pas causer d’impact plus négatif que la situation actuelle.»

Le conseil répond

La réaction ne s’est pas fait attendre, avec quatre membres du conseil émettant des déclarations publiques pour soutenir M. Barbeau. Les conseillers Chris Fisher, Dan Roveda, Rolly Larabie et Léo Malette ont dit reconnaitre que le milieu de travail est devenu toxique, et ce, depuis longtemps. 

«La vidéo de la réunion du 22 mars suffit à elle seule comme preuve, c’est clair pour tous ceux qui la regardent. Nous savons que cette situation persiste depuis bien longtemps,» écrit M. Fisher.

Or, la mairesse Joanne Savage a interprété différemment le courriel de M. Barbeau. Dans une entrevue avec La Tribune le lundi 28 mars, elle a affirmé que les réunions du conseil pourraient sans doute continuer, mais sans la présence de certains employés administratifs. 

«D’après ce que j’ai compris, certains employés-cadres ne sont pas à l’aise à assister aux réunions de conseil. Le directeur a avisé le conseil que, dorénavant, ces employés n’assisteront plus aux réunions. Le directeur, par contre, répond au conseil et il a l’obligation de travailler avec le conseil pour faire avancer le travail.»

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De plus, elle a précisé qu’«il n’y a pas une majorité [du conseil] prête à laisser tomber ses fonctions.»

Cependant, M. Barbeau confirme qu’il est inclus parmi les employés qui n’assisteront plus aux réunions et que, effectivement, cela veut dire une cessation de toutes délibérations jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée. Il n’y aura donc plus de réunion régulière ni de délibérations budgétaires pour le moment, selon lui.

«L’analogie, c’est comme si je retirais des gens du feu et [la mairesse] suggère que je mette différentes personnes dans le feu; mais non, le problème, c’est le feu», ’insiste M. Barbeau. «Le problème, ce n’est pas les employés ou leur manque de volonté ou de capacité; la menace, c’est la réunion même. Ça n’a rien à voir avec qui assiste, c’est la façon que c’est géré.»

Le public est exaspéré

La situation a suscité de vives réactions de la part du public aussi et de nombreux résidents exhortent les membres du conseil à mettre de côté leurs différends pour travailler ensemble. Certains demandent même la dissolution du conseil.

C’est le cas de l’entrepreneur local Steve Morrison, qui a écrit au ministère des Affaires municipales et du Logement, au député provincial Vic Fedeli et au premier ministre ontarien Doug Ford pour leur demander d’intervenir au plus vite. Selon lui, la paralysie du conseil empêche la ville d’avancer sur de nouveaux projets de développement, notamment les nouvelles constructions, et ce, malgré une pénurie de logements dans la région.

«Cette guerre dure depuis le début du mandat de ce conseil et, combiné à la pandémie, ça détruit tout espoir de progrès dans notre municipalité. La situation s’est aggravée au point où les conseillers préfèrent s’attaquer en justice plutôt que de s’occuper des affaires de la municipalité», déplore-t-il dans sa lettre.

Alors qu’il a demandé une intervention rapide de la part de la province, M. Barbeau attendait toujours une piste de solution le mardi 29 mars. «Je suis à la merci de la province, alors je vais agir conformément aux directives de la province quand j’aurai reçu des nouvelles de leur part, dit-il. J’espère que les choses se feront assez rapidement.»

La porte-parole du ministère des Affaires municipales, Melissa Diakoumeas, a confirmé que le ministère examine la demande de M. Barbeau et se rend disponible au personnel et au conseil municipal pour répondre à toute question et offrir des conseils. Par contre, tout comme au mois de janvier, le ministère ne semble pas vouloir jouer à l’arbitre et voudrait voir la ville trouver ses propres solutions.

«L’une des responsabilités du conseil, en tant qu’employeur, c’est de fournir un environnement de travail sécuritaire à ses employés. Nous avons été très clairs sur le fait que nous ne tolérons pas l’harcèlement ou la discrimination dans le milieu du travail, écrit Mme Diakoumeas. Les conseillers et la chef du conseil doivent remplir leurs fonctions de manière juste, responsable et respectueuse. Nous encourageons le conseil à travailler avec le personnel afin de répondre aux préoccupations soulevées et à demander conseil à l’avocat de la ville.»

La prochaine réunion régulière du conseil municipal est prévue pour le 5 avril. Reste à savoir si une solution sera trouvée d’ici là.