le Lundi 16 mai 2022
le Vendredi 8 avril 2022 11:23 Politique

La francophonie quasi absente du budget fédéral

La ministre des Finances, Chrystia Freeland, lors du dépôt du budget fédéral 2022.  — Photo : Capture CPAC
La ministre des Finances, Chrystia Freeland, lors du dépôt du budget fédéral 2022.
Photo : Capture CPAC
Ottawa – Sur les 352 pages que contient le budget fédéral 2022-2023 présenté jeudi 7 avril, le mot «francophonie» n’apparait aucune fois. Le résultat est le même en cherchant «francophone» et «langue française». «Langues officielles» a une performance un peu plus notable avec une mention et un budget d’un peu plus de 400 millions $.

Le budget fédéral 2022 octroie 408,3 millions $ pour la mise en œuvre de la nouvelle Loi sur les langues officielles. Ce montant «inclut des bonifications vouées à répondre aux défis des communautés de langue officielle en situation minoritaire», peut-on lire dans le document. Mais celui-ci ne précise pas la nature de ces «bonifications».

Un secteur qui fait couler beaucoup d’encre depuis l’an dernier dans la francophonie canadienne est l’enseignement postsecondaire. Dans le budget fédéral 2021, le fédéral annonçait un investissement de 121,3 millions $ sur trois ans pour les établissements postsecondaires en situation minoritaire. Le budget 2022 de la ministre des Finances, Chrystia Freeland, ne précise pas cependant à combien s’élèvera cette aide pour l’année 2022-2023.

À lire aussi : Budget 2022 : après la COVID-19, les libéraux misent sur les investissements 

D’autres fonds sont cependant prévus pour l’enseignement postsecondaire dans son ensemble. Ainsi, les bourses d’études canadiennes seront doublées jusqu’en juillet 2023. Ce qui peut se traduire par une aide non remboursable de jusqu’à 6000 $ par année pour les étudiants à temps plein.

Faits saillants

Montage Francopresse

De plus, l’intérêt sur les prêts étudiants sera annulé jusqu’en mars 2023. Lors de la dernière campagne électorale, les libéraux s’étaient engagés à «éliminer définitivement» ces intérêts.

Consultez le Budget fédéral 2022 : Un plan pour faire croître notre économie et rendre la vie plus abordable

Les francophones aux aguets en 2023

La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada a déclaré, par voie de communiqué, que le budget 2023 devra être déterminant pour les francophones. 

«Les consultations pour le prochain Plan d’action pour les langues officielles s’amorcent dans les mois qui viennent et ce plan sera capital pour nos communautés. Au sortir de la pandémie, dans une situation de pénurie de main-d’œuvre sans précédent, il faudra que le budget 2023 prévoie véritablement un plan de relance pour la francophonie», déclare la présidente de la FCFA, Liane Roy, par voie de communiqué. 

«Le gouvernement fédéral s’était notamment engagé lors de la campagne électorale à pérenniser et doubler le Fonds complémentaire en éducation postsecondaire, dont le budget 2022 ne parle pas. La situation dans le Nord de l’Ontario est une urgence pour la jeunesse franco-ontarienne. Dans la prochaine année, nous serons donc très attentifs à ce fonds et également au Plan d’action pour les langues officielles», déclare le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, Carol Jolin, aussi par communiqué. 

Des fonds de redressement de la pandémie pour les arts

Le secteur des arts et de la culture a reçu un bon coup de pouce d’Ottawa en 2021 afin de faire face à la pandémie. Le budget de l’an dernier prévoyait 300 millions $ sur deux ans pour appuyer la relance de l’industrie ainsi que le patrimoine et le sport.

Une portion de 250 millions $ est confirmée dans le budget pour l’année 2022-2023.

Lors de sa Mise à jour économique en décembre dernier, la ministre fédérale des Finances, Chrystia Freeland, avait annoncé 60 millions $ en soutien direct aux travailleurs du secteur des arts de la scène. Le budget confirme que ces montants seront versés l’été prochain.

Par ailleurs, Ottawa consacrera 12,1 millions $ sur deux ans directement au Centre National des Arts (CNA) pour soutenir la création, la coproduction, la promotion et la tournée de productions avec des troupes d’art d’interprétation canadiennes commerciales et à but non lucratif.  

Un autre montant de 50 millions $, uniquement pour l’année en cours, sera accordé au ministère du Patrimoine canadien, au Conseil des Arts du Canada et à Téléfilm Canada afin «d’indemniser les organismes canadiens des arts, de la culture et du patrimoine pour les pertes de recettes attribuables aux restrictions de santé publique est aux limites de capacité», peut-on lire dans les documents du budget.

Immigration et réfugiés : les nombres et l’aide augmentent

L’immigration est en nette progression au pays. En 2021, le Canada a accueilli plus de 405 000 nouveaux résidents permanents, du jamais vu. En raison de la forte demande en main-d’œuvre, le gouvernement fédéral a fixé son objectif à 451 000 résidents permanents d’ici à 2024.

Le Canada s’est également engagé à réinstaller un total de 40 000 réfugiés afghans au cours des prochaines années — dont 10 000 sont déjà au pays — et de faciliter l’accueil de réfugiés ukrainiens.

Afin de soutenir le traitement des demandes et la réinstallation de ces nouveaux arrivants, Ottawa prévoit injecter 2,1 milliards $ sur cinq ans.

Racisme et discrimination

Le budget fédéral prévoit un total de 85 millions $ sur quatre ans afin de mettre en place une nouvelle stratégie de lutte contre le racisme, ainsi qu’un plan d’action de lutte contre la haine. Les fonds serviront à appuyer des projets communautaires pour faciliter l’accès aux personnes racisées et aux minorités religieuses à l’économie canadienne. L’argent ira également à la sensibilisation aux questions liées au racisme et à la haine.

Un montant de 50 millions $ sera par ailleurs consacré à l’appui aux communautés noires du Canada afin d’améliorer leur inclusion dans le marché du travail. Un Fonds de dotation philanthropique dirigé par les Noirs sera établi à un cout de 200 millions $, alors que le Programme pour l’entrepreneuriat des communautés noires sera mis sur pied grâce à un financement pouvant atteindre 265 millions $ sur quatre ans.