le Mercredi 17 août 2022
le Dimanche 10 avril 2022 16:06 Arts et culture

S’accrocher aux mots

À l’ombre des pulsars de Nadine Boucher — Image : Capture d'écran
À l’ombre des pulsars de Nadine Boucher
Image : Capture d'écran
Critique — À l’ombre des pulsars de Nadine Boucher

Lorsque l’on perd un être cher, nous avons tous notre façon de surmonter le deuil. Pour l’autrice Nadine Boucher, elle s’est réfugiée dans la poésie. En 2005, son grand amour s’est suicidé, en 2015, c’est au tour de sa mère de disparaitre après avoir souffert de démence à corps de Lewy, la maladie neurodégénérative la plus fréquente après la maladie d’Alzheimer. 

À l’ombre des pulsars (Éditions David, 2022) est le résultat du mécanisme de défense qui a permis à Nadine Boucher de survivre à ses tragiques évènements : «À la suite [du] décès [de Joël] et par instinct de survie, j’ai fait appel à la poésie. Un à un, j’ai pris les mots, je me suis accrochée à eux pour tenter de me relever. Et les mots m’ont prise à leur tour. […] J’avais trouvé refuge en eux et ils me protégeaient. Peu à peu, les mots se sont liés les uns aux autres et des poèmes se sont créés.» (p. 14)

Le recueil est divisé en deux parties. La première, L’ombre envolée des oiseaux, se concentre sur le suicide de Joël. On y retrouve sa figure sous le portrait de trois personnages : le pendu encore vivant, le berger ainsi que l’ange gardien. Ces trois personnages sont l’évolution de l’homme vers sa mort. La figure du berger n’est pas aussi présente que celle du pendu ou de l’ange gardien. 

La deuxième partie, La pulsation des étoiles, se remémore la mère de la poète peu de temps avant sa mort. À la différence de la première partie, la deuxième est divisée en fonction de certains lieux où la mère de Mme Boucher se voit oublier ses gestes quotidiens. Par exemple, dans la section sur la cuisine, elle parle du fait que sa mère lave et met ses oranges à sécher avec sa vaisselle sans se rendre compte de son erreur.

Les deux parties sont uniques et se démarquent l’une de l’autre par le style d’écriture utilisé. Dans la première partie, l’autrice se sert de nombreuses métaphores afin d’illustrer son propos tandis que, dans la seconde partie, il s’agit surtout de décrire comment sa mère vit quotidiennement avec la maladie d’Alzheimer de manière aussi réaliste que possible.

Le recueil contient quelques photos de l’artiste visuelle Édith Descôteaux, qui représentent certaines scènes décrites dans le recueil. Elles complimentent à merveille les poèmes. 

Comme les étoiles en fin de vie, connues également sous le nom de pulsars pour «pulsating star», «nos proches disparus laissent derrière eux des traces vibrantes et furtives, comme l’ombre lumineuse du vol des oiseaux ou le battement du cœur rayonnant des étoiles» (p. 8). Le recueil À l’ombre des pulsars se veut donc un hommage à ces deux individus qui ont marqué la vie de l’autrice. On y voit l’amour qu’elle portait pour Joël et sa mère au tournant de chaque page.

Ce recueil de poésie est le premier de Nadine Boucher, mais certainement pas le dernier. Sa plume lyrique est un véritable plaisir à découvrir.