le Samedi 1 octobre 2022
le Mercredi 20 avril 2022 15:32 | mis à jour le 20 avril 2022 15:33 Économie et finances

Quand la réalité est aussi sombre que les théories

Le Point de vue préliminaire sur l’Université Laurentienne publié par la vérificatrice générale (VG) de l’Ontario fait plus d’une fois échos aux plaintes répétées par l’Association des professeures et professeurs de l’Université Laurentienne (APPUL). — Photo : Archives
Le Point de vue préliminaire sur l’Université Laurentienne publié par la vérificatrice générale (VG) de l’Ontario fait plus d’une fois échos aux plaintes répétées par l’Association des professeures et professeurs de l’Université Laurentienne (APPUL).
Photo : Archives
Sudbury — «On le savait déjà!» Ce type de commentaire était commun après le dévoilement de l’avis préliminaire de la vérificatrice générale de l’Ontario concernant l’Université Laurentienne le 13 avril. Plusieurs analyses et opinions pointaient dans la même direction depuis février 2021, mais n’avaient pas les preuves qu’a pu accumuler l’agente provinciale.

L’établissement a répondu dans la journée par la plume du président du conseil des gouverneurs, Jeff Bangs. Dans le communiqué, il «accepte volontiers le document et les conseils qu’il offre» et rappelle quelques-uns des changements déjà effectués dans une déclaration écrite.

Ils annonceront plus tard les mesures supplémentaires qui seront prises. 

Long combat pour la transparence

Le Point de vue préliminaire sur l’Université Laurentienne publié par la vérificatrice générale (VG) de l’Ontario fait plus d’une fois échos aux plaintes répétées par l’Association des professeures et professeurs de l’Université Laurentienne (APPUL). Bien avant le déclenchement du processus de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC), le syndicat accusait la direction de manquer de transparence. 

«C’est une confirmation et une validation de tout ce que nous disions», affirme le président Fabrice Colin. «Y comprit que le processus de la LACC est totalement inapproprié pour une institution publique.»

La vérificatrice générale affirme que plutôt que d’utiliser les outils établis par la convention collective, l’Université a préféré utiliser le processus de la LACC «qui a permis de consacrer plus d’argent à des conseillers externes» que d’être transparente et collaborative avec ses professeurs.

Fabrice Colin rappelle le «flou artistique» de la première déclaration sous serment du recteur déposée devant la cour et qui ne permettait pas de dire qui des banques ou de l’Université avait mis fin aux lignes de crédits.

Dans une déclaration écrite conjointe avec la Confédération des associations de professeurs d’université de l’Ontario (OCUFA), l’APPUL demande le remplacement de l’administration. Une position qu’elle maintient depuis près d’un an, après que ses membres aient voté en faveur d’une motion de défiance de cinq têtes dirigeantes de l’Université à plus de 80 %. Une position maintenant renforcée.

Fabrice Colin rappelle que le syndicat mène ce combat depuis plusieurs années. En 2019, après le succès d’une demande d’accès à l’information, ils avaient révélé que l’entente de départ de l’ancien recteur Dominic Giroux comprenait un «droit de retour à vie comme professeur titulaire dans la faculté de gestion» et la construction d’un laboratoire au cout de 6 millions $ pour attirer le Dr Rui Wang qui n’était resté quelques mois.

Le casino de la Laurentienne

L’ancien professeur du département d’Études françaises, Thierry Bissonnette, est l’un des critiques les plus vocaux depuis un an. Pour lui, les révélations démontrent que l’administration a joué avec des vies et la communauté.

«Ça ressemble à du jeu pathologique : après avoir fait des paris trop risqués, on a joué à quitte ou double pour masquer ses erreurs, en écrasant au passage un syndicat trop gênant. Sauf que ce gambling s’est fait avec de l’argent public et les intérêts de toute une communauté», écrit-il au Voyageur.

«L’image que ça donne est celle d’une université qui s’est sabotée, devant le regard incrédule des gouvernements. Mais la province peut-elle vraiment s’en laver les mains ainsi? Il est temps de sévir puis de venir reconstruire sur le cratère académique laissé par ce stratagème catastrophique.»

«Le bilan de tout ça est loin d’être fini, mais les dommages sont en partie irréparables pour la francophonie et le secteur académique de la région.»

L’ancien professeur du département d’Études françaises, Thierry Bissonnette

Photo : Gabrielle Noël de Tilly

La députée France Gélinas

Photo : Archives

France Gélinas

La députée de Nickel Belt, France Gélinas, est celle qui a mené l’offensive pour que la vérificatrice générale enquête sur l’Université Laurentienne. «Quand on lit le rapport, on se rend compte que ce qu’on s’était imaginé, c’est pas mal ça qui s’est passé. C’est troublant. C’est démoralisant. Il faut sortir de [la LACC] au plus vite», dit-elle.

Le manque de proactivité du gouvernement évoqué par la VG fait écho au même commentaire émis par la Commissaire aux services en français de l’Ontario il y a quelques semaines. Selon Mme Gélinas, aussi bien les libéraux en 2016 que le gouvernement Ford auraient dû prendre acte des premiers indices de difficultés financières.

Le manque d’appui chronique du gouvernement de Doug Ford envers le postsecondaire aurait peut-être contribué à la série de décisions des dirigeants de la Laurentienne, croit Mme Gélinas. «L’Université de son côté disait plus ou moins qu’ils n’avaient aucun espoir que le gouvernement allait les aider.»

En préparation pour les élections en juin, Mme Gélinas dit rencontrer énormément d’électeurs qui veulent encore parler de la Laurentienne. «Pas seulement à Sudbury, mais dans les milieux universitaires à la grandeur de la province on parle de ce qui s’est passé à la Laurentienne.»

La suite

France Gélinas et Fabrice Colin considèrent que ce rapport est la première étape dans le processus de guérison de la communauté et de la reconstruction de l’université.

Malgré ce rapport préliminaire déjà accablant, seuls l’établissement et le gouvernement ont encore le pouvoir d’agir puisque l’Université est toujours sous la protection de la LACC, au moins jusqu’au 31 mai 2022. 

Mme Gélinas espère que le gouvernement mettra fin à la LACC avant cette date et forcera ce qui aurait dû être fait depuis le début selon la vérificatrice générale : des discussions sérieuses entre le gouvernement et l’Université pour établir un plan de refinancement.

Pour sa part, l’APPUL espère que la surveillance gouvernementale des universités sera entièrement repensée. Fabrice Colin souligne qu’il y a déjà «un changement de ton et une nouvelle approche, un certain engagement vers plus de transparence et de collaboration» grâce aux nouvelles nominations par le gouvernement pour ses membres du conseil des gouverneurs. 

Il faudra quand même qu’il y ait des changements dans l’équipe de direction. Les postes visées par l’APPUL sont ceux du recteur, de la vice-rectrice à l’enseignement et provost ainsi que le secrétaire général.

Il espère voir le Sénat réinstaurer les programmes coupés, ce qui pourrait mener au rappel de certains professeurs licenciés. 

Le Comité triculturel pour l’éducation universitaire à Sudbury était en pleine semaine d’activité pour souligner les licenciements de masse du 12 avril 2021 par l’Université. Eux aussi réclament la fin de la LACC et ajoutent le retour des programmes éliminés, un appui aux universités fédérées et le transfert des programmes concernés vers une université franco-ontarienne et une université autochtone.