le Dimanche 22 mai 2022
le Vendredi 22 avril 2022 11:37 | mis à jour le 22 avril 2022 11:38 Chroniques et blogues

La communauté refuse de pardonner et d’oublier

La semaine de commémoration du Comité triculturel pour l'éducation postsecondaire à Sudbury a commencé avec un feu sacré et une cérémonie menée par l’artiste anichinaabé Will Morin à l’Arborétum de l'Université de Sudbury. — Photo : Julien Cayouette
La semaine de commémoration du Comité triculturel pour l'éducation postsecondaire à Sudbury a commencé avec un feu sacré et une cérémonie menée par l’artiste anichinaabé Will Morin à l’Arborétum de l'Université de Sudbury.
Photo : Julien Cayouette
Grand Sudbury — La semaine dernière, le Comité triculturel pour l’éducation universitaire à Sudbury a tenu quatre évènements pour marquer le premier anniversaire du licenciement du personnel et la dissolution de la Fédération de l’Université Laurentienne, menées par cette dernière. Lors de ce «lundi noir» du 12 avril 2021, près de 200 membres du personnel ont perdu leur emploi. N’oublions pas les presque 1000 étudiants qui ont été affectés directement et les centaines d’autres indirectement.

J’ai participé à trois des quatre évènements. En tant que fier francophone, diplômé du programme de Musique maintenant disparu et toujours étudiant de la Laurentienne dans le programme d’éducation ainsi que rédacteur en chef du journal francophone étudiant de la Laurentienne, L’Orignal déchaîné, je me sentais attiré comme un aimant par ces évènements; je devais savoir ce que les autres ressentaient, car je savais que ce qui se passait touchait plus de personnes que je ne le pensais. 

Le soir du lundi 11 avril, lors de la «soirée de solidarité», j’ai eu le privilège d’accompagner mon ancien professeur de musique, Allan Walsh, à la guitare en jouant quelques pièces et en trame de fond de certains discours. J’ai aussi eu la chance de partager mon témoignage vers la fin de la soirée. Les thèmes communs de ce rassemblement étaient ceux de l’extrême préoccupation pour la communauté, pour les arts à Sudbury, la francophonie et comment personne n’a été capable de reconnaitre la Laurentienne pour ce qu’elle était au départ. Il était très évident qu’il n’y avait pas une seule personne dans le théâtre de l’Université Thorneloe ce soir-là qui faisait confiance à l’institution. 

J’ai particulièrement aimé le discours du président de l’Association des professeurs retraités de la Laurentienne, Joseph Shorthouse, qui a mis en évidence ce que tout le monde avait à l’esprit : la justification erronée de l’annulation des programmes et du licenciement de ces personnes pour des raisons financières, en soulevant l’idée que ces choses ne peuvent pas être jetées comme des chiffres sur un bilan. Son slogan était tout simplement «Scholars, not dollars». On peut visionner l’évènement au complet à l’adresse https://www.youtube.com/watch?v=3P2Bi7sATVM.

Le feu sacré allumé par Will Morin et les herbes nécessaires à la cérémonie.

Photo : Julien Cayouette

J’ai ensuite animé la table ronde des étudiants du 12 avril. J’avais avec moi Andrew Kesik de la Fédération canadienne des étudiants (FCE), Chad Savard, sénateur nouvellement élu de l’Association des étudiantes et des étudiants francophones de l’Université Laurentienne (AEF), la présidente nouvellement élue de l’AEF, Hemliss Konan, ainsi que Denise Zhuang, étudiante inscrite au programme Equity, Diversity and Human Rights.  

Dans un premier temps, nous avons partagé notre première réaction aux évènements et la façon dont ils nous ont affectés. Il semblait que tout le monde était touché d’une manière ou d’une autre. Ensuite, nous avons orienté la discussion sur les impacts sur la réputation de la Laurentienne. Leurs terribles décisions nous font parler d’elle comme s’il s’agissait d’une entreprise, ce que nous reconnaissons qu’elle n’est pas, mais elle a néanmoins agi comme telle. 

Ensuite, nous avons discuté de ce que nous aimerions voir de la part des associations étudiantes et du conseil des gouverneurs de la Laurentienne. Les thèmes communs de cette discussion étaient ceux de la frustration profonde, de la confusion et de la colère, qui ont été traduits en recommandations. 

Par exemple, la province n’en fait pas assez pour aider l’établissement et les associations étudiantes ne sont pas assez bruyantes. L’administration peut être plus honnête et transparente. Dans l’ensemble, ce fut une discussion pleine d’idées, d’anecdotes et de témoignages intéressants. On peut visionner l’évènement au complet sur https://www.youtube.com/watch?v=Aswg_CVkCMk

Finalement, il y a eu un concert de jazz de deux heures le 14 avril. L’orchestre était dirigé par l’ancien professeur de jazz et d’instruments à vent de la Laurentienne, Allan Walsh. J’étais à la guitare et mon collègue diplômé en musique et ami, Zachary Clement, était au clavier. Avec un diplômé plus âgé à la trompette, Carter Williams, l’ancien professeur de musique à la Laurentienne, le bassiste Brian Quebec, et le batteur de la communauté Chris Dardick, nous avons formé le Not-LU Jazz Combo. 

La salle était bondée et tous les participants avaient au moins une chose en commun : leur amour des arts, leur lien avec la Laurentienne ou les deux. 

Le Laurentian Jazz Combo était autrefois composé de musiciens de jazz inscrits à la Laurentienne et jouait toutes sortes de concerts en ville, notamment au festival Jazz Sudbury et dans d’autres lieux du centre-ville. 

Le thème de cette soirée était définitivement la perte des arts à Sudbury, soulignant également qu’il n’y a plus de chance d’obtenir une éducation musicale au niveau postsecondaire à Sudbury. Allan Walsh a prononcé un discours dans lequel il a exprimé son inquiétude quant à ce que cela signifie pour la communauté. 

J’ai appris pendant toute cette semaine que la communauté est encore très blessée par ce qui s’est passé l’an dernier. Je me suis rendu compte que les coupes sont beaucoup plus profondes que je ne le pensais. Je m’inquiète de l’avenir des arts dans le Nord de l’Ontario, pour l’éducation francophone et de la façon dont ce geste risque d’établira la norme pour l’éducation postsecondaire en Ontario. 

Deux choses sont certaines : la communauté ne pardonnera jamais et n’oubliera jamais. Les francophones ont grandement besoin que l’Université de Sudbury réalise son plein potentiel en tant qu’institution francophone autonome par, pour et avec les Franco-Ontariens.

(En plus de ses occupations énumérées dans le texte, Philippe Mathieu est membre du Comité triculturel. Il est journaliste à temps partiel au Voyageur.)