le Dimanche 4 Décembre 2022
le Mercredi 27 avril 2022 11:00 Éditorial

La gouvernance

Qui est plus coupable : un conseil tenu dans le noir, ou une administration qui contrôle le message? — Photo : Archives
Qui est plus coupable : un conseil tenu dans le noir, ou une administration qui contrôle le message?
Photo : Archives
Un éditorial paru sur le site de Sudbury.com la semaine dernière devrait nous faire réfléchir à la différence entre la gestion et la gouvernance. Et aux devoirs des deux groupes de personnes qui en sont responsables.

Tous les organismes à but non lucratif et les sociétés publiques ou privées ont un conseil d’administration. Nos lois stipulent que c’est ce conseil qui est ultimement responsable du bon fonctionnement de nos corporations. Ce sont les membres de ce conseil qui choisissent les hauts dirigeants de l’entreprise et qui en assument la surveillance. C’est ce qu’on appelle la gouvernance.

Il y a bien sûr plusieurs types de conseils d’administration. Dans un tout petit organisme sans personnel, les membres d’un conseil d’administration sont souvent appelés à faire de la gestion, autrement dit, à accomplir le travail pour lequel leur association a été créée. Mais dans toute société qui jouit de moyens financiers importants, comme une université, ce sont les gestionnaires qui mènent la barque.

Ces personnes sont responsables de la gestion au jour le jour de l’entreprise. Ils embauchent et supervisent tous les autres employés, ils assurent le bon fonctionnement de toutes les activités de l’entreprise et, le plus important, ils gèrent le budget. 

Ce qui nous amène à l’Université Laurentienne et à l’éditorial de Sudbury.com. Cet éditorial fait écho au Rapport préliminaire de la vérificatrice générale de l’Ontario. Le rapport de Bonnie Lysyk est accablant pour les gestionnaires de la Laurentienne. La vérificatrice y décrit de «faibles gestionnaires» plus préoccupés à gérer une croissance imaginaire qu’à instaurer de bons principes de gestion et de vérification.

La vérificatrice blâme aussi le conseil des gouverneurs qui, selon elle, a failli à son devoir de surveillance. L’éditorial en profite pour nommer les quatre personnes qui ont présidé le conseil de 2010 à 2021, lorsque le budget de l’université était en chute libre. Selon le journal en ligne, ces personnes sont responsables de la débâcle. 

En loi, la vérificatrice et Sudbury.com ont raison, la responsabilité ultime pour le bon fonctionnement d’une société repose sur le conseil d’administration. Mais dans la pratique, c’est une autre histoire.

Un conseil d’administration est presque toujours composé de bénévoles. Ils se rencontrent périodiquement, d’habitude une fois par mois, pour vérifier le bon fonctionnement de l’entreprise. Pour ce faire, ils se fient aux documents — rapports de projets, états financiers, budgets, évaluation des ressources humaines, etc. — qui sont préparés par les dirigeants. Ils peuvent bien sûr poser des questions, mais ne nous leurrons pas, les gestionnaires qui ont convaincu un conseil d’approuver certains projets ont évidemment préparé les documents en pensant à toutes les questions. 

Ce sont les gestionnaires qui mènent la barque et il leur est facile d’enjoliver une situation et de rassurer un conseil qui, en fait, est dans le noir.  

Quelles que soient les lois sur les sociétés, il nous semble donc injuste de blâmer seulement des bénévoles qui ne siègent qu’une fois par mois, alors que les gestionnaires s’en sortent les mains propres, souvent avec une autre position de haut dirigeant. Parce qu’ils savent pertinemment quand quitter un navire qui prend l’eau.