le Mercredi 29 juin 2022
le Lundi 23 mai 2022 11:48 Arts et culture

Illustrer ses souvenirs d’enfance

Critique — Michel Pleau est un poète prolifique originaire du Québec qui a entre autres été récompensé pour son recueil de poésie «La lenteur du monde¢ (Éditions David, 2007) par le Prix littéraire du Gouverneur général dans la catégorie poésie en 2008.

Son dernier recueil, Le petit bestiaire (Éditions David, 2022), s’intéresse à la faune du quartier de son enfance : «il y a longtemps/au tout début du temps/des femmes et des hommes ont dansé/autour du feu//[…] ils ont aussitôt tracé/le contour d’une main/et calligraphié de profil/l’âme des animaux//[…]aujourd’hui à mon tour/je voudrais dessiner/la parole des bêtes//voici le bestiaire tout simple/d’un vieil enfant/encore affamé de lumière» (p. 10). On y retrouve l’araignée, le chien, le chat, le poisson rouge de même que quelques animaux plus exotiques, comme la girafe et le zèbre.

À l’origine, un bestiaire était un livre de l’époque médiévale qui présentait les caractéristiques des animaux réels ou mythiques.

Chaque animal se voit décrit de manière enfantine. C’est par le regard du jeune poète que les animaux nous sont présentés, avec à l’appui des anecdotes du passé : «mon poisson rouge s’appelait Sisyphe/j’aimais cette petite flèche de feu et d’eau/aux allées et venues sans fin» (p. 53). Ou encore le cochon : «enfant/on veut lui parler//on renifle jusqu’au vertige/on invente une conversation//il nous répond de sa bedaine/qui se gonfle très lentement/de quelques sous par semaine» (p. 27). 

Le regard de l’enfant offre un côté charmeur et nostalgique au texte, surtout lorsqu’il est question de chanson, comme celle de la poule grise. 

Le style d’écriture est simple et agréable à lire. La beauté de ce recueil se situe dans la douceur du texte, des mots écrits. Les illustrations ne font d’ailleurs qu’ajouter à la beauté de l’ensemble. 

Le texte est accompagné par de magnifiques illustrations de Lyne Richard. Les bestiaires du Moyen-Âge étaient en général illustrés afin d’offrir une image de l’animal en question au lecteur. À la différence des écrits du passé, Le petit bestiaire de Pleau n’est pas illustré afin de montrer de quoi l’animal à l’air, mais se présente de manière onirique, fantasque. Ce ne sont pas tous les animaux qui sont illustrés et ceux qui le sont ne sont pas toujours réalistes. Il s’agit plus de l’animal ou l’insecte qui a servi d’inspiration pour Richard. 

Le recueil est organisé par ordre alphabétique. On passe donc des fourmis, à la girafe, au hibou. Il aurait gagné à être plutôt organisé en fonction de la classe des animaux, car, à la première lecture, il est quelque peu étrange de retrouver le zèbre après la vache, ou la chenille précédant les chevaux de calèche puisqu’il n’est pas indiqué de quelle manière le tout a été regroupé. 

Le texte est simple. Il convient donc aux lecteurs de tout âge à la recherche d’une lecture légère. Le petit bestiaire est unique et mérite qu’on y jette un coup d’œil pour redécouvrir les animaux du quotidien par le regard des enfants.