le Lundi 27 juin 2022
le Dimanche 29 mai 2022 10:47 | mis à jour le 29 mai 2022 10:53 Arts et culture

«Mégane et Mathis», ou l’anorexie démasquée

Kapuskasing — Pour son premier roman destiné aux adolescents, l’écrivaine de Kapuskasing, Hélène Koscielniak, plonge au cœur des troubles de comportement alimentaire (TCA). Cinquante-deux chapitres pour comprendre que les TCA ne touchent pas seulement ceux et surtout celles qui en sont atteintes, mais également les membres de leur famille et leurs amies.

Hélène Koscielniak

Photo : Courtoisie

«Manger moins. Vomir plus souvent. Courir davantage. S’inscrire à un gymnase. Se purger.» Tel est le programme que s’est fixé la jeune Mégane. Et c’est aussi souvent celui qu’empruntent nombre d’anorexiques. Une maladie de plus en plus présente dans notre société, encore plus depuis la pandémie.

Hélène Koscielniak a voulu traiter de ce sujet dans cet ouvrage publié aux Éditions David dans la Collection 14-18, son premier roman dans cette collection «J’aime écrire sur les sujets de l’heure, avoue-t-elle en entrevue avec Le Voyageur. J’avais envie d’écrire pour les jeunes. Quelles sont les causes de l’anorexie et ses conséquences, non seulement sur les jeunes, mais aussi pour la famille.» 

Au moment où à la suite de la pandémie : «Le taux d’hospitalisations pour les troubles de l’alimentation était 1,6 fois plus élevé en 2020 qu’en 2019 chez les filles de 10 à 17 ans », selon l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS), le roman de l’écrivaine franco-ontarienne arrive à point.

Observer, se documenter, s’inspirer

L’ancienne enseignante de 8e année a pris deux ans pour écrire son livre. Elle a observé, s’est documentée sur le sujet, a consulté des travailleuses sociales. Elle a voulu que l’anorexie — le mot n’est prononcé qu’au chapitre 17 — soit au cœur d’une famille. Les parents n’en sortiront d’ailleurs pas indemnes. 

Mégane a un jumeau, Mathis, qui réfléchit à tout ce que vit sa sœur. Il ne la comprend pas au tout début. Qu’est-ce qui a pu se passer dans la tête de sa sœur? L’anorexie frappe souvent des filles brillantes, qui vont bien à l’école jusqu’au jour où tout bascule à cause d’un mot, d’une remarque désobligeante. 

Hélène Koscielniak se rappelle que le «bullying» était défendu dans sa classe. «Comme j’ai eu des jeunes autour de moi dans ma vie, donc l’estime de soi, l’intimidation, la psychologie de l’adolescent, ce sont des thèmes qui sont proches de moi.»

Pour «Madame K», comme l’appelaient ses élèves, l’anorexie, il faut en parler. Si elle peut parfois être tragique — on peut en mourir —, il arrive aussi qu’on s’en sorte comme Mégane. Elle espère d’ailleurs que son 7e roman puisse être l’élément déclencheur pour démarrer des discussions sur le sujet.

Avant de quitter l’entrevue pour une présentation de son livre, Hélène Koscielniak a tenu à rappeler qu’elle s’était aussi inspirée, d’un point de vue émotif, d’un texte paru dans l’ouvrage de Katia Gagnon, journaliste à La Presse, qui avait fait paraitre en 2019 Le Doc des ados, relatant la vie du Dr Jean Wilkins, spécialiste de l’anorexie pendant de nombreuses années à l’hôpital Ste-Justine de Montréal. Dans l’épilogue de ce livre, la jeune Ariane M raconte son parcours dans un texte poignant : «C’est l’histoire d’un trouble alimentaire, de contrôle, de victoire, de fierté, d’amour, de tristesse, de combat, mais surtout c’est l’histoire d’un cri de douleur, d’un appel, d’existence, d’une faim de vivre.»