le Mercredi 28 septembre 2022
le Mercredi 8 juin 2022 10:46 Éditorial

Embargo, dites-vous?

  Photo : Shutterstock
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Éditorial — On n’en parle pas beaucoup ici, mais le 24 mai dernier, un des plus gros joueurs de l’économie de Sudbury a plaidé coupable à des accusations de corruption aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Brésil. Glencore devra payer des amendes totalisant plus de 1,5 milliard $ pour avoir soudoyé des dirigeants politiques et des industriels au Brésil, au Nigéria, en République démocratique du Congo et au Venezuela.

Remarquez qu’on aurait pu s’y attendre de la part d’une compagnie créée en Suisse par Marc Rich, qui s’est enfui des États-Unis en 1983 pour se soustraire à des accusations de fraude, fraude fiscale, extorsion de fonds, corruption, délit d’initié et violation d’embargo. Rich est décédé en 2013, mais il faut croire qu’il avait déjà donné le ton chez Glencore.

Ce qui nous amène à la question des sanctions imposées à la Russie en réponse à son invasion de l’Ukraine. N’oublions pas que Glencore est d’abord et avant tout une société d’import-export. 

Plusieurs pays, dont le Canada, le Royaume-Uni, les États-Unis et l’Union européenne, ont imposé un embargo sur les produits russes afin d’étrangler l’économie de ce pays. L’idée étant qu’en coupant ses revenus, le dictateur Poutine devra négocier la fin des hostilités militaires chez son voisin. Mais ça, c’était sans compter sur la cupidité de certains pays et des sociétés d’import-export.

L’embargo le plus important est évidemment celui imposé sur le pétrole russe qui compte pour plus de 40 % des revenus du gouvernement russe. Mais, déjà, on voit des failles dans cette réponse. 

D’abord, il faut bien comprendre que l’embargo ne touche pas toutes les livraisons de pétrole, surtout celles du gaz naturel qui est acheminé par gazoduc. Par exemple, l’Allemagne a arrêté la construction du gazoduc Nord Stream 2, mais Nord Stream 1 continue de fournir quelques 40 % des besoins en gaz naturel de l’Allemagne. 

Ce sont surtout les livraisons par bateau qui sont touchées par l’embargo, puisque le deux tiers du pétrole russe est acheminé par des pétroliers. Les grandes pétrolières comme Shell, BP et Total font partie des 26 sociétés qui affirment qu’elles n’achèteront plus de pétrole russe. Quant aux grandes sociétés d’import-export, Trafigura, Vitol et Glencore, elles ont annoncé qu’elles cesseraient de faire affaire avec les Russes… dès que leurs contrats à long terme arriveront à échéance.

Mais les grands récalcitrants face aux sanctions sont les pays traditionnellement alliés à la Russie, la Chine, l’Inde, la Turquie, le Brésil et l’Afrique du Sud. Non seulement ces pays ont-ils refusé de voter pour les résolutions des Nations-Unis condamnant l’agression russe, ils continuent de financer cette guerre en achetant plus de produits russes. Ainsi, dans les deux derniers mois, la Chine et l’Inde ont augmenté de 20 à 30 % leurs importations de pétrole russe. Pour sa part, le Brésil continue d’acheter son fertilisant en Russie.

Il devient donc évident que les sanctions décrétées par les pays de l’ouest n’ont que très peu d’effet sur la guerre en Ukraine. Poutine et ses alliés continuent de commercer comme si de rien n’était. 

Alors, la grande question : comment pouvons-nous empêcher la Russie de détruire et d’annexer l’Ukraine? Il est de plus en plus clair que seule une réponse militaire forcerait la main de Poutine. L’ouest devra-t-il s’y résoudre?