le Mercredi 29 juin 2022
le Mercredi 8 juin 2022 15:28 Société

Une BD du RIFO pour sortir de sa bulle

Auteur d’une bonne demi-douzaine de bandes dessinées, Body Ngoy a aussi été l’un des membres fondateurs de la Coalition des Noirs francophones de l’Ontario, avant de fonder, avec sa femme, l’entreprise BoXia. —  Photo : Courtoisie de Body Ngoy
Auteur d’une bonne demi-douzaine de bandes dessinées, Body Ngoy a aussi été l’un des membres fondateurs de la Coalition des Noirs francophones de l’Ontario, avant de fonder, avec sa femme, l’entreprise BoXia.
Photo : Courtoisie de Body Ngoy
Ontario — En 2021, les Réseaux en immigration francophone de l'Ontario (RIFO), dont fait partie Réseau du Nord, se sont associés pour lancer une campagne de lutte contre le racisme et la discrimination. Un an plus tard, viennent de paraitre une bande dessinée et trois capsules vidéos, outils indispensables pour une stratégie qui veut rendre visible l’invisible.

«C’est à la suite d’un appel d’offres au printemps de 2021 que les trois groupes du RIFO se sont associés à la firme BoXia pour l’aspect créatif et à l’Équipe de santé psychologique d’Orléans (ESPO) pour les thèmes à développer», explique le  coordonnateur du projet, Thomas Mercier, qui est également le coordonnateur du Réseau du Nord à Sudbury.

La vingtaine de planches dessinées et le trio de balados vidéo ont donc vu le jour ce printemps. De la recherche d’un emploi en passant par les poubelles du voisin ou de la femme radicalisée se présentant à des élections, les outils sont conçus pour toucher non seulement la population en général, mais également les organismes communautaires.

Thomas Mercier précise aussi que les organismes peuvent, évidemment, utiliser le thème qui correspond le plus aux besoins de la population qu’ils desservent. 

En avril et au début du mois de mai, une formation virtuelle sur les différents outils a d’ailleurs été donnée aux représentants de divers regroupements en lien avec les trois réseaux en immigration francophone : le Réseau en immigration francophone du Centre-Sud-Ouest (RIFCSO), le Réseau de soutien en immigration francophone de l’Est de l’Ontario (RSIFEO) et le Réseau en immigration francophone du Nord de l’Ontario (RIFNO).

La fragilité blanche

Bédéiste, directeur artistique et cofondateur de BoXia, Body Ngoy se dit ravi «d’avoir eu une carte blanche» du RIFO pour mener à bon port le projet. Pour lui, le média de la bande dessinée est véritablement un outil de sensibilisation.

Étant donné que son entreprise se spécialise dans la création, la production et la promotion d’outils éducatifs qui sensibilisent «à la richesse culturelle canadienne» comme le mentionne le site de BoXia, le contrat avec le RIFO allait tout à fait dans ce sens. 

«Quand on est artiste noir en francophonie minoritaire, c’est certain que la question raciale est là», explique le bédéiste originaire du Congo, qui s’est notamment occupé des textes, en concertation avec les idées émises par les psychologues d’ESPO.

Influencé par l’école européenne en matière de bande dessinée avec notamment ses lignes classiques, l’artiste trouve aussi, d’un point de vue plus rationnel, que les objectifs du RIFO sont d’atteindre non seulement les personnes racisées, mais également la population en général, d’où le thème mis de l’avant par ESPO avec celui sur la fragilité blanche.

«On veut juste que ça cesse!» C’est ainsi que s’exprime la gestionnaire de projets au sein du RSIFEO à l’égard de la discrimination, Brigitte Duguay-Langlais.

Si selon elle, la grande majorité des gens racisés autour de son organisme «est très contente» à l’égard de l’initiative du RIFO, elle est aussi satisfaite que la BD et les capsules vidéos s’adressent à la communauté blanche et qu’elles l’aident à briser son inconfort face à certaines questions à l’égard des personnes racisées. 

«Je n’ose pas poser telle ou telle question de peur d’avoir l’air raciste», cite Mme Duguay par rapport à certains commentaires entendus par des Blancs. Elle est d’avis que les nouveaux outils disponibles en ligne vont, au contraire, ouvrir le dialogue. Et qu’ils vont montrer que le privilège blanc s’accompagne aussi de plus en plus d’une fragilité certaine face à la discrimination.