le Samedi 1 octobre 2022
le Mercredi 15 juin 2022 10:51 Éditorial

Le populisme

Un rassemblement lors de la campagne électorale de 2019. — Photo : Wikimedia Commons - Andre Forget - Andrew Scheer
Un rassemblement lors de la campagne électorale de 2019.
Photo : Wikimedia Commons - Andre Forget - Andrew Scheer
Éditorial — Le populisme est une sorte d’idéologie — certains diraient plutôt une tactique — politique qui cajole les désirs les plus primaires de l’électeur pour obtenir son vote. Jusqu’à un certain point, tous les partis jouent à ce jeu. On promet des réductions d’impôts, des services gouvernementaux améliorés, une gouvernance plus «transparente». C’est la démocratie — une personne, un vote — qui veut ça. Il faut offrir à l’électeur égoïste ce à quoi il aspire.

Le problème avec le populisme c’est qu’il n’est pas limité par une idéologie politique comme le libéralisme, le conservatisme ou le socialisme des partis traditionnels. Le politicien populiste peut dire et faire n’importe quoi pour attirer les électeurs qui représentent les plus basses aspirations de la population. Dans un système multiparti où le vote est divisé, il peut même se faire élire par une minorité. Rappelons que le parti populiste qui a connu le plus grand succès de l’histoire, c’est le Parti national-socialiste en Allemagne. Au début des années 1930s, les nazis n’avaient pourtant pas l’appui de la majorité.

Les partis populistes qui obtiennent un certain succès utilisent tous la même stratégie. Leur discours est axé sur le nationalisme, l’idéalisation d’un passé glorieux et la fabrication d’ennemis imaginaires. Les ennemis peuvent être les élites politiques et financières, les nouveaux arrivants ou les pays voisins. Pensez au Front populaire de Jean-Marie / Marine Le Pen en France, à Victor Orban en Hongrie et à Donald Trump aux États-Unis, entre autres.

Au Canada, on assiste aujourd’hui à une montée de ces perturbateurs. Prenons la CAQ de François Legault au Québec qui, avec ses lois 21 et 96, s’en prend aux minorités religieuses et linguistiques à des fins purement électoralistes. En Ontario, on doit aussi admettre que le Doug «Buck-a-beer» Ford gouverne plutôt selon les sondages. Comme ses collègues Scott Moe de la Saskatchewan et Jason Kenney en Alberta, il est prêt à faire n’importe quoi pour attirer la minorité qui lui assure le pouvoir.

Mais le plus sérieux démagogue populiste du moment est certainement Pierre Poilièvre. Politicien de carrière — il n’a jamais eu un autre emploi — ce prétendant au trône du Parti conservateur du Canada est présentement le perturbateur-en-chef du Canada. Tous ses discours ne sont que des harangues fielleuses pour ou contre tout et n’importe quoi. 

Pour se faire remarquer, il est prêt à appuyer les antivaccins et les camionneurs de la «Libârté». Il se prononce d’ailleurs souvent sur des sujets que la plupart des électeurs ne comprennent pas. Par exemple, il est contre la Banque du Canada mais pour les Bitcoins. Or, combien d’électeurs savent comment ça marche la Banque et les Bitcoins?

L’expérience de Trump aux États-Unis devrait sonner l’alarme chez le Parti conservateur du Canada. Et chez les électeurs canadiens. L’insurrection du 6 janvier 2021 au Congrès américain, présentement scrutée à la loupe, démontre que rien n’arrête les perturbateurs populistes. Non seulement ils mentent et créent la division sociale, ils sont prêts à tout détruire pour garder le pouvoir.

Autrement dit, mieux vaut des politiciens moins spectaculaires, mais qui ne tentent pas d’affaiblir la confiance envers nos institutions publiques.