le Lundi 27 juin 2022
le Mardi 21 juin 2022 23:40 Arts et culture

Le choix d’une vie

Anamara Vartolomei dans l’Événement. — Photo : www.cinoche.com
Anamara Vartolomei dans l’Événement.
Photo : www.cinoche.com
Critique du film français «L’événement»

Certaines épreuves sont difficiles à imaginer et à comprendre lorsqu’on ne les a pas vécus soi-même… ou qu’il nous est impossible de les vivre. La perte d’un être cher, des difficultés financières, des problèmes de dépendance… Le cinéma peut jouer ce rôle de nous permettre d’explorer d’autres facettes de la vie humaine qui nous sont inconnues. Ce n’est peut-être pas l’intention derrière le film L’événement, mais c’est un de ses effets.

Anne Duschene est enceinte dans la France de 1963, moment de l’histoire où l’avortement y est un crime passible d’emprisonnement pour tous les participants. Elle est incroyablement seule. Les médecins ne veulent pas lui parler ou lui mentent. Ses amis évitent ce sujet tabou. Mais l’étudiante en lettres tient à la vie que lui promettent ses études; elle ne veut pas qu’un enfant détruise son rêve avant qu’il n’ait commencé. 

Le film réalisé par Audrey Diwan s’approche du thriller psychologique. Anne fait face à bien plus que la question de la réussite ou non de l’avortement. Il y a aussi le secret, l’effet sur les relations, la perspective de l’emprisonnement, même le risque d’en mourir. Les conséquences multiples restent longtemps incertaines dans le film.

Puisque Anne est presque seule dans sa quête, la comédienne a la lourde tâche de communiquer énormément d’émotions sans paroles. Pour cette raison, on passe plus de la moitié du film en gros plan sur le visage d’Anamaria Vartolomei. Elle y arrive relativement bien. L’effet est efficace pour nous garder concentrés et nous inclure dans son désespoir.

Même si l’histoire se déroule en 1963, il est facile de faire des parallèles avec le présent. On peut extrapoler et avoir une petite idée de ce que peuvent vivre les femmes dans la même situation dans les régions avec un moins bon accès à l’avortement au Canada, ou chez nos voisins du sud. Certaines scènes sont difficiles à regarder, même si elles sont présentées de façon habile, sans imposer des images trop intenses.

Le film ne fait pas explicitement le procès de l’avortement. Il n’impose pas un choix clair pour ou contre. On présente plutôt les effets qu’une grossesse non désirée peut entrainer dans la vie d’une jeune femme qui n’est pas prête à ce changement. Tout est flou et désespoir, tout est peur et noirceur. Pour ce personnage précis, l’avortement est — littéralement — la lumière au bout du tunnel. 

S’il y a un reproche que l’on peut faire, c’est peut-être le manque d’insistance sur les conséquences sur la vie d’Anna. Elle les mentionne à quelques reprises, mais les explique très peu. Ses propres ambitions ne sont pas assez claires pour nous faire comprendre ce qu’elle risque de perdre.

L’Événement était l’un des finalistes pour le César du Meilleur film en 2022. Il sera présenté en première au Sudbury Indie Cinéma Co-op le 23 juin à 18 h 30. Ensuite le 25 juin et d’autres dates devraient s’ajouter en juillet.