le Jeudi 29 septembre 2022
le Mercredi 22 juin 2022 10:51 Éditorial

Le père de la nation

Le premier ministre du Québec, François Legault — Photo : Shutterstock
Le premier ministre du Québec, François Legault
Photo : Shutterstock
Éditorial — Voilà un titre que François Legault verrait bien accolé à son nom dans les livres d’histoire.

Tous ceux qui suivent un tant soit peu la politique québécoise se souviendront que l’actuel premier ministre du Québec a déjà été ministre dans un gouvernement péquiste. Et quand on voit comment il gère présentement la relation Québec-Canada, on comprend rapidement que, contrairement à ce qu’il affirme publiquement, il n’a pas oublié ses aspirations indépendantistes. En fait, on pourrait même dire qu’il est toujours indépendantiste, juste un peu plus cachotier que ces prédécesseurs. 

Ceci rend Legault plus dangereux pour le Canada que René Lévesque, Jacques Parizeau et Lucien Bouchard l’ont été.

Les souverainistes québécois ont toujours utilisé la même tactique, c’est-à-dire fomenter une crise avec Ottawa pour fouetter le nationalisme des Québécois francophones en vue d’un référendum. Souvenons-nous du dernier référendum déclenché peu après les défaites des accords de Charlottetown et du lac Meech. 

Regardons ce que fait Legault depuis deux ans.

Son gouvernement commence en 2019 par adopter la loi 21 qui bannit le port de signes religieux par les fonctionnaires provinciaux. Pour s’assurer que des groupes religieux ne puissent utiliser la Charte canadienne des droits et libertés, le gouvernement Legault utilise la clause nonobstant. L’utilisation de cette clause — qui est en soi une aberration — est en fait un camouflet au gouvernement fédéral. Elle indique haut et fort que la Charte fédérale des droits et libertés ne s’applique pas au Québec. Genre, mêlez-vous de vos affaires. Comme si les droits peuvent différer d’une province à l’autre.

Jusqu’à présent, plusieurs politiciens se sont opposés publiquement à cette loi, mais le gouvernement fédéral n’a pas encore mordu à l’hameçon. Devant le refus d’Ottawa de déclencher les hostilités, le gouvernement Legault double la mise. Il vient d’adopter la loi 96 qui restreint les droits des minorités linguistiques du Québec. 

Comme les droits linguistiques — incluant les nôtres en tant que minoritaires en Ontario — sont protégés par la Charte, Legault utilise encore la clause nonobstant pour y soustraire sa loi 96. Et il va plus loin.

La loi 96 inclut aussi des clauses visant à modifier la Constitution du Canada. Legault veut y inscrire que le Québec est une nation et que sa langue est le français. Et ça, c’est pas mal plus important que le camouflet nonobstant. Ça modifie complètement les protections linguistiques incluses dans la Constitution. Ça ouvre la porte à d’autres provinces qui voudraient aussi jouer au plus fin avec les dispositions linguistiques du pays.

En bon joueur d’échecs, Legault place ainsi Ottawa devant un dilemme : protéger les minorités linguistiques comme c’est son rôle constitutionnel ou ne rien faire qui pourrait créer la crise dont Legault a besoin pour relancer le débat sur la souveraineté.

Déjà, certains articles indiquent que le ministre fédéral de la justice, David Lametti, branle dans le manche. N’oublions pas que lui et le premier ministre Trudeau sont tous deux députés de circonscriptions québécoises. Auront-ils le culot d’intervenir devant les tribunaux pour invalider l’aspect nonobstant de cette loi discriminatoire?

Notre avenir en tant que minorité linguistique pourrait en dépendre.